Dans L’Invitation, Olivia Wilde, Seth Rogen, Edward Norton et Penélope Cruz se retrouvent autour d’un dîner où les non-dits conjugaux et les secrets de voisinage ne tardent pas à refaire surface. Le film sort dans les salles françaises le 16 septembre 2026. © Maverick Distribution

Le désir est chez le voisin

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Le 16 septembre, sort L’Invitation, comédie conjugale sous haute tension avec Seth Rogen, Penélope Cruz, Edward Norton et Olivia Wilde. Mais avant Hollywood, il y eut une pièce espagnole, puis Sentimental, une réjouissante comédie sur les couples qui s’ennuient, les voisins qui font trop de bruit et les conversations qu’on repousse jusqu’au jour où il devient impossible de les éviter. Depuis, l’histoire a essaimé en France, en Italie, en Suisse et en Corée du Sud. Une épidémie de voisins libérés qui dit peut-être quelque chose de notre époque : nous entendons tout chez les autres, sauf parfois ce qui se passe dans notre propre couple.

Il y a des voisins dont on connaît à peine le prénom. Ceux dont on entend la chasse d’eau, le chien, les travaux du dimanche matin et, parfois, les disputes. Et puis il y a ceux dont on connaît beaucoup trop intimement la vie sexuelle sans jamais avoir été présentés.

C’est le point de départ, particulièrement embarrassant, de L’Invitation, le nouveau film d’Olivia Wilde, qui sort en France le 16 septembre. Angela et Joe, interprétés par Olivia Wilde et Seth Rogen, vivent dans un appartement où leur couple semble avoir atteint cette zone grise dans laquelle l’amour n’est pas tout à fait mort, mais où ils pourraient facilement vérifier le calendrier avant de se rappeler la dernière fois où ils en ont vraiment parlé. Au-dessus d’eux vivent des voisins autrement plus expansifs, dont la vie sexuelle ne laisse guère de place au doute. Alors Angela et Joe les invitent à dîner. Mauvaise ou excellente idée : tout dépend de ce que l’on attend d’un dîner entre voisins.

Car les voisins du dessus ne sont pas seulement bruyants. Ils ont l’air de savoir quelque chose que le couple du dessous a oublié : comment vivre à deux sans transformer le mariage en réunion de copropriété.

Tout a commencé avec une voisine qui criait trop fort

La genèse de L’Invitation ne commence pas à Hollywood, mais à Barcelone, et même, avant le cinéma, dans l’appartement du réalisateur catalan Cesc Gay. En 2016, Gay écrit une pièce intitulée Los vecinos de arriba, littéralement « les voisins du dessus ». L’idée lui vient d’une situation bien réelle : depuis son lit, il entend un soir les manifestations sonores de plaisir de sa voisine. L’anecdote ne s’arrête pas à l’écoute clandestine, elle provoque avec sa femme une discussion très concrète : faut-il leur en parler ? Mais alors qui qui doit monter ? Et surtout, comment le dire sans mourir de honte sur le palier ? C’est de cette gêne domestique que naît la pièce de théâtre.

Gay en tire ensuite Sentimental, sorti en Espagne en 2020 et, arrivé dans les salles françaises le 11 août 2021. Quatre personnages, un appartement, un dîner et une quantité assez considérable de non-dits. Julio et Ana vivent ensemble depuis des années et traversent une crise conjugale. Au-dessus, Laura et Salva ont une vie sexuelle nettement plus sonore et, surtout, beaucoup moins complexée. Le bruit qui agace Julio devient alors le révélateur de ce qu’il ne veut surtout pas regarder : sa propre existence conjugale.

Le génie comique de Sentimental tient à cette inversion : ceux qui font le plus de bruit sont les plus à l’aise avec leur désir ; et ceux qui vivent dans le silence sont ceux qui ont le plus de choses à dire.

Mais pourquoi entend-on les voisins faire l’amour ?

Question que tout habitant d’immeuble s’est probablement posée au moins une fois : est-ce que les voisins font vraiment autant de bruit ou avons-nous simplement une imagination beaucoup trop débordante ? Dans Sentimental, la question devient franchement comique. Dans la vraie vie, elle est surtout une affaire d’acoustique, d’isolation et de murs parfois moins épais que notre dignité.

