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L’acteur Troy Kotsur aborde l’inclusion des personnes en situation de handicap à l’écran avec Jérémie Boroy, conseiller Handicaps à la Mairie de Paris © Jonathan Eden/Rapporteuses

Coda : l’acteur Troy Kotsur aborde l’inclusion des personnes en situation de handicap à l’écran

A l’initiative de la Mairie de Paris et l’Ambassade des Etats-Unis, « Coda », le remake de « La Famille Bélier », était projeté le 6 juillet au Majestic Bastille à Paris, en présence de l’acteur Troy Kotsur, et de Jérémie Boroy, conseiller Accessibilité, Handicaps, Petite enfance et Sénoirs. 

La question du handicap est rarement portée au cinéma. L’occasion de saluer cette initiative de l’ambassade des Etats-Unis et de la Mairie de Paris, et surtout d’échanger avec Troy Kotsur, qui n’a pas volé sa statuette de meilleur acteur dans un second rôle.  Le comédien avait fait le déplacement pour faire part de son expérience, et aborder l’inclusion des personnes en situation de handicap à l’écran devant un public « tout ouïe ». A saluer la double interprétation orale et signée Français-Anglais.

Authenticité, sincérité, et intégrité

L’acteur Troy Kotsur échange avec le public © Jonathan Eden/Rapporteuses

C’est sur le trottoir du Majestic Bastille que le film commence, habituellement devant une salle de cinéma on voit régulièrement une file d’attente mais là, de bon matin, sous nos yeux, des rondes d’attente avec des personnes qui communiquaient silencieusement. Ils avaient besoin de se voir pour échanger. C’est vraiment une impression extrêmement touchante que d’observer un public impatient de rentrer dans la salle de projection pour voir, mais ne pas entendre ce qui s’y passe. Ils sont venu voir à défaut d’entendre pour certains, Coda ce remake américain inspiré de La Famille Bélier multi récompensé aux Oscar, dont celui du meilleur film et du meilleur acteur dans un second rôle pour l’acteur Troy Kotsur.  Coda est l’acronyme de Child of deaf adult (que l’on peut traduire par « enfant entendant de parents sourds ») qui désigne, en anglais, un enfant entendant de parents sourds, mais il fait aussi référence au symbole musical de la coda terme technique du vocabulaire des musiciens et des compositeurs pour signifier le retour au début du thème de la partition. Pour celles et ceux qui n’ont pas encore vu la version originale du film franco-belge La Famille Bélier d’Éric Lartigau, il est encore temps de vous faire une opinion, mais selon moi, ils sont tous deux gorgés d’authenticité, de sincérité, d’intégrité et d’émotion ponctuées de scènes et dialogues hilarantes. Je me garderai donc de vous révéler le fragment de ce film car cela reviendrait à aliéner la souveraineté des émotions du spectateur-trice.
Toutefois sans rien dévoiler qui ne soit pas sur la bande annonce, je peux vous vous faire le pitch. Coda se passe dans le Massachusetts, un État de la première heure de la création des États-Unis d’Amérique. Situé à quelques dizaines de miles de Boston, là où les musiciens du monde entier viennent apprendre leurs métiers. Et c’est à Berklee College of Music côtoyant Harvard et le MIT que se passe une des scènes clé du film digne de grand films musicaux. Et comme un film dans le film, je pense à André Manoukian, Hervé Legrand et Arthur H qui ont eux été élevés à Berklee College of Music, pendant que se déroule sous mes yeux, la ville de Gloucester, avec son port de pêche, non loin de Cap Code, lieu de villégiature des WASP de la nouvelle Angleterre, où le très regretté Président Kennedy passait ses vacances en famille. L’ADN de cet État est culturellement plus européen, à l’image de Jackie, veuve de JFK,  que le reste des États-Unis, ce qui confère à ce film, exceptionnellement bien réalisé avec un casting de haute volée et de grande justesse dans leurs interprétations, une vraie partition jusqu’au bout des yeux et des mains.

L’univers de Ken Loach et le monde du silence

L’acteur Troy Kotsur avec des enfants qui signent “love” © Jonathan Eden/Rapporteuses

Coda décrit parfaitement ce que le handicap de la surdité et de la parole peut générer dans la vie de tous les jours, au travail et dans la famille, réduisant les possibilités d’autonomies. Il montre à quel point il est difficile, d’exercer une activité professionnelle qui nécessite tous les sens afin de prévenir un danger soit par l’œil ou l’audition.
Bien sûr les progrès technologiques ont permis de réduire cet isolement communicationnel, mais parfois l’inverse. Dans Coda, la famille est un havre de silence ou l’expression du corps est le principal vecteur de communication avec les lèvres et les yeux. Mais qu’en est-il lorsque dans cette famille heureuse malgré ce handicap auditif, une adolescente dévouée à sa famille, entendante à en plus l’oreille musicale ?
Sian Heder la réalisatrice a certainement aimé les films de Ken Loach et les comédies musicales, pour y mettre cette finesse débridée adaptée au monde du silence. Un combat pour la dignité des citoyens qui ont le tort d’être sourds et muets, le tout dans un environnement dont les conséquences du dérèglement climatique accentue la pression pour vivre de leur activité de pêcheur. Le clou de cette journée exceptionnelle, était la présence de Troy Kotsur Oscar 2022 du meilleur acteur dans un second rôle, qui était là en personne, ovationné par un public remuant leurs mains, bras en l’air pour manifester leur enthousiasme.

Une double interprétation orale et signée Français-Anglais

L’acteur Troy Kotsur échange avec le public © Jonathan Eden/Rapporteuses

L’événement, organisé avec maestria par la Mairie de Paris et le service culturel de l’Ambassade des États-Unis qui avait préparé les échanges entre le public et Troy Kotsur de façon à ce les questions soient posées en langages de signes français, puis traduit en anglais, et enfin traduit à nouveau en langages des signes américains afin que Troy Kotsur puisse répondre. A la question d’un élève venu avec sa classe d’une école spécialisée pour les malentendants, Troy Kotsur a répondu « combien il était difficile de pouvoir pratiquer son art du fait de ce handicap », en prenant comme exemple les petits rôles dans les séries où on a pu l’apercevoir comme Les experts ou Scrubs, et de fil en aiguille, avec de la persévérance, arriver à ce remake de La famille Bélier, où il a pu faire entendre la voix des malentendants. L’acteur n’a pas oublié d’évoquer Emmanuelle Laborit actrice malentendante qui a joué dans Retour à la vie avec Alain Bashung, et la musique composée par Hervé Legrand. Troy Kotsur a tenu à souligner à quel point le cinéma Français était un acteur majeur dans la création de nombreux films américains.
 Même si la fête du cinéma touche à sa fin, je ne saurai vous recommander d’aller voir Coda, ce Feel Good Movie qui deviendra un classique. A voir en salle, car les grandes émotions se vivent sur grand écran.

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