L’actrice Blake Lively vient d’essuyer un revers judiciaire majeur dans le bras de fer qui l’oppose à Justin Baldoni. Le 2 avril 2026, un juge fédéral a largement élagué sa plainte pour harcèlement sexuel, réduisant une affaire tentaculaire à quelques griefs résiduels. Récit d’un feuilleton judiciaire où se mêlent pouvoir, image et stratégies d’influence.
En écartant l’essentiel de la plainte déposée par Blake Lively contre Justin Baldoni, la justice américaine inflige un revers majeur à l’actrice. Une décision qui rebat les cartes d’un affrontement judiciaire et médiatique entamé après le tournage d’un film à succès, et dont l’issue reste incertaine.
Une affaire née sur un tournage sous tension
Tout commence sur le plateau de It Ends With Us, en français Jamais plus , adaptation du best-seller de Colleen Hoover, tournée en 2023. L’histoire suit Lily Bloom, incarnée par Blake Lively, une jeune Américaine marquée par une enfance tourmentée. Déterminée à se reconstruire, elle quitte tout pour s’installer à Boston et ouvrir sa propre boutique de fleurs. Sa rencontre avec Ryle Kincaid, un neurochirurgien aussi brillant que charismatique, interprété par Justin Baldoni, fait naître une passion fulgurante. Mais derrière l’intensité des débuts, la relation se fissure peu à peu, et laisse apparaître une réalité plus sombre. Derrière la caméra, on retrouve Justin Baldoni, qui partage également l’affiche avec Blake Lively. Fidèle à l’esprit du roman, le film explore les mécanismes d’une relation toxique, sur fond de violences conjugales et de triangle amoureux. Mais en coulisses, les tensions sont déjà là. Le film, succès commercial à sa sortie en 2024, est aussi le point de départ d’un conflit qui va rapidement dépasser le cadre du cinéma.
Blake Lively dénonce un climat qu’elle qualifie de « toxique » sur le tournage de Jamais plus. Dans une plainte déposée le 22 décembre 2024, l’actrice accuse Justin Baldoni de harcèlement sexuel, et évoque notamment des tentatives de baisers jugées insistantes sur le plateau. Elle affirme également que le réalisateur et son associé, le producteur Jamey Heath, se seraient introduits dans sa caravane alors qu’elle allaitait son enfant. Selon ses déclarations, les deux hommes lui auraient demandé de ne pas se couvrir, malgré sa nudité. Au-delà de sa propre expérience, Blake Lively dit redouter que d’autres femmes de l’équipe aient été exposées à des comportements similaires, dénonçant « des faits répétés de harcèlement sexuel et d’autres attitudes inappropriées ».
L’actrice met enfin en cause une stratégie de dénigrement orchestrée à son encontre. Elle accuse Justin Baldoni d’avoir piloté, avec l’appui d’une agence de communication, une campagne en ligne destinée à ternir son image au moment de la sortie du film, une riposte, selon elle, à ses prises de parole critiques dans la presse. Dans ce conflit très médiatisé, elle a notamment reçu le soutien public de la chanteuse Taylor Swift. À l’époque, rien ne filtre publiquement. Ce n’est qu’un an plus tard que le conflit éclate au grand jour. L’affaire prend immédiatement une dimension médiatique considérable, portée par la notoriété des protagonistes.
2025 : l’escalade judiciaire et médiatique
La riposte de Justin Baldoni ne s’est pas fait attendre. Le réalisateur a rapidement contre-attaqué en déposant plusieurs plaintes. La première vise le The New York Times, qu’il accuse d’avoir manqué aux « pratiques et à l’éthique journalistiques » en publiant un article sur l’affaire. Il soutient que le quotidien aurait eu recours à des « SMS trafiqués et manipulés », tout en omettant délibérément des messages susceptibles de contredire le récit présenté.
Une seconde plainte cible directement Blake Lively, mais aussi son mari, Ryan Reynolds, ainsi que leur attachée de presse. Justin Baldoni les accuse notamment d’extorsion, de harcèlement moral, de diffamation et d’atteinte à la vie privée. Concernant Ryan Reynolds, le réalisateur affirme que celui-ci l’aurait publiquement tourné en dérision, allant jusqu’à glisser des moqueries à son encontre dans le personnage de Deadpool, notamment dans les dialogues du film Deadpool & Wolverine. Dans ses prises de parole médiatiques, il reproche également à Blake Lively d’avoir contribué à faire exploser le budget du film, en évoquant des dépenses jugées excessives, notamment pour les costumes. Justin Baldoni réclame au moins 400 millions de dollars de dommages et intérêts.
Dans le même temps, le réalisateur est accusé d’avoir lui-même entretenu la polémique en relayant ou en laissant circuler des informations peu flatteuses sur l’actrice, en nourrissant un climat déjà très tendu. Les mois suivants sont marqués par une escalade procédurale. Chaque camp affine sa stratégie, tandis que l’affaire s’installe dans le temps long. En juin 2025, premier tournant : la plainte de Justin Baldoni est rejetée. Une décision qui semblait alors redonner l’avantage à Blake Lively, sans pour autant clore le dossier. Rapidement qualifié de « duel hollywoodien », le procès est fixé à mars 2026.
Avril 2026 : le coup de massue judiciaire
Il faudra donc attendre le printemps 2026 pour que la justice tranche une question centrale. Le 2 avril, un juge fédéral rend une décision déterminante : sur les treize chefs d’accusation avancés par Blake Lively, la grande majorité est rejetée. Les accusations de harcèlement sexuel, de diffamation et de complot sont écartées. Seules subsistent quelques demandes, notamment liées à d’éventuelles représailles et à des questions contractuelles.
Le raisonnement juridique est limpide et implacable. Le tribunal considère que l’actrice intervenait en tant que prestataire indépendante et non comme salariée, ce qui limite considérablement le champ d’application des lois fédérales invoquées. En d’autres termes, une grande partie de la plainte s’effondre non sur le fond des faits allégués, mais sur leur qualification juridique.
Deux trajectoires hollywoodiennes fragilisées
Pour Blake Lively, le coup est rude. Celle qui était devenue une figure incontournable de Hollywood depuis Gossip Girl, voit sa stratégie judiciaire fragilisée. Elle affirme avoir subi des pertes financières importantes et une atteinte durable à sa réputation, mais la décision du juge réduit considérablement la portée de ses accusations initiales.
En face, Justin Baldoni obtient une forme de victoire. Connu du grand public pour la série Jane the Virgin et pour ses prises de position sur les questions de masculinité, il échappe, à ce stade, aux accusations les plus graves. Pour autant, cette victoire reste relative : son nom demeure associé à une affaire de harcèlement présumé, et sa propre offensive judiciaire a échoué l’année précédente. Car l’affaire est loin d’être terminée. Les accusations de représailles, désormais au cœur du dossier, doivent encore être examinées. Un autre procès est attendu le 18 mai 2026. Il ne portera plus sur les faits initiaux tels qu’ils avaient été présentés, mais sur leurs conséquences. Blake Lively soutient qu’après avoir dénoncé certaines pratiques, elle aurait été ciblée par une campagne visant à l’écarter.
Ce déplacement du débat est monnaie courante à Hollywood, où les conflits se jouent autant dans les tribunaux que dans l’espace médiatique. Dans cette industrie fondée sur l’image, chaque procédure devient un épisode d’un récit public, chaque décision judiciaire un élément de narration. Une chose est sûre, ni Blake Lively ni Justin Baldoni n’en sortiront indemnes.



