Bébé cadum, nouvelle idole des réseaux : un monde où l’adulte se berce tout seul, caméra allumée, anneau dans la bouche. Après le selfie duckface, voici la pacifier face. La révolution TikTok tient parfois à un détail : un adulte qui refuse d’en être un. Focus le binkie, nouveau joujou régressif du réseau social.
Ils se filment en train de suçoter. Pas une clope, pas un bonbon acidulé, non : une tétine. Aujourd’hui l’angoisse se mâchonne en plastique moulé. Le binkie comprenez la sucette XXL made in China, s’affiche désormais dans les stories comme un accessoire doudou. Après le slime antistress, voici le retour au stade oral pur jus : la succion en direct, sans honte, presque revendiquée.
Objet viral ou symptôme d’un malaise plus vaste ? Dans les années 90, on suçait des Chupa Chups en club. En 2025, on mâchonne des tétines devant son ring light. Toujours la même quête : tenir debout dans un monde trop rapide. Sauf qu’à force de se consoler comme des nourrissons, on risque d’y laisser son sourire.
Le doudou n’a pas dit son dernier mot donc. Oubliés les ours en peluche pelés, place à la « binkie », sucette XXL brandie par des vingtenaires en mal de câlin numérique. Surgie de Chine, cette tétine pour adultes a mis en orbite TikTok en quelques semaines : des vidéos où l’on mâchouille, suçote, s’apaise. Comme une régression en direct.
Le South China Morning Post en prend la mesure : des ventes par milliers, des prix entre 10 et 500 yuans (1 à 60 €). Clientèle ciblée : les 18-30 ans. Une génération qui se met en scène, sucette au bec, comme d’autres brandissaient une Game Boy : posture régressive assumée, rituel anti-burn-out, béquille pour « arrêter de fumer » ou « mieux dormir ». Bref, le néo-biberon des grands. Le binkie devient pansement émotionnel, signe de fragilité assumée.
Mais derrière le joujou régressif, les dentistes grincent des dents. Pression sur le palais, malocclusions, risque de déformation des dents : la régression a un coût, et il n’est pas que psychologique. Les orthodontistes rappellent que la bouche adulte n’est pas faite pour accueillir une tétine, aussi « fun » soit-elle et que la régression a des effets secondaires qui se paient cash au cabinet. À force de jouer au nourrisson, c’est le sourire qui part en sucette.
Reste le tableau sociologique : Aujourd’hui, on suçote du plastique en live pour conjurer l’angoisse. Même besoin de réassurance, mais version néon et algorithmes. La régression comme business plan.
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