Jeudi 25 avril. Paris crépite. Au Théâtre du Châtelet, les dorures tremblent, les fauteuils respirent au rythme lourd des basses. Deuxième édition des Flammes. Booska-P et Yard aux manettes. Objectif clair : redonner aux artistes urbains la lumière que les grandes messes musicales françaises leur refusent depuis trop longtemps.
En direct sur Twitch, W9, YouTube. Les réseaux chauffent. Le rap, la pop, le zouk, le dancehall : tout fuse, tout s’entrechoque. La capitale en fusion.
Rouge, cuir et décibels
Tapis rouge comme à Hollywood. Sapes haute couture, dégaine affûtée. Sur scène, Merveille, révélation de l’année, balance Paqueta en exclu, voix trempée dans l’émotion. La Fouine et Zaho rejouent Ma meilleure. Public debout, refrains à pleins poumons. Puis Shay, cuir intégral, chevauche une Harley comme on prend d’assaut un trône. Santa Fe résonne, c’est l’odeur d’essence et d’insolence qui reste dans l’air.
Vannes, clashs et mémoire
Nordine Ganso taille un costard à Gazo. Waly Dia, lui, flingue la présence de Rachida Dati : « Inviter Rachida Dati dans une émission rap, c’est comme un concert de Freeze Corleone dans une bar-mitzvah. » Silence gêné, rires nerveux. Sur grand écran, les noms des disparus. Congo, Haïti, Gaza. Médine chante Gaza Soccer Beach. Dans la salle, certains baissent la tête.
Aya, reine et cible
Trois Flammes dans les mains d’Aya Nakamura. Elle sourit, mais les balles verbales de la polémique JO 2024 sont encore fraîches. Le racisme aussi. Micro en main, elle lâche : « Cette victoire-là, c’est pour toutes les renois. On vient de loin. » Elle parle des tracas, des murs, des barrières invisibles qu’on impose aux artistes noirs de banlieue.
Un manifeste plus qu’une remise de prix
Entre deux trophées, un appel clair : unité, solidarité, reconnaissance de la culture urbaine. Les haters piaillent sur X, les absents se font remarquer. Les bugs techniques aussi. Mais Booska-P et Yard tiennent la barre. Le navire avance. Deuxième édition, promesses tenues.
Palmarès express
Hamza (Sincèrement), Werenoi (Carré), Aya (DNK), SDM (Bolide allemand), Ninho, Monsieur Nov & Josman, Jungeli & crew, Kalash, Dave & Tiakola, Gazo, Merveille, Favé, Boumidjal X, SCH, Shay (Commando), Tif, Isha & Limsa, et toujours Aya pour le rayonnement international.
Ce soir-là, le Châtelet n’a pas seulement vibré. Il a changé de couleur.