Au début de l’année 2026, Zoe Saldaña a franchi un cap symbolique et historique : grâce au succès planétaire de Avatar : De Feu et de Cendres, qui a déjà rapporté plus d’1,23 milliard de dollars, l’actrice apparaît désormais comme la personnalité dont les films ont généré le plus de recettes au box-office mondial, cumulant plus de 15,4 milliards de dollars dans sa carrière. © Instagram de Zoe Saldaña posté le 9 décembre 2025

Zoe Saldaña actrice la plus lucrative de l’histoire du box-office, mais à quel prix pour l’égalité ?

Lise-Marie Ranner-Luxin
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Rédactrice en chef et fondatrice de Rapporteuses, Lise-Marie Ranner-Luxin allie vision éditoriale et plume affûtée. Passionnée par les histoires humaines, les tendances culturelles et l’actualité qui...
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Zoe Saldaña est aujourd’hui, chiffres à l’appui, l’actrice (et l’acteur), la plus lucrative de l’histoire du box-office mondial, avec plus de 15,4 milliards de dollars de recettes cumulées grâce à des franchises tentaculaires, Avatar (2009, 2022, 2025), Avengers, Guardians of the Galaxy, dépassant Scarlett Johansson ou Samuel L. Jackson dans le classement des stars les plus “bankable”. Mais ce sommet, aussi spectaculaire soit-il, ne doit pas masquer une réalité plus inconfortable : Hollywood continue de rémunérer les femmes moins que les hommes, et les actrices noires moins que les actrices blanches, même lorsque leur valeur économique est objectivement démontrée.

Ce n’est pas une opinion. Ce sont des faits, documentés depuis des années par des études, mais aussi, et surtout, par les déclarations publiques d’actrices qui ne se taisent plus. Alors oui, malgré ce palmarès sans équivalent, nous pouvons affirmer que Zoe Saldaña n’a jamais été rémunérée proportionnellement à la valeur économique colossale qu’elle a contribué à créer.

Un écart criant entre recettes et rémunération

Les salaires dont certains sont publics, montrent à quel point la rétribution de Zoe Saldaña est modeste comparée à l’immense impact économique de ses films. Voici donc ses rémunérations rapportées dans The Street. Avatar (2009) environ 4 millions de dollars. Avatar : The Way of Water (2022) salaire doublé à environ 8 millions de dollars. Avatar : De Feu et de Cendres (2025), les chiffres exacts ne sont pas publics, mais des estimations évoquent près de 10 millions. Marvel Cinematic Universe : Guardians of the Galaxy (2014) environ 100 000 $ seulement pour son rôle de Gamora, alors que d’autres co-stars comme Chris Pratt ont touché plusieurs fois plus. Avengers : Infinity War (2018), environ 3 millions de dollars. Avengers : Endgame (2019), environ 11 millions de dollars.

Au total, ces salaires cumulés, même en incluant quelques revenus complémentaires ou participations, représentent quelques dizaines de millions de dollars (une estimation autour de 60 millions de net worth est souvent citée). Des sommes importantes, certes, mais sans commune mesure avec les milliards générés, ni avec les contrats masculins équivalents dans les mêmes franchises.

Contrastons maintenant avec les recettes des films auxquels elle a contribué : Avatar (2009) seul a rapporté près de 2,9 milliards de dollars au box-office mondial, et Avengers : Endgame plus de 2,7 milliards. Ce décalage entre des revenus personnels de plusieurs millions et des milliards engrangés pour les studios illustre l’ampleur de l’écart.

Les chiffres illustrent le très faible salaire de Zoe Saldaña sur Guardians of the Galaxy (100 000 $) par rapport à des acteurs masculins de la même franchise, et montrent que même dans des rôles récurrents à succès, l’écart salarial est énorme.

Genre, race et hiérarchie salariale à Hollywood, un problème structurel

Le cas de Zoe Saldaña s’inscrit dans un premier temps, dans un schéma bien documenté d’inégalités persistantes sur les inégalités hommes/femmes. Car même lorsque des actrices contribuent à des succès commerciaux, leurs rémunérations restent souvent “nettement inférieures” à celles des hommes, et les femmes sont moins susceptibles d’obtenir les plus grosses parts de “backend deals” (parts de profits).

De nombreuses actrices ont publiquement dénoncé ces écarts. On peut citer des cas emblématiques comme celui de Michelle Williams vs Mark Wahlberg lors des reshoots de All the Money in the World, où Wahlberg a été payé environ 1 500 fois plus qu’elle pour le même travail, ce qui a suscité une large couverture médiatique sur l’inégalité salariale basée sur le genre.

Ensuite sur les Inégalités raciales. Concernant les actrices noires, certains témoignages et rapports indiquent que même parmi des talents très reconnus, l’équité salariale est loin d’être atteinte. Par exemple, Taraji P. Henson, une des comédiennes noires les plus célèbres, a récemment exprimé à la radio qu’elle se sentait “sous-payée” malgré une carrière reconnue, soulignant que sa rémunération ne reflétait pas sa contribution, et que d’autres actrices noires comme Viola Davis et Octavia Spencer ont fait la même constatation et l’ont dit publiquement.

