Et si, avant de plier bagage pour de bon, on laissait autre chose qu’un code WiFi ou une boîte à chaussures pleine de vieilles photos ? Si on transmettait vraiment ? Pas juste des biens, mais une voix, un regard, des larmes retenues, des mots qu’on n’a jamais su dire.
C’est le pari un peu fou, un peu beau, que se sont lancé Adyl Abdelhafidi et Sylvain Pinson, deux réalisateurs rompus à l’art du docu historique, qui ont décidé un jour d’orienter leur caméra… vers les vivants en sursis.
Né en octobre 2024, Vidéo Héritage propose de graver sur pellicule les récits intimes de celles et ceux qui veulent parler avant qu’il ne soit trop tard. Une mémoire vivante, captée avec les outils du 7e art : lumière, son, maquillage, coaching, montage léché. Pas de bricolage en mode confessions sur iPhone. Ici, on tourne en grand, même pour cinq minutes de vérité.

Parler avant de partir
Au commencement, une idée simple : et si on filmait nos silences ? “On a beaucoup échangé avec des proches sur les ravages des non-dits familiaux”, expliquent les deux comparses. “Et on s’est dit qu’il était temps de proposer un espace pour dire les choses, calmement, proprement, avant qu’elles ne deviennent des regrets.”
Trois formats : 5, 13 ou 52 minutes. Une durée variable, comme la vie. Et une méthode à contre-courant des tutos émotionnels vendus en ligne : ici, on bosse avec un biographe de vie, on creuse, on décortique, on aide la parole à sortir, pas juste à se poser en face de la caméra comme à l’auto-école. “La qualité du récit repose sur l’écoute. Le coaching, c’est pas pour lisser, c’est pour libérer.”
Filmer l’indicible
On pourrait croire que c’est glauque, un peu morbide. C’est tout le contraire. “Le plus dur, c’était d’assumer qu’on parle de finitude. Mais aujourd’hui, la société est prête. La politique parle enfin de fin de vie. On arrive au bon moment.” Et le public suit : seniors, familles éclatées, enfants en quête de traces. “On a même eu des jeunes adultes qui voulaient enregistrer un coming out posthume. Dire à leurs parents ce qu’ils n’ont jamais osé avouer vivants.”
Dans le microcosme discret des débuts, deux témoignages les ont marqués : un chef d’entreprise livrant à ses héritiers les clés de son empire comme on passe un témoin. Et une mère, séparée de sa fille, déposant face caméra un message d’amour, d’explications, et de pardon. Larmes incluses.
Confier, confesser, transmettre
“Les femmes sont majoritaires dans les demandes, souvent plus à l’aise avec l’intime”, observent les fondateurs. Et certaines histoires viennent de loin, du Moyen-Orient notamment, où les séparations géographiques ont figé des générations dans le non-dit.
Ce que permet la vidéo, c’est aussi une forme de chair dans la mémoire. “Le film, c’est plus qu’un souvenir, c’est une présence. Une voix, un rire, une hésitation.” Une lettre posthume avec des pupilles dilatées. Une preuve qu’on a été là, qu’on a aimé, qu’on a lutté, peut-être mal, mais sincèrement.
Et si les clients s’inquiètent parfois de la durée de conservation du fichier ou des réactions que provoqueront leurs mots, la majorité sort soulagée du processus. “Ce n’est pas la mort qu’on filme, c’est l’humanité, dans ce qu’elle a de plus vulnérable.”
Vidéo Héritage, boîte à mémoire
Installé à Déols, dans l’Indre, le projet ne fait pas de bruit, mais fait des vagues. L’héritage ici n’est pas une maison ou une assurance-vie. C’est une vérité. Un message. Une ultime preuve d’amour ou un éclat d’orgueil. “C’est un projet ultra difficile à présenter, parce qu’on touche au tabou ultime. Mais il fallait le faire.”
L’équipe accompagne les familles de A à Z : du recueil du récit au choix du format, jusqu’à la transmission via un notaire. “On voulait une démarche sérieuse, encadrée, presque solennelle.”
Au fond, Vidéo Héritage, c’est du cinéma de famille. Mais version confession, pas comédie. Une tentative douce, respectueuse, de réparer les silences avant qu’ils ne deviennent des fantômes.
Plus d’infos :
Vidéo Héritage Zone artisanale de Bitray
route de Lignières – 36130 Déols
Tel : 09 88 19 67 99

