Mara Scalise, créatrice de bijoux argentine installée à Los Angeles, porte ici ses propres créations. © Mara Scalise

Mara Scalise, les bijoux comme armure

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Une mère comme première icône, Buenos Aires comme décor d’enfance, New York comme école et Los Angeles comme atelier. Mara Scalise a traversé trois villes et plusieurs vies avant de trouver son langage dans le métal et les pierres. Depuis 2008, la créatrice argentine fabrique des bijoux à la frontière du rock, de l’artisanat et du rituel.

Avant les bijoux, il y a une boîte à bijoux. Celle de sa mère, à Buenos Aires. Enfant, Mara Scalise aime y fouiller, observer les pièces, les essayer, puis surtout les transformer. Elle prend des vêtements et des accessoires vintage de sa mère, les modifie, les assemble autrement. Le geste est encore celui d’une enfant, mais l’idée est déjà là : une pièce n’est jamais tout à fait terminée lorsqu’elle sort des mains de quelqu’un d’autre.

Mara Scalise grandit dans la capitale argentine, une ville où la mode d’auteur s’est construite loin des seuls diktats des grandes maisons internationales. À la fin des années 1990, Buenos Aires voit émerger une génération de créateurs qui transforme la contrainte économique en laboratoire esthétique. Jésica Trosman et Martín Churba fondent ainsi Trosmanchurba en 1997. Le duo expérimente les matières, les superpositions, les plastiques et les textiles retravaillés. En 1999, leurs créations arrivent chez Barney’s à New York et, pendant deux saisons, ils présentent leurs collections à la New York Fashion Week.

Quelques années plus tard, Pablo Ramírez impose, lui aussi, une silhouette radicale, noire, inspirée des uniformes, des habits religieux et du cinéma classique. Sa propre maison, créée en 2000, deviendra l’une des références du design argentin. À côté du vêtement, une scène de joaillerie contemporaine existe également, avec des créateurs comme Jorge Castañón, Fabiana Gadano, Graciela Lescano ou Mabel Pena, dont le travail a contribué à faire de la bijouterie un champ de recherche artistique à part entière. C’est dans ce paysage que Mara commence par la mode. Puis Buenos Aires devient trop étroite.

New York, le passage à l’acte

Elle s’envole alors pour New York après ses études, et travaille dans la mode. La ville ne lui apporte pas seulement un changement de décor. Elle lui permet d’acquérir une expérience professionnelle dans une industrie où le vêtement, l’image, le corps et l’accessoire se répondent en permanence. New York en ce temps là, est une machine à fabriquer des croisements. La mode y côtoie la musique, l’art, la nuit et la culture punk. Pour Mara Scalise, le bijou va progressivement devenir plus important que le vêtement. Mais pas encore tout à fait comme un accessoire.

Parallèlement à son activité créative, elle s’engage dans une pratique spirituelle et devient maître Reiki. Elle confie avoir travaillé avec des patients atteints de cancer, des professeurs de yoga et des célébrités. C’est dans cette période qu’elle commence alors à réfléchir à ce que pourrait être un bijou chargé d’une intention, plutôt qu’un simple objet décoratif.

Le basculement se produit autour de l’alchimie et de son intérêt pour les métaux. Il ne s’agit pas ici de reprendre à son compte une quelconque preuve scientifique d’un pouvoir thérapeutique des bijoux : le Reiki et les propriétés curatives attribuées aux métaux relèvent de croyances et de pratiques spirituelles, pas de traitements médicaux établis. Chez Scalise, cette conviction appartient à son univers créatif.

2008, Mara-mcs prend forme

En 2008, elle donne naissance à Mara-mcs, avec l’idée de créer des bijoux auxquels elle pourrait transmettre cette énergie Reiki. Son langage visuel se précise : formes organiques, métal travaillé à la main, chaînes, pointes, cornes, pierres et silhouettes parfois volontairement irrégulières. Le bijou ne cherche pas nécessairement la perfection. Il doit avoir du poids, une présence, presque une personnalité.

