Longtemps, on lui a expliqué que la douleur était normale, que le problème était ailleurs, dans le stress, dans la tête, dans l’excès de sensibilité. Diagnostiquée d’endométriose après quatre années d’errance médicale, Camille Derveaux-Ringot a d’abord connu l’incompréhension, la solitude et cette fatigue morale propre aux patientes à qui l’on demande de se taire et de tenir.
Puis elle a décidé de reprendre la main. En se formant, en s’informant, en devenant actrice de sa santé. Et c’est pour partager ce savoir au plus grand nombre, qu’elle passe un Diplôme Universitaire en Éducation Thérapeutique du Patient à la faculté de médecine de la Sorbonne et crée il y a 3 ans, avec Capucine Verhaeghe, ingénieure biologiste, Gyneika, une entreprise de Femtech pensée comme un trait d’union entre vécu intime et rigueur scientifique. Trois ans plus tard, une communauté de 20 000 femmes, une gamme de micronutrition primée en 2026 et une conviction intacte : on peut aller mieux avec l’endométriose, à condition de ne plus avancer seule. Rencontre avec une entrepreneuse qui soigne les corps et les tabous.

Rapporteuses : Vous avez été diagnostiquée après quatre années d’errance médicale. Qu’est-ce qui a été le plus dur dans cette période : la douleur ou l’incompréhension ?
Camille Derveaux-Ringot : De loin l’incompréhension, même si la douleur est énorme. Pour information, une crise d’endométriose est souvent, plus douloureuse qu’un accouchement. On peut supporter beaucoup quand on se sent cru. En revanche, quand on vous explique que « c’est le stress », que « vous êtes trop sensible », ou pire, que “c’est dans votre tête”, quelque chose se fissure. J’ai eu l’impression de devoir me battre non seulement contre mon corps, mais aussi pour ma légitimité de patiente. Cette errance m’a appris une chose essentielle : le silence fait plus de dégâts que la douleur.
Je me suis sentie incroyablement seule pendant cette période. J’avais entre 20 et 27 ans et cela a affecté durablement ma confiance en moi.

Rapporteuses : La micronutrition a changé votre vie. C’est une revanche sur le système médical ?
C.D.R. : Je ne parlerais pas de revanche, plutôt de réconciliation intelligente, de complémentarité. D’ailleurs, je n’ai pas du tout envie d’avoir une revanche sur le système médical, au contraire, mon souhait le plus cher est que Gyneika et les patientes travaillent main dans la main avec le système médical.
La micronutrition ne s’oppose pas à la médecine, elle la complète là où elle manque parfois de temps ou d’outils. Ce qui a changé ma vie, c’est de comprendre que je pouvais redevenir actrice de ma santé. Ce n’est pas une solution miracle, mais un levier puissant, surtout quand on vit avec une maladie chronique. Et si revanche il y a, c’est surtout contre l’idée que les femmes devraient « faire avec », que c’est « normal d’avoir mal ».
J’ai eu l’impression de devoir me battre non seulement contre mon corps, mais aussi pour ma légitimité de patiente.
Camille Derveaux-Ringot
Rapporteuses : Gyneika, c’est une aventure humaine avant tout ?
C.D.R. : Oui absolument. Gyneika est née de mon parcours, de mon errance et de mon envie d’aider d’autres femmes et de transmettre. Gyneika n’est pas née d’un business plan, mais d’un vécu intime et partagé par des millions de femmes. Derrière chaque produit, il y a des échanges, des messages, des récits de vie. On ne vend pas uniquement des cures, on accompagne des parcours. C’est une entreprise, oui, mais profondément humaine et ancrée dans la réalité de la vie des femmes et des patientes. Et je crois que c’est ce qui fait sa force.
Rapporteuses : Vous avez reçu le Prix du Meilleur Produit Pharma 2026. Comment une marque née d’un vécu intime devient-elle un acteur reconnu du secteur de la santé ?
C.D.R. : En étant irréprochable dès le début. En se mettant les mêmes standards, les mêmes contraintes que les plus grands laboratoires. Dès le départ, j’ai voulu un comité scientifique solide, des formulations exigeantes, une transparence totale. Le vécu donne le sens, mais la science donne la crédibilité. Ce prix, c’est la preuve que le vécu et la rigueur peuvent – et doivent – coexister dans la santé.