Mais il existe une autre hypothèse, plus délicieuse : et si certains couples savaient parfaitement qu’on les entend ? Le cinéma s’amuse évidemment de cette possibilité. Dans les différentes adaptations de l’histoire, une scène demeure notamment : la voisine traverse volontairement une fenêtre sans rideau, parfaitement consciente qu’elle peut être observée. Le film joue ainsi sur ce petit théâtre du voisinage dans lequel chacun prétend ne rien savoir de l’autre, alors que tout le monde sait.

Le plus drôle, finalement, n’est pas le bruit. C’est notre réaction au bruit. Nous pouvons supporter un voisin qui perce un mur pendant trois heures, un enfant qui court au-dessus de notre chambre ou une machine à laver qui centrifuge à minuit. Mais deux personnes qui semblent prendre beaucoup de plaisir ensemble deviennent soudain une atteinte à l’ordre public.

La réponse c’est peut-être parce que le sexe des autres nous renvoie toujours à notre propre vie sexuelle. Celle que l’on a, que l’on n’a plus, dont on parle, et celle dont on ne parle jamais.

Six films pour une même soirée

Le succès du scénario de Cesc Gay a quelque chose d’assez sociologique finalement, car les voisins du dessus ont voyagé beaucoup plus que prévu. Après Sentimental, plusieurs pays ont repris l’histoire. L’Italie en a tiré Vicini di casa en 2022. La Suisse a produit Die Nachbarn von oben en 2023, réalisé par Sabine Boss. La France a suivi en 2024 avec Et plus si affinités, réalisé par Olivier Ducray et Wilfried Méance, avec Isabelle Carré, Bernard Campan, Julia Faure et Pablo Pauly. Puis la Corée du Sud a proposé sa propre version, The People Upstairs, réalisée par Ha Jung-woo et sortie en 2025.

Et maintenant, Hollywood entre dans l’appartement. Olivia Wilde prend les mannettes, avec Seth Rogen, elle en épouse frustrée, Edward Norton et Penélope Cruz. Le scénario est signé Rashida Jones et Will McCormack. Présenté au festival de Sundance en janvier 2026, le film transpose l’histoire dans un contexte américain tout en conservant son principe de huis clos : quatre adultes, un dîner et suffisamment de non-dits pour faire exploser la table avant le dessert.

Cela fait donc six versions de cette même histoire à travers cinq pays, en comptant l’original espagnol, et une septième adaptation, belge et néerlandaise, est annoncée. Même les histoires de voisins finissent par avoir des voisins.

En France aussi, les voisins ont quelque chose à nous apprendre

La version française, Et plus si affinités, avait déjà compris que derrière les blagues sur le sexe se cachait une histoire beaucoup moins légère : celle d’un couple usé par vingt-cinq ans de vie commune. Xavier et Sophie, joués par Bernard Campan et Isabelle Carré, ne sont pas séparés. Ils sont simplement arrivés à ce moment où les couplent partagent le même lit, les enfants, les courses et les mêmes charges administratives, sans forcément partager grand-chose d’autre.

Le couple voisin agit alors comme un miroir. Adèle et Alban sont amoureux, décomplexés, curieux. Leur présence oblige Xavier et Sophie à prendre conscience de la distance qui s’est installé. La version française, présentée au Festival de l’Alpe d’Huez en 2024, avait d’ailleurs choisi de pousser davantage le ressort comique et de proposer une conclusion plus positive sur le couple. Et c’est peut-être là que ces comédies deviennent intéressantes : elles ne racontent pas vraiment les voisins. Elles racontent ceux qui les écoutent.

Après des années, où est passé le désir ?

Il faudrait pourtant éviter une conclusion trop simple : couple installé égale couple sans sexe. Les données françaises racontent quelque chose de plus nuancé. Selon l’enquête CSF 2023 menée par l’Inserm et Santé publique France, 77,2 % des femmes et 81,6 % des hommes âgés de 18 à 69 ans déclaraient avoir eu une activité sexuelle avec un partenaire au cours des douze derniers mois. Mais la fréquence des rapports a diminué : chez les personnes sexuellement actives, elle est passée, pour les femmes, de 8,6 rapports au cours des quatre dernières semaines en 2006 à 6 en 2023 ; chez les hommes, de 8,7 à 6,7. La baisse existe également chez les personnes vivant en couple.

Cela ne signifie pas que les couples cessent tous de faire l’amour, ni qu’ils deviennent nécessairement malheureux. L’enquête montre d’ailleurs que l’absence de rapports peut être parfaitement vécue par certaines personnes. Le problème commence lorsque le silence sexuel devient le symptôme d’un silence beaucoup plus vaste.

