Du 8 au 12 mars, Marrakech a déroulé le tapis rouge à une mode cousue d’audace et de traditions. Une Fashion Week au croisement des continents, des mémoires et des aspirations mondialisées.
Le soleil tape, les djellabas flottent, et sur M Avenue, les flashs crépitent. Marrakech, une fois de plus, s’est offerte au monde comme podium à ciel ouvert. Dans l’écrin ultra-contemporain de Meyden, la Maroc Fashion Week, rendez-vous bisannuel désormais inscrit dans la constellation des fashion week mondiales, a fait défiler bien plus que des robes. Du 8 au 12 mars, la ville ocre a réuni créateurs, institutions, influenceurs, mécènes, et autres faiseurs de tendances, sous la houlette d’Hind Joudar, cheffe d’orchestre et fondatrice de l’Oriental Fashion Show.
Premier tableau, vendredi 10 mars : salle comble, glam cosmopolite, couture en multilingue. De la sauvagerie stylisée des steppes d’Asie Centrale par Hanum Aidash à l’élégance couverte façon modest-fashion de Maryam El Himer. Entre les lignes des tissus, un manifeste pour une mode polyphonique : Gabarit rebrode le patrimoine, Zineb Hazim esquisse l’abstraction textile, Christophe Guillarmé fait souffler un vent new-yorkais sur les dunes, pendant que les jeunes pousses de l’Academia Di Moda de Nazareth, l’atelier Chardon Savard et l’Escom Bel taillent leur place à grands coups d’inventivité.








Des créateurs en veux-tu en voilà
Mais le show ne s’est pas arrêté aux cintres. L’opulence s’est déplacée au Royal Mansour, temple du luxe feutré, pour une autre partition du style. Là, les grands noms du sérail marocain ont croisé ceux du Liban, de la Palestine ou de l’Hexagone. Lamia Lakhsassi a offert une leçon d’éclat, Houda Serbouti a ciselé l’élégance, Salma Lazrak a fait couler ses drapés comme un poème. Bernard Jabbour a convoqué les dieux grecs pour les faire défiler, Omri Elayan a brodé le tailoring à l’or fin, et Kim Kordza a tiré le rideau sur une mariée icône, entre sacré et glam.






Donia Shehadeh, la révélation




Et comme il faut toujours une révélation, elle s’appelle Donia Shehadeh. Venue de Kfar Yasif en Palestine, la jeune styliste a décroché le trophée du meilleur talent émergent, remis par un jury taillé sur mesure : Said Mahrouf, Khadija Dinia, Fashionmintea, Marzio Nocera et Angela Donova. Derrière les strass, un sésame pour l’avenir.








La MFW, ce n’est pas que du tissu. C’est aussi une levée de fonds, orchestrée avec panache : Vivienne Westwood, Karim Tassi et les toiles du peintre Hamidi ont mis la main à la poche pour l’association Atlas Kinder, qui recueille les enfants abandonnés. Un hommage a été rendu à Hubert Hansjorg, mécène suisse parti trop tôt, mais dont l’ombre bienveillante continue de flotter sur les orphelins du Maroc.
La mode, ici, n’est pas un divertissement. Elle est un art, un pont, une arme douce. Un éclat du monde, taillé à la mesure de Marrakech.