Bad Bunny a reçu le prix Album de l’année, lors de la cérémonie des Grammy Awards le 1er février 2026, pour Debí Tirar Más Fotos, le premier album intégralement en espagnol à décrocher ce trophée majeur. © Compte Instagram des Grammys

Grammy Awards 2026 : quand la musique se fait tribune politique

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La 68ᵉ cérémonie des Grammy Awards a tenu, dimanche soir, sa promesse de grand rendez-vous musical : une célébration des voix de 2025, de Kendrick Lamar à Bad Bunny, en passant par Billie Eilish et Olivia Dean. Mais, au-delà des trophées, c’est une fois encore le terrain politique qui a dominé nombre de prises de parole, et transformé le Crypto.com Arena en tribune de mobilisation contre les politiques d’immigration et l’agence fédérale ICE (U.S. Immigration and Customs Enforcement).

De nombreux lauréats ont profité de leur minute de gloire pour dénoncer la politique de déshumanisation des migrants et des minorités mené par le gouvernement. Sur le tapis rouge, puis sur scène, de nombreux artistes arboraient des pins « ICE Out », signe d’une mobilisation collective contre les actions de l’agence fédérale. Kehlani, Billie Eilish, Justin et Hailey Bieber figuraient parmi les personnalités visibles avec ce symbole.

“ICE out” : un slogan fédérateur sur scène et sur le tapis rouge

L’image la plus forte de la soirée restera sans aucun doute, celle de l’artiste portoricain Bad Bunny, sacré pour Album of the Year avec DeBí Tirar Más Fotos, à noter que c’est la première fois qu’un album majoritairement en espagnol remporte ce prix majeur. Dès l’acceptation de son trophée, Bad Bunny a livré un message direct contre l’agence ICE et la rhétorique anti-immigration de Donald Trump : « Avant de remercier Dieu, je vais dire « ICE out ». Nous ne sommes ni des sauvages, ni des animaux, ni des extraterrestres. Nous sommes des êtres humains et nous sommes Américains. » Il a ensuite appelé à répondre à la haine par l’amour, dans un climat politique jugé toxique.

Des prises de parole directes, parfois crues

Lorsqu’elle a reçu le prix de Song of the Year pour Wildflower, Billie Eilish n’a pas hésité à franchir les lignes de la litote habituelle. En évoquant la condition des migrants et les violences policières à leur encontre, elle a affirmé, « Personne n’est illégal sur des terres volées», avant que son discours ne soit partiellement censuré à la télévision, pour avoir prononcé, de façon explicite, « F*ck ICE. » Tout en félicitant Billie Eilish, Trevor Noah, maître de cérémonie, a ironisé sur Les dossiers Epstein : “Félicitations, Billie Eilish. Waouh ! C’est le genre de Grammy que tous les artistes convoitent, presque autant que Trump convoite le Groenland. Ce qui est logique, car depuis la disparition d’Epstein, il lui faut une nouvelle île pour traîner avec Bill Clinton“, a lancé Trevor Noah. Blague qui n’a pas du tout été du goût de Donald Trump, qui sur Truth Social, dénonce une déclaration “fausse et diffamatoire” et brandit la menace de poursuites judiciaires. « Noah, ce parfait raté, ferait mieux de se renseigner correctement, et vite. Il semble que je vais envoyer mes avocats poursuivre ce pauvre maître de cérémonie pathétique, sans talent et complètement idiot, et le poursuivre pour beaucoup d’argent », a-t-il déclaré.

Trevor Noah a remis une couche sur Nicki Minaj nouvelle égérie Maga, qui avait été invitée à la Maison-Blanche par Donald Trump. “Nicki Minaj n’est pas là ce soir. Elle est encore à la Maison-Blanche avec Donald Trump en train de discuter de sujets très importants.” Puis, imitant le président américain : “En fait, Nicki, c’est moi qui ai le plus gros cul. Tout le monde le dit, Nicki… “

La jeune Britannique Olivia Dean, a pour sa part fait de son héritage familial une prise de position politique. Fille père anglais et d’une mère jamaïcaine et guyanienne, la Britannique Olivia Dean, sacrée révélation de l’année à 26 ans, a rappelé sur scène que son parcours est indissociable de ceux qui ont quitté leur pays dans l’espoir d’une vie meilleure, saluant le « courage » de ses ancêtres.

Entre musique et engagement : l’écho d’un contexte national tendu

Ce cri d’alarme collectif s’inscrit dans un contexte politique américain qui ne cesse de de se fracturer, depuis la mort Renee Nicole Good, 37 ans poétesse et mère de trois enfants, suivie de celle de Alex Pretti 37 ans lui aussi, infirmier dans un hôpital pour anciens combattants. Certains artistes ont utilisé tout naturellement leurs récompenses pour rappeler l’histoire culturelle et sociale de leurs communautés : rappels de racines migratoires, célébration du pluralisme linguistique ou dénonciation des violences raciales, autant de messages qui ont transcendé la simple remise de prix. De son coté, Kendrick Lamar empilait les trophées avec une régularité presque troublante. Cinq Grammy Awards, comme l’an dernier. Et parmi eux, les plus lourds de sens.

À 38 ans, Kendrick Lamar est donc reparti avec cinq Grammy Awards, soit le plus grand nombre de la soirée pour la seconde année consécutive, dont notamment l’enregistrement de l’année pour “luther”, enregistré en duo avec la talentueuse chanteuse de R&B SZA, le meilleur album rap pour GNX, la meilleure performance rap pour « Chains & Whips », la meilleure performance rap mélodique, à nouveau pour « luther », et enfin la meilleure chanson rap pour « tv off », un quinté qui dit à la fois la cohérence d’une œuvre et la domination tranquille d’un artiste au sommet de son art.

Avec ces victoires, il est désormais le rappeur le plus récompensé de l’histoire des Grammy Awards, dépassant des légendes comme Jay-Z.

Je ne suis pas douée pour parler de moi, mais je l’exprime à travers la musique.

Kendrick Lamar

Sur scène, fidèle à lui-même, Lamar n’a pas livré de discours spectaculaire. Il a simplement rappelé que la musique restait son langage principal, que les mots, lorsqu’ils sont bien choisis, parlent mieux que les discours. Une posture cohérente pour un artiste dont les textes sont enseignés dans les universités américaines, de Section.80 à DAMN. (qui lui vaut un Pulitzer en 2018) en passant par GNX, disséqués comme on analyse Faulkner ou Baldwin. L’artiste a transformé le rap en philosophie, et le spectacle en conscience, des stades du Super Bowl aux tribunes politiques, n’hésitant pas à prendre position pour Kamala Harris ou à faire entendre la voix des minorités dans ses textes.

Un contre-discours religieux

À l’inverse, certains artistes ont choisi une posture moins engagée. Jelly Roll, récompensé dans la catégorie country, s’est défendu de tout discours politique, voyant dans son trophée l’expression de sa foi et de ses valeurs personnelles plutôt qu’une tribune militante. « Je veux vous dire tout de suite que Jésus est pour tout le monde. Jésus n’appartient à aucun parti politique. Jésus n’appartient à aucun label de musique », a déclaré le chanteur, récompensé pour son titre « Amen », dans la catégorie du meilleur groupe de musique country.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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