Les couples ne parlent plus de sexe parce qu’ils ne savent plus comment parler. Ils ne disent plus « j’ai envie de toi », mais ne disent pas davantage « tu me manques ». Ils ne demandent plus ce qui ferait plaisir à l’autre parce qu’ils supposent que l’ autre connaît déjà la réponse. Après dix, quinze ou vingt-cinq ans, certains ont finit par connaître par cœur la liste de courses de leur conjoint sans savoir ce qu’il désire vraiment.

Une méta-analyse publiée en 2022, portant sur 93 études et près de 38 500 personnes en couple, a justement trouvé une association positive entre la qualité de la communication sexuelle et la satisfaction sexuelle comme conjugale. Autrement dit : parler du problème n’est pas très sexy, mais ne jamais en parler ne semble pas constituer une stratégie particulièrement efficace.

Alors on invite les voisins

C’est là que le film devient délicieusement cruel. Quand deux personnes n’arrivent plus à se parler, elles peuvent toujours inviter quelqu’un d’autre à dîner. Les amis sont parfois devenus les médiateurs officieux du couple moderne. Certains les invitent pour ne pas être seuls à deux, parlent politique, vacances, travail, enfants, du prix de l’immobilier, bref du restaurant où ils iront la semaine prochaine. C’est souvent l’occasion de rire beaucoup, de boire du vin, et de raconter des anecdotes déjà racontées.

Et surtout, personne ne demande : « Alors, vous deux, ça va vraiment ? » Les voisins de Sentimental et de L’Invitation viennent précisément détruire cette belle organisation. Ils introduisent dans le salon le sujet que les couples préfèrent généralement laisser dans la chambre : le désir. Avec eux arrivent les fantasmes, la jalousie, la frustration, la comparaison et cette question aussi vieille que le mariage : suis-je encore heureux avec toi ou suis-je simplement habitué à toi ?

Rester ensemble pour les enfants, vraiment ?

C’est aussi ce qui donne à L’Invitation sa dimension plus mélancolique. Car derrière les plaisanteries sur les voisins qui font trop de bruit, se cache une question autrement plus sérieuse : faut-il rester ensemble à tout prix ? Le personnage de Penélope Cruz pousse cette réflexion jusqu’à défendre une idée radicale : des parents séparés mais épanouis peuvent être préférables à deux adultes qui restent ensemble dans le malheur au nom des enfants. Une position qui rejoint ce que le film observe depuis le début : les enfants ne vivent pas dans un vide émotionnel. Ils voient les tensions, les silences, les rancœurs et les conversations qui ne vont jamais au bout. The Standard a relevé, le monologue de Penélope Cruz consacré aux enfants de couples malheureux, présenté comme l’un des moments les plus forts du long métrage.

Il ne s’agit évidemment pas de transformer chaque dispute conjugale en procédure de divorce. Mais de rappeler une chose assez simple : rester ensemble et être heureux ne sont pas synonymes. Et parfois, le couple que l’on croit le plus solide est simplement celui qui a appris à ne plus rien se dire.

Finalement, le problème n’est peut-être pas le bruit

C’est ce qui rend la trajectoire de cette histoire aussi amusante, c’est cette petite pièce espagnole née d’une voisine trop sonore devenue une comédie sur le couple, puis un objet cinématographique international. De Barcelone à Hollywood, les appartements changent, les acteurs, les blagues, mais le problème reste remarquablement stable : comment continuer à désirer quelqu’un que l’on connaît par cœur ?

La question vaut d’ailleurs pour les voisins. Nous prétendons ne pas les écouter, mais nous savons quand ils rentrent, partent, déplacent un meuble et parfois quand ils ont une nuit particulièrement heureuse. Nous vivons les uns sur les autres, séparés par quelques centimètres de béton, avec la curieuse illusion de vivre chacun chez soi. Alors, non, L’Invitation ne nous apprend pas seulement à écouter nos voisins. Il nous suggère quelque chose de beaucoup plus gênant : écouter ce qui se passe chez eux est peut-être plus facile que d’écouter ce qui se passe chez nous.

Et si, au fond, le vrai bruit de voisinage n’était pas celui du lit qui grince au-dessus de nos têtes, mais celui de tous les couples qui, depuis des années, n’osent plus se demander s’ils ont encore quelque chose à se dire ?

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