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Damien Abad nommé ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées © AFP/Geoffroy Van Der Hasselt

Pourquoi le milieu politique est-il plus propice que d’autres aux violences sexuelles ?

Suite aux révélations concernant les accusations de viol à l’encontre du ministre des Solidarités de l’Autonomie et des Personnes handicapées, le monde politique est embarrassé. Certains prétendent ne pas avoir eu connaissance des faits, alors que Médiapart enquête depuis plus d’un an.

Comment se fait-il qu’à chaque fois qu’une histoire d’agression sexuelle est mise sur le devant de la scène, les politiques font mine de ne rien savoir, de découvrir en direct à la télévision ou dans la presse, les faits ? Et pourquoi ce sont systématiquement les femmes qui dénoncent ces agissements, alors que les hommes sont au courant dans la plupart des cas ?

Quand les femmes politiques disent stop !

Discussion entre Alice Coffin et Raquel Garrido pendant la manifestation Metoo politique devant la Mairie de Paris © Thomas SAMSON / AFP

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 15 novembre 2021, près de 300 femmes politiques de gauche, avaient appelé les partis à écarter les auteurs de violence sexuelles et sexistes. Dans ce Meetoopolitique, ces femmes estimaient que l’omerta avait assez duré, et que les partis politiques soutenaient encore trop d’élus et de candidats qui étaient mis en cause. Parmi les signataires figuraient la députée et coordinatrice nationale de Génération Écologie Delphine Batho, Albane Gaillot, députée du Val-de-Marne, Danièle Obono, députée La France Insoumise (LFI), Alice Coffin, Fatoumata Koné (présidente du groupe écologiste), toutes deux conseillères de Paris, et Caroline De Haas, fondatrice de Nous toutes. Les femmes ont mis du temps à faire leur entrée en politique, et la récente nomination d’une Première ministre d’un gouvernement français explique que le monde politique a toujours été très masculin, et que malgré les lois sur la parité, rien ne change dans les mentalités et les comportements. Ce qui a changé en revanche, c’est la libération de la parole des femmes, et l’arrivée des réseaux sociaux qui agissent comme une caisse de résonnance. La politique étant le reflet de la société, est-ce que cela reviendrait à dire que l’on a les politiques que l’on mérite ?

Une omerta à la française

Christophe Castaner © afp.com/Stéphane de Sakutin 

En France, depuis des siècles, les société secrètes interdites aux femmes pendant longtemps, ont érigé un principe implacable : celui de la loi du silence en prêtant serment. Pendant des années, ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique se protègent entre eux, tout en veillant à leurs intérêts. Les agresseurs ont été ainsi à l’abris d’investigation, de sanction, parfois même avec la complicité de policiers, magistrats, hauts fonctionnaires. A chaque fois qu’une affaire d’agression sexuelle est mise sur la place publique, la phrase insupportable que l’on entend est toujours la même : « tout le monde savait ». Les politiques font mine de tomber de leur chaise à chaque fois, alors que des investigations sont menées par la police ou par des journalistes comme dans le cas de Damien Abad où Mediapart enquête depuis plus d’un an. Christophe Castaner ancien secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement et ancien ministre de l’Intérieur, sous le gouvernement d’Edouard Philippe, a été informé par l’Observatoire des Violence sexistes et sexuelles. De même que Les Républicains, et Renaissance (ex-La République en marche), qui en avaient été avertis depuis le début de la semaine. Ils savaient, mais le Président de la république a préféré la prise de guerre que représentait Damien Abad ex président du groupe LR à l’Assemblée nationale, et transfuge des Républicains, à la prise de risque.

Ce sont encore et toujours les femmes qui dénoncent

Camille Kouchner © Camille Kouchner/Wikicommons

Pour une femme dénoncer un agresseur n’est jamais chose aisée surtout lorsqu’il s’agit d’une personnalité publique. Parler de ce qu’elles ont vécu, dénoncer, lever un tabou, revient dans la plupart des situations pour ces femmes, à se mettre en danger. Et les hommes dans tout ça ? Pourquoi parler de libération de la parole chez la femme, alors que les hommes ont parfaitement connaissance des agressions, et parfois même quand ils sont victimes, comme dans l’affaire Kouchner-Duhamel. Il a fallu tout le courage à Camille, la sœur de Victor pour prendre la parole à la place de son frère jumeau, dans un roman La Familia grande, alors que Bernard Kouchner ancien ministre et père de la victime était au courant des faits. Dénoncer, avoir le courage de pousser la porte d’un commissariat, n’est pas facile pour des femmes déjà fragilisées. Mediapart en révélant les témoignages de deux femmes qui accusent Damien Abad, et qui ne se connaissent pas, relate à travers ces témoignages, la mécanique et parfois l’emprise que certains politiques ont sur des jeunes femmes, en leur faisant parfois miroiter des postes d’assistantes parlementaires, ou de les aider dans leur carrière. Dans le cas de Damien Abad, la fascination venait de l’admiration qu’elles avaient pour le parcours de l’homme d’origine modeste, qui avait su gravir tous les échelons de la politique en surmontant son handicap. L’une comme l’autre n’a pas su dire « non ! » de manière ferme et brutal, par empathie pour son handicap, et il en a abusé. Oui, la politique est le terrain favori de tous les pervers, c’est là qu’ils peuvent ou croient exercer une quelconque fascination sur leur victime, et leur électeur(ice).

Damien Abad reste pour l’heure présumé innocent.

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