En sacrant Une bataille après l’autre de Paul Thomas Anderson et Timothée Chalamet pour son rôle dans Marty Supreme, les Golden Globes 2026 ont distingué des œuvres traversées par les tensions politiques, sociales, et raciales, de l’Amérique contemporaine. Une cérémonie marquée par la reconnaissance d’un cinéma exigeant, attentif à l’actualité. Ce n’était pas une nuit de grands discours, c’était pire, ou mieux : une nuit de signes. Des badges « Be Good » épinglés sur les smokings, et un nom, Renee Nicole Good, celui d’une femme tuée à Minneapolis par un agent de la police de l’immigration.
La 83ᵉ cérémonie des Golden Globes, organisée dimanche 11 janvier au soir, à Beverly Hills Los Angeles dans un contexte international tendu et à l’orée d’une année électorale américaine incertaine, a confirmé une tendance déjà perceptible dans les sélections des grands festivals : le retour en force de récits cinématographiques centrés sur le conflit, la lutte et la résistance. Car Hollywood adore les histoires de revanche, et encore plus quand elles sont racontées par ceux qui savent filmer le chaos avec élégance.
En remportant le Golden Globe du meilleur film dramatique, Une bataille après l’autre, de Paul Thomas Anderson, s’est donc imposé comme l’œuvre majeure de la saison. Le film, qui met en scène la traque d’ex-révolutionnaires d’extrême gauche par un suprémaciste blanc, a valu à son réalisateur une reconnaissance critique quasi unanime. Le cinéma américain, cette année, parle d’affrontements, de fractures sociales, de violence, et il est récompensé pour ça.
Paul Thomas Anderson, l’art de filmer l’ennemi de l’intérieur
Paul Thomas Anderson déjà récompensé aux Critics Choice Awards 2026, poursuit sur sa lancée avec Une bataille après l’autre. Le long métrage, couronné meilleur film dramatique, dissèque l’Amérique raciste sans effets de manche, mais avec une précision clinique. Ici, la guerre n’est pas toujours armée, elle est aussi économique, psychologique, morale, elle est permanente. En le récompensant, les Golden Globes ont salué un cinéma qui interroge, parce qu’Anderson filme l’usure, l’obsession, le prix à payer pour continuer à se battre quand plus personne ne promet la victoire. Hollywood a reconnu là un cinéma adulte, exigeant, à rebours des narrations lisses.

Et puis il y a eu Teyana Taylor, meilleure actrice dans un second rôle. Son discours a rappelé une évidence : pour les femmes noires, chaque rôle, chaque prix, chaque apparition reste un combat. « A mes sœurs de couleur et aux petites filles de couleur qui regardent ce soir, (…) notre lumière n’a pas besoin de permission pour briller », a lancé Teyana Taylor, qui interprète une héritière du Black Power, compagne de Leonardo Di Caprio dans Une bataille après l’autre qui voit le prix d’interprétation lui échapper au profit de Timothée Chalamet.
Timothée Chalamet, la maturité confirmée
Sacré meilleur acteur dans une comédie pour Marty Supreme, Timothée Chalamet franchit un cap à 30 ans. Finies les performances de prodige fragile, place à un acteur qui maîtrise son tempo, son corps, son ironie. Marty Supreme aurait pu n’être qu’un exercice de style, Chalamet en fait un portrait grinçant, drôle et mélancolique d’un homme trop conscient de son image.

La performance, saluée pour sa justesse et son sens du rythme, illustre la capacité de Chalamet à naviguer entre cinéma indépendant et productions plus accessibles, sans renoncer à une exigence de jeu. Ce prix vient consacrer un parcours construit sur des choix artistiques assumés.
Rire contre le pouvoir
Un ton résolument politique a marqué la cérémonie : plusieurs personnalités ont arboré des badges « Be Good » en hommage à Renee Nicole Good, une mère de famille tuée cette semaine à Minneapolis par un agent des services d’immigration des États-Unis, déclenchant une vive émotion nationale et des protestations contre les actions de la police de l’immigration, l’agence Immigration and Customs Enforcement (ICE).
La maîtresse de cérémonie, Nikki Glaser, n’a pas hésité à railler le « ministère de la justice » américain en lui décernant ironiquement un « Golden Globe du meilleur montage » pour la publication partielle du dossier Epstein, épisode jugé comme un boulet politique pour le président Donald Trump. Rires dans la salle, certains gênés, d’autres complices.
George Clooney est monté sur la scène des Golden Globes pour remettre le dernier prix de la soirée. L’acteur, figure tutélaire d’un Hollywood progressiste, anti Trump, a surpris l’assistance en ouvrant son discours… en français. « Bonsoir mes amis ». Clin d’œil mondain, sourire de salle, effet garanti.
Le palmarès a également salué Stellan Skarsgård, élu meilleur second rôle masculin pour sa performance dans Valeur sentimentale, où il incarne un cinéaste en conflit avec ses deux filles. Enfin, le phénomène Netflix KPop Demon Hunters a remporté le trophée du meilleur film d’animation ainsi que celui de la meilleure chanson, pour un titre au nom prédestiné : Golden.
Les Golden Globes, longtemps accusés de légèreté mondaine, ont cette année récompensé des œuvres traversées par la question raciale, sociale, et politique. Même la comédie y portait des cicatrices. Sous ses airs policés, la cérémonie a ainsi donné à voir une industrie qui, sans rompre avec ses codes, accepte de moins en moins le silence. Un Hollywood qui continue de récompenser le spectacle, mais qui reconnaît, en creux, que le cinéma reste un espace de friction avec le réel.



