Janvier 2026 n’a même pas encore retiré les guirlandes, que la facture tombe déjà : gaz, électricité, carburants, tout grimpe, sauf les salaires. En France il va falloir s’attendre à des fins de mois rallongées, et les « ajustements techniques » et autres sigles bureaucratiques serviront surtout à masquer une hausse généralisée du coût de la vie. Pendant ce temps-là, à l’autre bout de la chaîne, des data centers et des start-ups, l’IA continue de progresser. Une poignée de nouveaux milliardaires s’enrichissent à la vitesse des algorithmes, pendant que les ménages comptent les euros. En 2026, année charnière, il y a ceux qui vont payer cash, pendant que d’autres vont encaisser tranquille.
Le 1ᵉʳ janvier 2026, alors que vous ouvrirez votre facture d’électricité ou de gaz, attendez-vous à une bonne vieille douche froide à la française. Une nette augmentation de vos dépenses énergétiques, soigneusement empaquetée sous des acronymes qui sonnent bien, mais qui cachent leur réalité : les certificats d’économies d’énergie (CEE). Un mécanisme, que même votre voisin geek confondrait avec une pièce DLC de jeu vidéo, et qui impose aux fournisseurs d’énergie d’accélérer la « transition ». Résultat ? Ce sont les poches de Français déjà précarisés qui vont se vider – environ 50 € de plus par foyer et par an, intégrés dans vos factures de gaz et d’électricité sans qu’une ligne claire ne vous montre qui vous tond.
Pour l’électricité, les autorités se gargarisent avec la fin de l’Arenh (le mécanisme qui permettait aux concurrents d’EDF d’acheter de l’électricité nucléaire à bas prix) et son remplacement par un fantomatique Versement Nucléaire Universel. Théoriquement, si EDF réalise des bénéfices énormes grâce à la libéralisation, une partie serait redistribuée aux consommateurs pour amortir l’impact des prix sur les factures. Théorique, parce qu’entre les rapports et votre portefeuille, il y a une sacrée marge.
Quant aux carburants : attendez-vous à payer 4 à 6 centimes de plus par litre dès janvier, conséquence mécanique de la hausse des CEE intégrés dans les prix à la pompe. Une « transition écologique » qui se manifeste surtout dans votre porte-monnaie.
Pendant que le peuple paye, l’IA emballe l’or
À l’opposé de ces factures qui grimpent, une élite technologique mondiale a vécu une autre réalité en 2025 : celle de l’enrichissement spectaculaire, dopé par la bulle, ou la ruée, de l’intelligence artificielle. Car ce sont selon Forbes, plus de 50 nouveaux milliardaires issus du secteur de l’IA qui ont fait leur entrée dans les classements mondiaux des plus riches cette année.
Prenez Edwin Chen, fondateur de Surge AI, devenu milliardaire grâce à l’intelligence artificielle appliquée à l’étiquetage de données nécessaires à l’entraînement des grands modèles. Sa fortune personnelle est déjà estimée à plusieurs milliards de dollars, une somme qui ferait pâlir de jalousie les centaines d’euros supplémentaires que vous payerez sur vos factures en 2026.
Et ce n’est pas tout : de jeunes entrepreneurs comme Anton Osika et Fabian Hedin, cofondateurs de Lovable, ou encore les équipes derrière des startups comme ElevenLabs, Mercor ou Sierra, se retrouvent désormais dans le club très fermé des milliardaires avant même d’atteindre l’âge où la plupart des gens commencent à rembourser leur crédit immobilier.
Le gigantesque contraste d’une époque
Voilà le parallèle glaçant qui attend 2026 en France et dans le monde. D’un côté, des millions de ménages français vont devoir se serrer encore plus la ceinture pour payer une facture d’énergie qui devient chaque année un peu plus lourde, dans une Europe où les revenus stagnent et où le pouvoir d’achat fond comme neige sur les trottoirs parisiens. De l’autre, une poignée d’architectes de l’IA, d’investisseurs et de fondateurs de startups technologiques accumulent des fortunes colossales, non pas en fournissant de l’électricité ou du gaz, mais en vendant des promesses numériques, des modèles entraînés et des plateformes abstraites qui capturent les revenus du monde entier toujours selon Forbes.
Mais attention. Loin de nous l’idée de clouer au pilori ces nouveaux milliardaires de l’IA, ni même de jeter l’algorithme avec l’eau du bain numérique. Car l’intelligence artificielle n’est pas seulement une machine à frapper des fortunes : elle irrigue déjà le quotidien des citoyens, accélère des démarches, simplifie des services, soulage des hôpitaux, rend visibles des diagnostics et compréhensibles des démarches administratives autrefois kafkaïennes. Dans les transports, elle optimise les trajets, fluidifie la circulation, réduit la consommation d’énergie au kilomètre près. Dans l’éducation, elle corrige, traduit, accompagne, soutient les élèves qui n’avaient jamais eu droit au tutorat personnalisé.
Au quotidien, l’IA sert aussi d’assistant domestique discret : gérer ses factures, suivre ses dépenses, planifier ses courses, aider les personnes âgées à rester autonomes, traduire en direct une conversation avec un voisin ou un soignant. Elle peut démocratiser l’accès au savoir, ouvrir des portes à celles et ceux qui n’osaient pas les pousser, compenser certaines inégalités d’accès à l’information. Autrement dit, l’IA peut être utile, concrète, parfois salvatrice. Mais c’est précisément parce qu’elle améliore la vie de beaucoup qu’il devient d’autant plus troublant de voir ses dividendes captés par si peu.
Vers un revenu universel inéluctablement ?
si l’IA façonne déjà nos villes, nos factures, nos soins, nos échanges et nos métiers, elle ne peut pas continuer à arroser d’or une poignée d’actionnaires pendant que le reste du pays serre les dents. À l’heure où l’on demande aux ménages de « contribuer à l’effort », il serait temps que l’effort inverse existe aussi que les gains, les innovations, les promesses de cette révolution technologique profitent vraiment à toutes et tous, et pas seulement à celles et ceux qui en tiennent les clefs et les dividendes.
D’autant que la prochaine vague ne fera pas semblant : l’IA remplacera des humains dans de nombreux secteurs, bureaux, services, communication, logistique, finances, presse, en grignotant des tâches, puis des emplois entiers. Si la productivité grimpe pendant que les revenus décrochent, il faudra bien poser la question que les gouvernements esquivent depuis dix ans : qui récupère la richesse créée par les machines ? Peut-être faudra-t-il, tôt ou tard, cesser de tourner autour du mot tabou : le revenu universel non pas comme une utopie, mais comme une compensation minimale, un partage enfin assumé de cette nouvelle manne technologique. Car l’IA n’a de sens que si elle améliore la vie du plus grand nombre, et pas seulement celle d’une poignée déjà placée au sommet.
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