Viola Davis : « Nous gagnons probablement un dixième »

Dans un entretien accordé à British Vogue en 2018, Viola Davis va plus loin encore, en comparant explicitement sa trajectoire à celle d’actrices blanches. Elle explique qu’elle était souvent comparée en termes de talent et de carrière, à Meryl Streep ou Julianne Moore, mais qu’elle n’était pas rémunérée ni traitée de la même manière :

« J’ai un parcours probablement comparable à Meryl Streep, Julianne Moore, Sigourney Weaver… et pourtant je suis loin d’eux, pas seulement par l’argent, pas seulement par les opportunités de travail… partout loin d’eux…Les gens disent : “Tu es une Meryl Streep noire… il n’y a personne comme toi.” Alors, s’il n’y a personne comme moi, pensez-vous vraiment que je vaux ça ? Payez-moi ce que je vaux. Donnez-moi ce que je vaux. »

Dans la même interview devenue virale, elle a quantifié l’écart entre ce que gagnent les femmes blanches et ce que gagnent les femmes noires dans l’industrie :

« Nous ne parlerons pas de l’inégalité des salaires selon le genre… parce que beaucoup de femmes (blanches) gagnent la moitié de ce que gagne un homme, mais nous, nous gagnons probablement un dixième de ce que gagne une femme caucasienne. Et je suis numéro un à l’affiche.
Et puis je dois aller au téléphone et négocier pour ma valeur — voilà ce que je ressens que je fais. »

Dans une autre interview, Viola Davis a expliqué que le problème n’est pas simplement salarial, mais surtout structurel : les femmes de couleur ont souvent moins d’opportunités créatives et économiques :

« Les femmes de couleur ne sont pas seulement moins bien payées que les hommes — leurs salaires pâlissent aussi face à ceux des femmes blanches. Nous ne sommes même pas payées le quart de ce que ces femmes reçoivent, et nous n’avons même pas les couvertures de magazines que ces actrices obtiennent.
…Nicole Kidman mérite ces salaires. Reese Witherspoon mérite ces salaires… mais devinez quoi — je le mérite aussi. Octavia Spencer, Taraji P. Henson, Halle Berry… nous aussi, nous avons fourni le travail. »

« La seule chose qui sépare les femmes de couleur de tout le monde, c’est l’opportunité. Tu ne peux pas gagner un Emmy pour des rôles qui ne sont tout simplement pas là. »

Cette phrase, tirée d’un discours lors de la remise de son prix aux Emmy Awards, rappelle que sans rôles significatifs, sans écriture riche et sans engagement des studios, il est difficile, voire impossible, de réduire les écarts sociaux. Car au-delà de combien elles sont payées, les actrices noires ont aussi moins de propositions de rôles majeurs que leurs homologues blanches. Cela signifie moins de chances d’être tête d’affiche, moins de visibilité, et ultimement moins de leviers pour négocier des conditions financières favorables.

Zoe Saldaña, symbole malgré elle

Certes Zoe Saldaña n’a jamais fait de cette question un cheval de bataille public à la manière de Viola Davis ou Taraji P. Henson, mais son parcours, doit surtout servir de preuve irréfutable contre l’argument selon lequel « les actrices noires ne font pas vendre ». Il ne tient plus, enterré sous des milliards de dollars. Alors oui, célébrons Zoe Saldaña pour son rôle dans trois des films les plus lucratifs de l’histoire du cinéma et pour avoir franchi un seuil symbolique qui captivent les médias du monde entier. Mais célébrer ce record sans interroger les mécanismes qui ont longtemps relégué les actrices, et particulièrement les actrices noires, dans des catégories de second plan, tant économique que narrative serait nier l’essentiel : tant que les rémunérations ne refléteront pas les contributions réelles, tant que les opportunités seront inégalement distribuées, le record restera un rappel de l’injustice autant qu’un triomphe commercial. Ce record devrait plutôt être utilisé comme levier pour questionner et transformer l’économie hollywoodienne. Parce ce quand une femme noire devient la plus rentable de l’histoire du cinéma, il faut aussi reconnaître les inégalités salariales et structurelles qu’elle a dû affronter pour y parvenir.

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Rédactrice en chef et fondatrice de Rapporteuses, Lise-Marie Ranner-Luxin allie vision éditoriale et plume affûtée. Passionnée par les histoires humaines, les tendances culturelles et l’actualité qui fait débat, elle supervise la ligne éditoriale et guide l’équipe avec exigence et créativité. Journaliste expérimentée, elle sait capter les détails qui font vivre un récit et mettre en lumière des voix parfois oubliées, tout en cultivant un regard critique et engagé sur le monde qui l’entoure.
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