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L’entrée de Sciences Po Paris © ACau/SIPA

Sciences Po Paris :  150 ans à fabriquer des élites

Sciences Po Paris fête ses 150 ans. Fondé en 1872 par Emile Boutmy, au lendemain de la guerre de 1870, pour former de nouvelles élites pour une France nouvelle, l’IEP figure d’après le classement QS au 2ème rang mondial en science politique après Harvard et devant Princeton.

Situé au 27 rue Guillaume dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, l’Institut Etude politique de Paris, a vu passer sur ses bancs de futurs présidents de la République, comme Emmanuel Macron, François Hollande, ou encore François Mitterrand. C’est aussi un ancien président de la république, le Général de Gaulle qui en 1945 confie à Michel Debré une réforme de la fonction publique, qui crée l’ENA l’Ecole nationale d’administration et la nationalisation de l’Ecole libre des sciences politiques ancien nom de l’IEP qui passe ainsi du privé au public. Mais celui qui va révolutionner Sciences Po, c’est Richard Descoings, son emblématique directeur qui engage dès son arrivée des réformes permettant l’accueil d’étudiants venus de l’étranger et des zones défavorisées.

L’ère Richie

Richard Descoings, dans son bureau de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (Sciences Po), en 2008 © Sipa

Richie est le surnom donné à Richard Descoings par ses étudiants, c’est aussi un livre enquête de la journaliste Raphaëlle Bacqué paru chez Grasset. L’ancien directeur de Sciences-Po, sera retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel à New York en 2012, après avoir fait de Science Po, une école d’élites ouverte à la diversité. Dès son arrivée Richard Descoings engage une série de réformes allant de l’internalisation, en passant par l’ouverture de nouveaux campus de premier cycle hors Paris tels que Nancy Poitier Dijon. En 1993, le lancement du premier Master of Business Administration de Sciences Po (MBA SciencesPo), formation bilingue diplômante et accréditée à l’international dédiée au management et au monde des affaires, a permis à des étudiants de postuler pour des carrières plus avancées et mieux rémunérées. Mais la grande révolution, celle qui a suscité le plus de controverses à l’époque, fut la création en 2001 de Convention éducative prioritaire (CEP) conclue avec des lycées situés en Zone d’éducation prioritaire (ZEP) près de Paris. Cette convention permettait à certains de ces élèves d’entrer en première année dans le cadre d’une procédure d’admission ad hoc, sur dossier, puis sur entretien. La France est à l’ère de la “discrimination positive”, “Affirmative Action” en anglais, un concept importé des Etats-Unis, qui n’est pas du goût de tout le monde. Des initiatives seront prises également en faveur de l’égalité femmes-hommes avec PRESAGE en 2010, un programme de recherche et d’enseignement des savoirs sur le genre. De nombreuses formations seront aussi proposées aux sportifs de haut niveau. C’est ainsi qu’en 2011, le sportif le plus médaillé de l’histoire des JO, Teddy Riner intègre Sciences Po « Je veux être capable de gérer n’importe quelle entreprise, pouvoir mettre mes billes dans n’importe quelle société. Plus tard, je veux être mon propre patron. » disait-il. Créée en 2007, l’Executive Education de Sciences Po propose une formation au parcours modulable, co-fondée et soutenue par la Fondation Jean-Luc Lagardère, elle permet à ces sportifs de préparer leur reconversion. Les transformations menées durant les années Descoings rapprochent Sciences-Po des classiques business school américaines très prisées Outre-Atlantique. La disparition de Richard Descoings va susciter une forte émotion en France. Agé de 53 ans l’ancien directeur a été retrouvé mort le 3 avril 2012 dans une chambre d’hôtel à New York. Il s’était rendu aux Etats-Unis pour assister à un symposium d’universitaires à l’Université Columbia, sous l’égide du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

Une image ternie par l’affaire Duhamel

Mathias Vicherat en 2016 © STEPHANE GRANGIER CORBIS VIA GETTY IMAGES

Suite aux révélations de l’affaire Duhamel, le successeur de Richard Descoings, Frédéric Mion, annonce sa démission. La parole se libère plus que jamais et sur les réseaux sociaux, un mouvement de dénonciations d’actes de violences sexuelles commis au sein de l’IEP. Science Po est rebaptisé Science Porc en référence au mouvement balance ton porc. De nombreux étudiants évoque une culture du viol, et l’impunité des agresseurs et l’omerta de l’administration. Dans une tribune parue dans le Monde, l’économiste Romain Rancière, dont la candidature à la présidence de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) a été rejetée, parle d’une image ternie. C’est finalement Mathias Vicherat qui sera nommé en 2021 directeur de l’IEP et administrateur de la FNSP, ancien élève de Science Po et de l’ENA comme Emmanuel Macron élève tous les deux de la promotion Senghor. Le nouveau directeur a déclaré à son arrivée que les violences sexuelles étaient « une priorité absolue », sur laquelle il souhaitait « aller plus loin », promettant d’être « sur ces sujets d’une sévérité absolue ». Invité de l’émission Quotidien le 16 juin 2022 pour évoquer les 150 ans de Sciences Po, le directeur a déclaré à Yann Barthès avoir embauché une magistrate qui va permettre de caractériser les faits. La célèbre école est aussi accusée d’être une fabrique à Wokes par le site atlantico, ce à quoi Mathias Vicherat a répondu « qu’il y avait du pluralisme à Science Po, des étudiants de droite et des étudiants de gauche » Il précise : « moi ce que je veux c’est que toutes les opinions puissent s’exprimer, il n’y a pas d’opinion prépondérante…on ne parle pas de wokisme matin midi et soir à Science Po ». Mathias Vicherat a souligné que 70 % des étudiants allaient ensuite dans le privé, 20% dans le public et 10% dans l’associatif.

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