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Coolio en 2002 © Steve Orino/Eyevine/DALLE 

Disparition : le rappeur Coolio a rejoint Gangsta’s Paradise

Coolio est mort à l’âge de 59 ans, à Los Angeles, le 28 septembre. Il avait remporté un Grammy en 1996 pour la meilleure performance de rap solo avec son tube Gangsta’s Paradise, qui figurait sur la bande originale du film Esprits rebelles, réalisé par John N. Smith, avec Michelle Pfeiffer.

L’auteur de Gangsta’s Paradise un des plus célèbres oxymores du Hip Hop, a été retrouvé mort, le 28 septembre, selon TMZ. Coolio de son vrai nom Artis Leon Ivey Jr. aurait rendu visite à un ami chez lui à Los Angeles, et aurait été découvert allongé sur le sol d’une salle de bain. Père de 10 enfants, sa mort a été confirmée à Variety par Jarez Posey son manager. Single le plus vendu de l’année 1995, Gangsta’s Paradise s’est écoulé à près de 6 millions d’exemplaires à travers le monde, et a reçu en 1996 un Grammy Award dans la catégorie « Best Rap Solo Performance ». Nominé pour cinq autres Grammys au cours d’une carrière qui a commencé à la fin des années 1980, Coolio rejoint ainsi la longue liste des autres légendes du rap récemment décédés, sans que ce soit par arme à feu, parmi lesquels DMX mort des suites d’une crise cardiaque en 2021 à 50 ans, Craig Mack décédé le 12 mars 2018 d’une crise cardiaque, à l’âge de 46 ans, et Guru qui après avoir été terrassé par un arrêt cardiaque le 28 février 2010, meurt deux mois plus tard le 18 avril à 48 ans d’un cancer.

Fantastic Voyage

Affiche du film “Esprits rebelles” avec Michelle Pfeiffer © Don Simpson/Jerry Bruckheimer Films

Si l’on retient une chose du film Esprits rebelles (Dangerous Minds), c’est avant tout sa bande originale, véritable ovni dans l’industrie du Hip Hop. Dès l’intro qui reprend un extrait de la chanson Pastime Paradise de Stevie Wonder sorti en 1976, la magie opère. Basé sur l’autobiographie My Posse Don’t Do Homework de LouAnne Johnson, ancienne US marine qui s’est engagée en 1989 en tant qu’enseignante au Carlmont High School, renommé pour les besoins du film, Parkmont, on y découvre une Michelle Pfeiffer bluffante dans le rôle du professeur qui se bat pour des élèves afro-américains et hispaniques impliqués dans la guerre des gangs et les trafics de drogues. Le romancier Victor Cherbuliez, dans son ouvrage L’Art et la nature paru en 1892, a cette citation magnifique qui reflète un courant de pensée de son époque, mais qui transposé à l’artiste Coolio a une résonnance toute particulière : « Promettez le paradis à un artiste, s’il n’est pas sûr d’y retrouver les couleurs et les sons qu’il aime, il ne voudra pas l’habiter un jour ». A quel paradis songeait le jeune Artis Leon Ivey Jr. né le 1er août 1963 à Monessen, en Pennsylvanie, au sud de Pittsburgh ? C’est pourtant les rêves plein la tête, que le jeune homme part s’installer à Compton, en Californie, dans l’agglomération de Los Angeles, où il travaille comme pompier volontaire et dans la sécurité des aéroports, avant de se consacrer à plein temps à la scène hip-hop. Un voyage qui lui portera chance puisqu’en 1994, sa carrière réussie à décoller avec un premier album sur le label Tommy Boy Records, It Takes a Thief. Le titre d’ouverture, Fantastic Voyage, sans doute en référence à son propre parcours, grimpe jusqu’à la troisième place du Billboard Hot 100, le classement hebdomadaire des 100 chansons les plus populaires aux Etats-Unis, toutes catégories musicales confondues.

« Je n’ai pas écrit Gangsta’s Paradise, c’est elle qui m’a écrit » 

Coolio le 14 août 1997 à Cologne en Allemagne © Fryderyk Gabowicz/Picture alliance via Getty Images

Bien évidemment Coolio n’a pas lu Victor Cherbuliez ce romancier genevois qui possédait un des plus grands talents oratoires, mais toujours est-il qu’un an plus tard, Gangsta’s Paradise aidée du merveilleux Stevie, devient numéro un, avec cette ouverture reprenant un passage de la bible psaume 23:4 : « Alors que je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je regarde ma vie et je me rends compte qu’il ne reste plus grand-chose, parce que je me suis défoncé et j’ai ri si longtemps que même ma mère pense que je suis devenu fou. » Ce qui fait mouche c’est aussi et surtout ce refrain chanté Larry “L.V” Sanders  : “Dis-moi pourquoi sommes-nous trop aveugles pour voir que ceux à qui nous faisons du mal sont toi et moi“. Nous sommes trois ans après les émeutes de Los Angeles qui ont suivi le passage à tabac filmé de Rodney King par des policiers blancs, et l’Amérique est toujours en émoi. Coolio demande ainsi à tous les Gangstas de faire une sorte de trêve. Rarement des paroles aussi sombres ont pris aux tripes. L’actrice Michelle Pfeiffer qui lui fait face dans le vidéo clip avouera que même plusieurs années après, cette chanson lui donne toujours autant de frissons. Dans l’émission de radio Howard Stern Show Coolio avait cette explication : « Gangsta’s Paradise est à propos de la vie, parce qu’on vit aussi dans le paradis des gangsters », Dans une interview accordée à l’émission britannique The Voice, il confiera qu’il n’imaginait pas que sa chanson allait subsister pendant tant d’années. Certains artistes sont manifestement associés à une seule et unique œuvre, comme la rencontre de toute une vie : « Je n’ai pas écrit Gangsta’s Paradise. C’est elle qui m’a écrit… C’était sa propre entité, là-bas dans le monde des esprits, qui essayait de se frayer un chemin vers le monde, et elle m’a choisi comme vaisseau », disait-il. « Je n’aurais jamais pensé qu’elle serait diffusée comme ce fut le cas, touchant tous les âges, les races, les genres, les pays et les générations ». Jamais le rappeur ne connaîtra pareille triomphe, hormis un succès d’estime avec 1, 2, 3, 4 (Sumpin’New) en 1996 et C U When U Get There l’année suivante. Malgré ses cinq autres albums studio : Coolio.com en 2001, El Cool Magnifico en 2002, The Return of the Gangsta en 2006, Steal Hear en 2008 et From the Bottom 2 the Top en 2009, c’est encore et toujours Gangsta’s Paradise qui lui colle définitivement à la peau. L’explication réside peut-être encore dans cette citation de Victor Cherbuliez dans son roman Jacquine Vanesse paru en 1898 : « Quand j’entends un air qui me plaît, je me sens transportée dans un paradis terrestre, où les hommes sont des êtres aériens, aussi beaux et aussi estimables que des papillons ».

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