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Répète si t’as des couilles : Johnny Hallyday au Niger

Répète si t’as des couilles : les tournées africaines de Johnny Halliday racontées par Serge Bilé

Répète si t’as des couilles sont les paroles que Johnny a lancé dans les coulisses de la télévision ivoirienne. Serge Bilé a recueilli les confidences de son père, sur cet incident, et raconte Johnny lors de ses tournées en Afrique.

Johnny était l’idole des jeunes, un monument du rock. En France, sa simple apparition suffisait à électriser les foules et chaque sortie d’album était, et est toujours, un événement. Ce que l’on sait moins, c’est qu’en Afrique aussi dans les années 1960, Jean-Philippe Smet, son nom à l’état civil, était une star qui déchainait les foules. C’est cette extraordinaire épopée en Afrique du rockeur français que le journaliste Serge Bilé raconte dans son dernier livre sorti en octobre : Répète si t’as des couilles.

Serge Bilé “Répète si t’as des couilles” aux éditions Kofiba.

Souvenir, souvenir

Les années 60 sont en Afrique une période d’une richesse artistique sans pareil. L’inspiration musicale vient d’Amérique, avec des monuments comme Ray Charles, les Rolling Stones et surtout James Brown qui dès la première moitié des années 60 chantait “Say it loud… I’m Black and I’m proud”. Elle vient aussi de la Caraïbe, d’Europe, des musiques arrangées à la sauce africaine, et les yéyés en furent un épisode que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais qui aura pendant un temps, relié l’Afrique francophone avec son ancienne métropole. La jeunesse africaine durant les années 60, a connu cette vague yéyé, mouvement baptisé par le sociologue Edgar Morin parce qu’il reprenait le “yeah” dans le rock’n’roll venu d’Outre-Atlantique. Le chanteur Alpha Blondy en 1992 dans son album Masada chantera : “Quand nous étions petits, nous voulions tous devenir yéyés“. Le phénomène est tel qu’en Côte d’Ivoire, le magazine Salut les copains, est distribué dans les kiosques, on se l’arrache, on se le prête, on collectionne les célèbres posters de Johnny Halliday, Sylvie Vartan, Françoise Hardy et Claude François. Pendant ce temps, le jeune Manu Dibango, enregistre à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa) son fameux Twist à Léo, et à Bamako l’artiste Boubakar Traoré surnommé Johnny Halliday fait un tabac avec son titre Mali Twist et Tabu Ley Rochereau le père du rappeur Youssoupha est un fan de Claude François. Tous portent chemise à fleurs et pattes d’eph.

Dans toute l’Afrique francophone donc, qui accède à l’indépendance, l’influence française à la fois politique et culturelle, y est très présente. À une exception près : la Guinée-Conakry de Sékou Touré qui dit “non” au référendum proposé par le général de Gaulle et qui bannit la musique européenne. Quand l’idole des jeunes débarque sur le sol africain, il a créé dans ce contexte géopolitique, sans le vouloir, plusieurs incidents diplomatiques, dont on se délecte à la lecture du livre de Serge Bilé.

Johnny Hallyday et Maurice Bilé 

« Répète si t’as des couilles » 

Non ce n’et pas le titre d’une chanson de Johnny, bien que cela aurait pu, et peut-être même devenir un tube. Nous sommes en 1960, et Marcel Bilé, le père de Serge, grande vedette de la télévisons ivoirienne, se fait une joie de recevoir l’idole des jeunes dans son émission. L’événement est très attendu par tout le pays, sur le plateau télé et dans les coulisses, personne ne tient en place. Le père de Serge Bilé est aux anges, car en plus d’une interview exclusive, il espère que Johnny va chanter dans son émission. Quand un des animateurs annonce à l’idole des jeunes qu’il devra interpréter un de ses tubes, Johnny refuse, et le malheureux animateur se tourne vers l’organisateur de la tournée et lui lance qu’il est « malhonnête » ! Le sang de Johnny ne fait qu’un tour, car il prend l’insulte pour lui et rétorque prêt à en venir aux mains : « Répète si t’as des couilles » ! Voilà donc le titre bien trouvé du livre de Serge Bilé qui nous raconte moults anecdotes plus croustillantes les unes que les autres, comme celle de 1967, où le président du Sénégal invite Johnny Hallyday et ses musiciens dans sa résidence de Dakar, et la femme française du prédisent qui leur prépare non pas un poulet Yassa, mais un poulet avec une sauce au Haschich.

Johnny Hallyday après un concert à Kinshasa, le 15 mai 1968.

Noir c’est noir 

Johnny fera plusieurs tournées en Afrique, en passant par Dakar, Niamey, (voir la couverture du livre), Libreville. Pendant une escale à Yaoundé, une altercation l’oppose en 1968 à un ministre centrafricain, et le gouvernement d’Amadou Ahidjo le fera expulser manu militari. Le président camerounais évoque même dans un discours l’influence néfaste que les rockeurs et les yéyés ont sur cette jeunesse africaine, en quête de liberté. A Ouagadougou où il se rend par la suite, il ne pourra pas chanter Noir c’est noir car la chanson est jugée insultante surtout pour son refrain Il n’y a plus d’espoir. Mais le continent comme le raconte Serge Bilé ne cessera de l’aimer et de le plébisciter, un continent qu’il a marqué de son empreinte.

Répète si t’as des couilles aux éditions Kofiba.

A propos de l’auteur : journaliste à France Télévisions, documentariste et compositeur de chansons, Serge Bilé est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Voici une liste non exhaustive de ses livres les plus connus.

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