Rapporteuses : La Femtech, c’est un mot à la mode ou une révolution silencieuse ?
C.D.R. : C’est une révolution, mais encore trop silencieuse à mon goût. Pendant des siècles, la santé des femmes a été sous-étudiée, sous-financée, sous-considérée. La Femtech tente de réparer un angle mort historique. Ce n’est pas du marketing, c’est une tendance de fond. Et il était temps.
Maintenant, cela reste un mouvement fragile, car on voit que partout dans le monde, la santé, les droits des femmes sont mis en danger. Donc il faut continuer coute que coute.
Rapporteuses : Vous avez suivi un diplôme universitaire à la Sorbonne en Éducation Thérapeutique. Qu’est-ce que cela change dans votre approche d’entrepreneure ?
C.D.R. : Cela change tout. J’ai compris que transmettre, expliquer, donner des clés est aussi important que proposer des solutions. Une patiente informée est une patiente plus autonome, plus confiante, plus actrice. Aujourd’hui, Gyneika ne se pense pas seulement comme une marque, mais comme un outil d’éducation à la santé. Nous souhaitons participer à l’alliance thérapeutique entre les soignants et les patients, car c’est comme cela que nous avancerons pour améliorer la qualité de vie des patients atteint de maladie chronique. Et c’est une responsabilité que je prends très au sérieux.
Dès le départ, j’ai voulu un comité scientifique solide, des formulations
Camille Derveaux-Ringot
exigeantes, une transparence totale.
Rapporteuses : Les femmes atteintes d’endométriose parlent souvent de solitude. Votre communauté, c’est une réponse à cette détresse ?
C.D.R. : Oui, et c’est sans doute ce qui me touche le plus. Gyneika, c’est la grande sœur que j’aurai aimé avoir au début de mon parcours. Beaucoup de femmes arrivent chez Gyneika avec un sentiment d’isolement immense. La communauté crée un espace où l’on se comprend sans avoir à se justifier. On n’y minimise rien. On n’y dramatise pas tout non plus. On avance ensemble. Et parfois, savoir qu’on n’est pas seule, c’est déjà thérapeutique.
Rapporteuses : Comment concilier entrepreneuriat et maladie chronique ?
C.D.R. : En oubliant le mythe de la performance permanente. J’ai dû apprendre à composer avec mon énergie, pas contre elle. Je sais que je ne peux pas forcer mon corps, chez moi cela ne marche pas. Il y a des jours avec et des jours sans. Bien sûr, c’est plus facile à dire qu’à vivre sans culpabiliser…
L’entrepreneuriat m’a paradoxalement offert une liberté que le salariat ne m’aurait jamais permise. J’ai construit une entreprise à mon rythme, avec mes contraintes, et non malgré elles. Et puis construire Gyneika, m’a permis aussi de donner un sens à tout ce que j’avais vécu. Je ne me pose pas la question de pourquoi je me lève chaque matin.
Ce n’est pas toujours simple de concilier les jobs d’entrepreneur, malade chronique et de maman, mais je mets tout en œuvre pour y arriver.
Rapporteuses : Le marché de la micronutrition explose. Comment éviter de tomber dans le marketing “rose” de la santé des femmes ?
C.D.R. : En respectant l’intelligence des femmes. Elles n’ont pas besoin qu’on leur parle en pastel ou en promesses miracles. Elles veulent des faits, de la pédagogie, de la transparence. Chez Gyneika, on refuse la simplification abusive et les discours culpabilisants.
Rapporteuses : Si vous pouviez parler à la jeune femme d’avant le diagnostic, vous lui diriez quoi ?
C.D.R. : Ne t’inquiète pas tu vas y arriver. Tu n’es pas faible, tu n’es pas folle. Fais toi confiance. Le premier médecin que tu as vu ne t’a pas convaincu, va voir un deuxième. Informe-toi, écoute-toi. Devient actrice de ta vie et de ta santé. Et surtout, ne regarde pas l’immense montagne que tu dois gravir. Avance petit pas par petit pas. Et un jour te retournera et tu verras tout ce que tu as fait.
On peut aller mieux avec l’endométriose.
Plus d’infos :



