Après avoir enflammé le stade Vélodrome de Marseille quelques jours plus tôt, Bad Bunny a donné samedi 4 juillet le premier de ses deux concerts parisiens à la Plenitude Arena, récemment rebaptisée, dans une salle comble. © Compte Instagram de badbunnybenito

Bad Bunny fait débarquer Porto Rico à La Défense

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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Samedi 4 juillet, tandis que les terrasses parisiennes s’apprêtent à vibrer pour France-Paraguay, à quelques kilomètres de là, une autre foule se dirigeait vers la Plenitude Arena. Pendant près de trois heures, Bad Bunny a transporté Paris à plus de 7 000 kilomètres de là, sur une île des Caraïbes qui continue de revendiquer son identité face aux États-Unis. Une fête immense, où la danse n’a jamais fait oublier la politique.

Samedi soir, tandis que les cafés parisiens s’installent pour la soirée des football qui verra les Bleus affronter le Paraguay, il n’est pas encore question de penalty ni de quart de finale lorsque les premiers spectateurs franchissent les portes de la Plenitude Arena. Ici, pas de Mbappé ou de Dembélé, à Nanterre, les 40 000 spectateurs de Paris La Défense Arena sont venus pour une autre géographie. Bad Bunny est venu avec tout un pays dans ses bagages, et les fans ne sont pas venus voir un concert, mais rejoindre Benito.

Des premières notes de La Mudanza jusqu’au final sur EoO, la superstar portoricaine a livré un spectacle total, porté par un public qui a repris en chœur les refrains de « Baile Inolvidable », « Dakiti » ou encore « DtMF ». Et comme à Marseille, Bad Bunny ne s’est pas contenté pas d’une scène unique. Plusieurs plateformes sont disposées dans la salle, lui permettant de traverser régulièrement la fosse et de rester au plus près du public pendant près de trois heures.

La star est accompagné d’un orchestre d’une quinzaine de musiciens, ainsi que du groupe portoricain Los Pleneros de la Cresta, qui ancre le spectacle dans les traditions musicales de l’île. En ouverture, le groupe Chuwi assure la première partie. Originaire de Porto Rico, le quatuor s’est notamment fait remarquer avec le titre « Weltita », présent sur l’album Debí Tirar Más Fotos. À l’entrée, des appareils photo en carton sont également distribués aux spectateurs : leurs objectifs scintillent pendant le show, en écho à l’univers de l’album. Un objet devenu culte, parfois revendu à prix élevé sur internet.

Bienvenue dans une « casita »

Et au milieu de la scène, une petite maison en bois apparaît. Une casita. C’est l’endroit le plus convoité du concert. Inspirée d’une maison traditionnelle portoricaine de la ville d’Humacao, la casita occupe le centre de la scénographie. Bad Bunny y reçoit ses proches et invités tout au long du spectacle, comme ce fut le cas à Marseille avec le rappeur Kalash ou le couturier Simon Porte Jacquemus.

Mais certains spectateurs peuvent eux aussi y être conviés. La sélection se fait directement par des membres de son équipe, au fil du concert. Sont privilégiés ceux qui chantent, dansent et s’abandonnent pleinement à l’ambiance. Une fois choisis, ils accèdent à cet espace à part, leurs téléphones étant placés dans des pochettes scellées afin de préserver la confidentialité de l’instant.

À Porto Rico, ces modestes maisons colorées évoquent bien davantage qu’une architecture traditionnelle. Elles racontent les réunions familiales, les voisins qui entrent sans frapper, les repas interminables, les fêtes improvisées et cette manière très caribéenne de faire de l’espace domestique un lieu de partage. Depuis Debí Tirar Más Fotos, cette casita est devenue un symbole de la mémoire collective portoricaine, celle que Bad Bunny refuse de voir disparaître sous les effets conjugués de la spéculation immobilière, de l’exode des habitants et de la gentrification.

Paris danse, Porto Rico raconte

La foule a repris chaque refrain comme un hymne. L’immense salle s’est transformée en une piste de danse permanente, où le public s’enlace, chante, filme. Bad Bunny sourit, plaisante avec lui et remercie plusieurs fois Paris d’avoir attendu si longtemps sa première véritable tournée française.

Depuis ses débuts, Benito Antonio Martínez Ocasio – son vrai nom – a toujours refusé de gommer son identité pour séduire le marché américain. Il chante presque exclusivement en espagnol, revendique son accent, célèbre les traditions de son île et fait de Porto Rico le personnage principal de son œuvre.

Cette fidélité culturelle explique largement son statut mondial. En 2025, Debí Tirar Más Fotos s’était installé trois semaines en tête du Billboard 200 et avait permis à Bad Bunny de devenir le premier artiste latino à atteindre le cap des cent chansons classées au Billboard Hot 100.

Quand le concert devient politique

Puis vient le moment où la musique s’efface. Comme il le fait depuis plusieurs mois au cours de sa tournée, Bad Bunny a dénoncé la politique migratoire de Donald Trump, les discours stigmatisant les Latino-Américains et la manière dont Porto Rico continue d’être traité comme un territoire de seconde zone par Washington. L’intervention ne surprend pas les connaisseurs de l’artiste. Depuis plusieurs années, il multiplie les prises de position contre le racisme, les violences policières, les discriminations envers les personnes LGBT+ ou encore la corruption politique à Porto Rico.

Car, pendant que Bad Bunny célébrait les cultures latino-américaines devant des dizaines de milliers de spectateurs à Paris, Donald Trump présidait, à Washington, les festivités organisées autour du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis.

Très critique à l’égard des opérations de l’ICE — la police de l’immigration américaine mise en place sous Donald Trump et régulièrement dénoncée pour ses méthodes — Bad Bunny avait déjà pris position lors des Grammy Awards. Dans la continuité de ces prises de parole, il a choisi de ne pas programmer de dates aux États-Unis dans cette tournée mondiale, estimant que le contexte politique n’était pas compatible avec l’expérience qu’il souhaite offrir à son public.

Bien au-delà de la musique, l’effet de sa prestation s’est même prolongé sur des terrains inattendus : les applications d’apprentissage des langues. Dans les jours qui ont suivi, Babbel a enregistré une hausse de 27 % des inscriptions, et Duolingo de 19 %.

Le nouveau visage de la pop mondiale

Longtemps, les artistes latino-américains étaient invités à s’adapter aux codes de l’industrie musicale anglophone. Bad Bunny a fait exactement l’inverse. Il a imposé l’espagnol comme langue dominante sur les plateformes de streaming, transformé les rythmes caribéens en phénomène mondial et démontré qu’il était possible de remplir les plus grandes salles européennes sans renoncer à son identité.

Pourquoi Bad Bunny ne joue-t-il pas au Stade de France pour un artiste aussi populaire ? Les concerts devaient conclure la tournée européenne les 22 et 23 juillet au Stade de France. Mais plusieurs contraintes logistiques ont conduit à revoir le calendrier. Des travaux programmés par la SNCF ce week-end-là devaient compliquer fortement l’accès au site, tandis que l’agenda du Stade de France était déjà particulièrement dense, notamment avec la programmation du groupe System of a Down. La tournée a donc été déplacée à la Plenitude Arena, salle couverte de 40 000 places, présentée comme la plus grande d’Europe.

Les deux concerts des 4 et 5 juillet 2026 à la Plenitude Arena – les premiers de sa carrière en France – marquent une étape symbolique de cette conquête, et s’inscrivent dans la tournée mondiale DeBÍ TiRAR MáS FOToS World Tour, lancée après le succès planétaire de son dernier album.

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