« Mes bijoux sont le prolongement de moi-même. », explique-t-elle à JCK en 2023. Elle ne dessine pas des objets qu’elle ne porterait pas elle-même. Certaines pièces assument une esthétique punk et spectaculaire ; d’autres se veulent plus classiques. Mais la règle reste la même : la forme doit fonctionner sur le corps.

Cette relation physique au bijou explique sans doute mieux son univers que l’étiquette de « rock-star chamanique » utilisée par la marque elle-même. Chez Scalise, la spiritualité ne vient pas décorer la mode. Elle lui donne une fonction symbolique.

Le bijou comme armure

Mara Scalise parle volontiers d’« armure ». Une pièce portée sur la peau peut, selon elle, accompagner celle ou celui qui la porte, renforcer sa confiance et devenir une forme de protection symbolique. Avant leur expédition, les bijoux sont infusés de Reiki. La créatrice travaille désormais depuis Los Angeles, où elle vit avec son mari et leurs deux enfants. C’est également là que ses collections sont fabriquées. Le site de la marque revendique d’ailleurs une production locale, réalisée en petites séries avec des entreprises familiales et des partenaires présentés comme engagés dans une démarche éthique et durable.

Le catalogue lui aussi a largement dépassé le seul collier. Bracelets, bagues, pendentifs, manchettes, chaînes, sacs, portefeuilles, ceintures et objets pour la maison composent un vestiaire qui brouille volontairement les frontières entre accessoire, sculpture et objet rituel.

Certaines pièces donnent immédiatement la mesure de cette esthétique. Le « Horn of Protection », par exemple, pousse littéralement l’idée d’amulette jusqu’à l’objet spectaculaire. Les collections actuelles proposent également des chaînes en or 14 carats, des pendentifs en forme de corne, des pièces serties de pierres ou des manchettes sculptées.

Les prix racontent aussi le positionnement de la marque : certaines pièces sont proposées à quelques centaines de dollars, tandis que des créations en or peuvent atteindre plusieurs milliers, voire davantage. Le « Horn of Protection » est ainsi affiché à 19 500 dollars sur le site de la créatrice.

De Sienna Miller à Sting

L’univers de Mara Scalise a trouvé son public dans la mode et la musique. La marque cite parmi ses clientes ou adeptes Sienna Miller, Sting, Robin Wright, David Lee Roth, mais aussi Gisele Bündchen, Miranda Kerr, Alessandra Ambrosio, Lily Aldridge, Behati Prinsloo ou Kristen Wiig. Ses bijoux sont également apparus dans des campagnes pour Velvet, Paige Denim, Rag & Bone et Tommy Hilfiger, ainsi que dans les catalogues de Victoria’s Secret, selon la marque.

Cette visibilité ne suffit pourtant pas à expliquer la singularité de son travail. Ce qui distingue Mara Scalise tient davantage à la cohérence d’un parcours qu’au nombre de célébrités photographiées avec ses bijoux. Buenos Aires et ses expérimentations de mode, New York et son apprentissage de l’industrie, puis Los Angeles où elle a su transformer le bijou en langage personnel en sont la preuve.

Buenos Aires, New York, Los Angeles

Trois villes, trois temps d’une même histoire. Buenos Aires lui a donné le goût de la transformation et le souvenir d’une mère dont elle observait le style. New York lui a appris les codes d’une industrie et l’a conduite vers une autre manière de travailler le corps. Los Angeles lui a offert l’espace pour réunir les deux : la fabrication artisanale et la recherche spirituelle.

Dans son atelier californien, Mara Scalise continue de fabriquer des pièces en petites quantités, souvent à la commande. Le geste manuel reste central. Chaque objet doit conserver quelque chose de celui ou celle qui l’a imaginé et, dans son idéal, quelque chose de celui ou celle qui le portera. Le bijou n’est alors plus seulement ce qui brille sur une peau. Il devient un signe. Une protection imaginée. Une trace intime. Une façon de porter sur soi une histoire qui commence à Buenos Aires, traverse New York et finit, pour l’instant, sous la lumière de Los Angeles.

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