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La chanteuse Rihanna pose enceinte pour Vogue © Vogue 

Etats-Unis : maternité et avortement, le difficile choix qui attend des millions de femmes américaines

A 34 ans Rihanna vient de donner naissance à un petit garçon né le 13 mai 2022. Symbole de la réussite avec sa marque Savage X Fenty, star de la chanson, la jeune femme a décidé du moment de sa maternité. Un choix que n’auront bientôt plus des millions de femmes aux Etats-Unis.

C’est sans doute l’annonce de grossesse qui a le plus circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias. Plus attendu qu’un bébé royal, le fils de la chanteuse barbadienne et du musicien A$AP Rocky est né le 13 mai 2022 à Los Angeles. A la tête d’un empire, Rihanna avait mis sa carrière de chanteuse de côté pour se consacrer exclusivement à sa marque de stylisme Savage X Fenty. Ce qui fait d’elle au passage la chanteuse la plus riche du monde et d’apparaître dans le classement du magazine Forbes des plus grosses fortunes mondiales, avec ses 1,7 milliards de dollars en banque. Rihanna en femme libre a donc décidé du moment où elle allait devenir mère. Un choix que lui confère sa position dans la société. Mais quel aurait été l’avenir de cette artiste et femme d’affaires si elle avait été confrontée à une grossesse non désirée, et contrainte de la poursuivre ? Sans doute aurait-elle fait le choix de s’exiler ou d’interrompre sa grossesse dans un pays où l’IVG est légalisée. My body my choice ? Un choix qui ne sera peut-être plus possible aux Etats-Unis pour des millions de femmes.

« Une décision qui va changer la donne pour l’Amérique »

La Cour suprême, plus haute autorité judiciaire des Etats-Unis ©

Depuis que le site Politico  a publié l’avant-projet d’une décision de la Cour suprême, encore en discussion, qui annulerait l’arrêt historique Roe v. Wade de 1973 reconnaissant le droit à l’avortement, l’Amérique retient son souffle. Des millions de femmes américaines craignent que la plus haute juridiction ne confirme le texte (encore en négociation). Cette décision catastrophique, effacerait cinquante années de lutte et de jurisprudence et mettrait fin à un droit constitutionnel qui protège les femmes. Une conséquence que ne mesurent pas les conservateurs obsédés par la religion, pour qui ce serait une considérable victoire,  à l’exemple de Marjorie Taylor Greene, la représentante de Géorgie et grande fan de Donald Trump, qui a qualifié le texte de “meilleure nouvelle de notre existence” avant d’ajouter : “C’est une grande victoire pour Dieu.” Pourtant l’arrêt Roe v. Wade de 1973, a montré depuis des années son efficacité, en particulier pour les femmes fragiles et celles issues des minorités comme les Afro-américaines.

La loi a ainsi réduit les grossesses adolescentes de 34 % et fait chuter le taux de mortalité maternelle de 30 % à 40 % chez les Afro-Américaines. Les femmes qui ont eu la chance d’accéder à l’IVG, ont pu poursuivre leurs études, travailler plus longtemps, être mieux payées et avoir ainsi une meilleure qualité de vie. Gregory Meeks, Afro-américain élu démocrate et New-Yorkais à la Chambre des représentants, a déclaré inquiet : “cette décision va changer la donne pour l’Amérique“. Dorénavant si la loi est abrogée, les femmes qui voudraient interrompre leur grossesse, seront parmi les privilégiées ou celles qui n’hésiteront pas à mettre leur vie en danger en recourant à des méthodes barbares. Les Etats-Unis se retrouveraient par conséquent dans la situation d’avant 1973, quand chaque Etat était libre d’interdire ou d’autoriser les avortements. L’IVG serait presque immédiatement interdite ou restreinte drastiquement dans plusieurs Etats, alors que la loi ne prévoit même pas d’exceptions en cas de viol, d’inceste ou d’anomalie foetale.  

Le cas de l’Oklahoma

Débat sur l’avortement au Capitole de l’Oklahoma, à Oklahoma City, le 19 mai 2022 ©

Le Parlement de l’Oklahoma n’a pas attendu le vote de la Cour suprême pour se prononcer. Jeudi 19 mai, ce bastion conservateur du Sud des Etats-Unis, à la grande stupéfaction, a adopté une loi qui interdit tout avortement dès la fécondation. A noter que l’IVG y était déjà interdite dès six semaines de grossesse, et que la loi entrera en vigueur dès qu’elle aura été signée par le gouverneur, Kevin Stitt. Ce vote qui arrive pile où le nouvel arrêté de la Cour suprême pourrait changer la jurisprudence en vigueur, fait de cet Etat, le plus restrictif en matière d’interruption volontaire de grossesse. Le comble est que cette loi si elle est appliquée, pourra donner à n’importe quel citoyen la possibilité de dénoncer une femme soupçonnée d’avoir avorté. Seule la Cour suprême pourrait inverser cette donne, car c’est elle qui tranche en dernier recours pour ou contre une décision prise par un des cinq Etats, ou par l’Etat fédéral, après leur mise en application. Il faudrait donc un miracle pour que la Cour Suprême renonce à sa décision, ou une inspiration divine, et les Américains sont très croyants c’est même leur devise : « In God we trust » !

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