La nouvelle anthologie de Disney + autour de la romance raconte l'histoire tragique du couple formé par le fils du président Kennedy assassiné (Paul Anthony Kelly) et Carolyn Bessette (Sarah Pidgeon). © FX Disney+

JFK Jr. et Carolyn, l’illusion d’un monde léger

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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Avec Love Story, Disney+ et Hulu ressuscitent cette saison une romance qui a traversé les décennies, celle de John F. Kennedy Jr. et Carolyn Bessette-Kennedy. Plus qu’une série, c’est une plongée immersive dans les années 1990 : une décennie de mode novatrice, de magazines cultes, de sons qui ont marqué le monde et de changements historiques. Mais cette adaptation signée Ryan Murphy ne raconte pas seulement une histoire d’amour, le magazine George, lancé en 1995, naît dans ce climat où politique et spectacle s’entremêlent. Il réveille surtout la nostalgie d’une époque et fait résonner une phrase devenue mythique : “Ladies and Gentlemen meet George…”.

Retour dans les années 90 : une décennie en mouvement

Le cadre de Love Story se déroule à un moment charniquement vibrant du XXᵉ siècle. Les années 90, marquées par la chute de l’URSS et la fin de la guerre froide, ont redessiné la géopolitique mondiale, tout en laissant leur empreinte sur la culture populaire. Sur le plan international, les conflits en ex-Yougoslavie, les images du siège de Sarajevo ou du massacre de Srebrenica circulent massivement dans les médias. Nelson Mandela sort de prison, et l’Afrique du Sud se dote d’une nouvelle constitution post apartheid. La victoire historique de la Coupe du Monde de football 1998 par l’équipe de France et des phénomènes culturels tels que le grunge ou la britpop construisent un paysage à la fois turbulent et créatif. La mort de Diana Spencer en 1997 bouleverse la planète, et les paparazzi sont pointée du doigt, faisant écho à celle subie par le couple Kennedy. La série souligne subtilement cette résonance : aimer sous les flashs devient un exercice périlleux. Bien avant l’affaire Epstein, aux États-Unis, le scandale Bill Clinton–Lewinsky fissure l’image de la présidence.

Cette décennie a aussi vu l’évolution massive de la technologie, l’explosion d’Internet grand public, et l’essor de nouvelles formes de médias, autant d’éléments qui influencent profondément l’esthétique et la narration de Love Story.

Mode et culture : minimalisme, supermodels et une esthétique devenue iconique

L’une des réussites esthétiques de Love Story est de restituer avec authenticité le style des années 90. À cette époque, la mode bascule du glamour ostentatoire des années 80 vers un minimalisme sophistiqué : silhouettes épurées, palettes neutres, denim à profusion, pièces Calvin Klein et Prada, la garde-robe de Carolyn Bessette-Kennedy devient elle-même personnage, tant elle incarne un certain idéal de chic effortless. 

Et bien sûr, impossible de penser aux 90s sans évoquer des icônes comme Kate Moss, dont la silhouette frêle et les campagnes mémorables ont incarné la mode de la décennie, un style qui, dans la série, dialoguent naturellement avec les tenues d’inspiration preppy de JFK Jr. ou les choix réfléchis des costumiers. 

La bande originale : le son d’une époque retrouvée

Mais dans Love Story, la musique ne sert pas seulement de toile de fond : elle agit comme une mémoire vive. Chaque morceau semble ouvrir une fenêtre sur une époque où la vulnérabilité s’exprimait guitare à la main, où la pop devenait confessionnelle, et où New York vibrait au rythme des clubs, des rédactions et des soirées mondaines. Impossible donc d’évoquer les années 90 sans convoquer la déflagration grunge. Des titres de Nirvana ou de Pearl Jam traduisent cette tension intérieure qui correspond si bien au personnage de John F. Kennedy Jr. 

Une ballade comme Nothing Compares 2 U de Sinéad O’Connor agit comme un écho lointain à l’isolement d’un couple traqué par les paparazzis. La chanson, déjà empreinte de deuil et d’abandon, sonne déjà le glas de cette histoire tragique. Scène particulièrement envoutante quand John lance à Carolyn “qu’il faut être sans cœur pour ne pas aimer Sade“, dont la voix à la sensualité feutrée avec No Ordinary Love épouse parfaitement la scène devant le jukebox .

Et comment ne pas convoquer Madonna, période Ray of Light, ex petite amie de John Kennedy, dont la musique accompagne les scènes de Manhattan nocturne, où la ville semble respirer au rythme des néons et des taxis jaunes. Les années 90, c’est aussi l’explosion du hip-hop et du R&B. Des artistes comme The Notorious B.I.G. ou Mary J. Blige rappellent que le New York de l’époque est multiple : mondain le jour, électrique la nuit. Cette bande originale, presque documentaire, restitue un monde avant le 11 septembre, moins angoissé où tout était encore possible.

George : entre utopie et échec, le projet presque oublié

Si le cœur de Love Story bat pour une romance, elle ne néglige pas pour autant l’ambition intellectuelle de son protagoniste masculin : John F. Kennedy Jr.. Outre son statut social, sa passion consistait à inventer un nouveau discours médiatique à travers George, le magazine qu’il a fondé en 1995. Ce projet visait à mêler politique, culture et célébrité, sous l’angle de ce qu’il appelait lui-même “politics meets pop culture”. Dans l’épisode 4 John emmène Carolyn en balade sur bateau et s’arrête dans une petite bicoque, loin des regards et lui confie la ligne éditoriale de George. Ce à quoi elle répond : “ton magazine il faut qu’il soit sexy, je gère des tonnes de pub toute la journée, et si tu veux être compétitif, il faut que ta couv soit sexy, et ensuite tu éduque les gens avec ce qu’il y a à l’intérieur“.

La Couverture de George avec Cindy Crawford en George Washington. © Instagram de fan

Le magazine aura connu un succès critique ponctuel, avec des couvertures légendaires comme celle de Cindy Crawford habillée en George Washington pour le lancement du numéro 1, et cette phrase célèbre : “Ladies and Gentlemen meet George…”, avant de s’éteindre après la mort tragique de Kennedy en 1999. Pas étonnant donc que ce projet soit dans la série, et un motif récurrent pour montrer l’étendue de des aspirations de John Kennedy, bien au-delà de son rôle dans la presse mondaine. 

Décors, influences et ambiance : New York comme personnage

Comme dans la série Sexe and the City, la ville de Manhattan des années 90 est une présence presque palpable. Les décors, avec les bureaux ouverts et les lofts baignés de lumière, cafés new-yorkais, appartements élégants aux lignes épurées, tous recréent l’esthétique urbaine d’une époque où la ville était à la fois théâtre de grandes aspirations et mélancolie permanente. Pour la petite histoire, Sarah Jessica Parker, elle aussi fût une des conquêtes de John, mais entre le fils Kennedy et Mr Big, pour nous il n’y a pas photo.

Mais ce qui rend la série si troublante, c’est cette sensation d’avant. Avant les réseaux sociaux, les IA. Elle agit ainsi comme un palimpseste. Elle ne raconte pas seulement une histoire d’amour, mais la fin d’un siècle persuadé d’entrer dans une ère radieuse, sans encore savoir que la tragédie et la désillusion l’attendaient au tournant.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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