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Boris Johnson au 10, Downing Street, le 6 juillet 2022 © Henry Nicholls/REUTERS 

Boris Johnson jette l’éponge, mais veut rester encore un peu

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a finalement accepté de démissionner. Depuis plusieurs mois, son gouvernement était au plus mal avec les scandales qui minent Downing Street, mais aussi avec les conséquences désastreuses du Brexit sur le pouvoir d’achat.

Après la multiplication des scandales, « BoJo » dont les mésaventures ressemblaient de plus en plus à une série humoristique comme seuls les Anglais, savent en produire, a fini par jeter l’éponge. Avant cette démission, le pays a suivi les vingt-quatre heures les plus folles de la vie politique britannique depuis bien longtemps. Depuis les Anglais ne cachent pas leur soulagement, et certains artistes s’en donnent même à cœur joie. Encore plus drôle, l’ex Premier ministre britannique, voudrait toutefois rester en poste jusqu’à l’automne.

La maison brûle, mais il n’y a pas le feu au lac

Boris Johnson devant les députés, le 25 mai 2022 à Londres © afp.com/JESSICA TAYLOR

Mercredi soir, alors que la maison brûlait après la vague de défections lancée par le ministre de la Santé Sajid Javid et celui des Finances Rishi Sunak la veille, expliquant ne plus avoir confiance dans le Premier ministre après une série de scandales ayant entaché le gouvernement, ce dernier comme à l’accoutumé, refusait toute idée de démission, assurant même vouloir se battre jusqu’à la dernière cartouche. Dans sa lettre de démission publiée sur Twitter, Sajid Javid affirme qu’il « est clair pour moi que la situation ne va pas changer sous votre leadership et vous avez donc perdu ma confiance ». Le ministre britannique des Finances Rishi Sunak : « Le public attend légitimement que le gouvernement soit conduit de manière compétente et sérieuse », a-t-il affirmé lui aussi dans une lettre de démission publiée sur Twitter. Même après ces désaveux publiques, Boris Johnson n’entendait rien, et avait même limogé par téléphone Michael Gove, un ministre de poids qui l’avait lâché. Les Tabloïds en faisaient leurs choux gras, en le comparant à un dirigeant isolé dans son bunker en attendant la chute finale. Tandis que l’ancien Premier ministre pensait encore compter sur une poignée de fidèles venue lui apporter son soutien à Downing Street, un groupe de ministres encore en activité l’ont exhorté à quitter le pouvoir. Parmi eux, le ministre des Transports, Grant Shapps, celui à l’Irlande du Nord, Brandon Lewis, la ministre de l’Intérieur, Priti Patel, et le nouveau chancelier de l’Échiquier, Nadhim Zahawi, nommé à ce poste prestigieux par Boris Johnson lui-même moins de 24 heures plus tôt.

Je pars, mais je reste

Boris Johnson démissionne de la présidence du Parti conservateur, mais ne veut pas quitter le 10, Downing Street © DANIEL LEAL/AFP 

D’une popularité jadis inoxydable, Boris Johnson avait sombré dans les enquêtes d’opinion : selon deux sondages cette semaine, près de 70 % des Britanniques souhaitaient son départ. Le mois dernier, il avait échappé à un vote de défiance, 40 % des députés conservateurs refusant, cependant, de lui accorder leur confiance. Jeudi les médias britanniques dont la BBC, ont donc rapporté que Boris Johnson aurait accepté de démissionner, mais tout en souhaitant rester Premier ministre jusqu’à ce que le nouveau chef des conservateurs soit élu d’ici à l’automne prochain.  Après la démission inédite de dizaines de ministres ou secrétaires d’Etat de son gouvernement en deux jours, l’ex Premier ministre acculé semble toujours être dans une sorte de déni, alors qu’il fait face à la fronde de son propre gouvernement. Tout en étant résolu à donner sa démission, Boris Johnson s’accroche encore jusqu’au bout comme une moule à un rocher, à ce qu’il qualifie de « plus beau Job du monde ». L’ancien maire de Londres âgé de 58 ans, a déclaré : « C’est clairement la volonté du Parti conservateur qu’il y ait un nouveau chef de file et donc un nouveau premier ministre », à la mi-journée, lors d’une allocution de six minutes, devant Downing Street. Et comme pour nuancer son camouflet ajoute : « qu’il serait dingue de changer de gouvernement, alors que nous réalisons autant de choses, que nous avons un mandat aussi vaste et que nous n’avons que quelques points de retard dans les sondages ». Après trois années agitées au pouvoir, marquées par le Brexit qu’il a promu, la pandémie de Covid-19, l’invasion russe en Ukraine et une inflation record, M. Johnson a assuré que celui ou celle qui lui succéderait aurait « tout [son] soutien », tout en estimant que ce départ forcé par les siens était «excentrique», précise : « Je suis immensément fier des réalisations de ce gouvernement : d’avoir réalisé le Brexit, réglé nos relations avec le continent, redonné le pouvoir à ce pays de faire ses propres lois ». Selon un sondage YouGov de jeudi, 77 % des Britanniques estiment qu’il a eu raison de démissionner et donne Ben Wallace, favori pour succéder à Boris Johnson.

Les réactions des artistes

L’acteur britannique Hugh Grant lors d’une demi-finale à Wimbledon, le 12 juillet 2019 © DANIEL LEAL-OLIVAS/AFP

L’entêtement de Boris Johnson à vouloir garder Chris Pincher, accusé à plusieurs reprises d’attouchements sur des hommes, allégations que Boris Johnson connaissait depuis 2019, et qu’il a nié dans un premier temps, a donné quelques idées à Charlie Brooker, le créateur de la série dystopique Black Mirror. L’acteur Hugh Grant a lui demandé à Steve Bray, un activiste pro Europe qui milite devant Westminster depuis le référendum, de jouer le thème musical Yakety Sax du Benny Hill Show en attendant le speech de Boris Johnson. « Ravi de constater que vous avez retrouvé l’usage de vos enceintes. Auriez-vous à tout hasard la musique de Benny Hill ? », a réclamé sur Twitter l’acteur, en référence à la récente arrestation du militant, surnommé « Stop Brexit Man », qui faisait à la suite du vote d’une loi du gouvernement de droite interdisant de manifester en faisant du bruit. A la proposition de l’interprète de Quatre mariages et un enterrement, l’activiste a dit oui pour le bonheur des chaînes, comme Sky News, qui ont diffusé leurs interviews en direct sur fond de Yakety Sax.

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