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Des militantes du droit à l’avortement effondrées devant la Cour suprême à Washington, le 24 juin 2022, après la décision de revenir sur le décret « Roe v. Wade » © Anna Moneymaker/Getty Images

Etats-Unis : la Cour Suprême réussit son objectif en abrogeant l’arrêt Roe v. Wade 

Vendredi 24 juin, la Cour suprême des Etats-Unis, à majorité conservatrice, a abrogé l’arrêt « Roe v. Wade » par six voix pour, et trois contre. Un retour en arrière pour des millions d’Américaines, voulu par les Conservateurs, et qui met leur santé en danger. 

Jour sombre pour une partie des femmes américaines. Il y a près de 50 ans, la Cour Suprême des Etats-Unis avait fait de l’accès à l’IVG un droit constitutionnel, qui depuis 1973 garantissait le droit à l’avortement. Désormais, chaque Etat est libre de légiférer sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). C’est la première fois de son histoire que les Etats-Unis reviennent sur un droit constitutionnel.

Volte-face historique

Manifestation devant le Capitole à Washington DC, en mars 2021 © Gayatri Malhotra/Unsplash

En revenant vendredi 24 juin, sur ce droit constitutionnel qui depuis près d’un demi-siècle, garantissait le droit des Américaines à avorter, la très conservatrice Cour suprême des Etats-Unis fait un volte-face historique. Même si cette décision ne rend pas les interruptions de grossesse illégales, elle renvoie les Etats-Unis à la situation en vigueur avant l’arrêt emblématique “Roe v. Wade” de 1973, quand chaque Etat était libre de les autoriser ou non. La Constitution n’interdit pas aux citoyens de chaque Etat de réglementer ou d’interdire l’avortement”, précise la Cour suprême, mais rend “ce pouvoir au peuple et à ses représentants élus”. Depuis les Conservateurs ne cachent pas leur joie pour preuve cette déclaration de Mike Pence, en poste sous le mandat de l’ex-président américain Donald Trump pour qui le droit à l’avortement est : “jeté aux oubliettes de l’Histoire”“Il incombe à tous ceux qui chérissent le caractère sacré de la vie de décider que nous prendrons la défense de l’enfant à naître”, a-t-il ajouté. L’ancien président démocrate Barack Obama accuse en retour la Cour suprême d’avoir “attaqué les libertés fondamentales de millions d’Américaines”.

La principale organisation de planning familial de son côté promet de continuer à “se battre”. En 2020 aux Etats-Unis, les dernières statistiques de l’Institut Guttmacher ont constaté un rebond récent des IVG après trente ans de baisse continue, dont 14,4 avortements pour 1 000 femmes en âge de procréer. Plus alarmant sont les chiffres qui attestent que près de 50% des femmes ayant recours à une interruption de grossesse vivent sous le seuil de pauvreté et les femmes noires et hispaniques sont surreprésentées (29% et 25% respectivement). La décision de la Cour suprême va donc les pénaliser davantage, soulignent les défenseurs du droit à l’avortement. Ces femmes pourront compter sur le soutien de la principale organisation de planning familial qui a promis de continuer à “se battre”

Une stratégie qui a fini par payer

Leonard Leo en 2019, l’instigateur qui a fait nommer les juges à la Cour Suprême © Washington Post 

On le sentait venir, mais l’espoir était encore permis. La décision de la Cour Suprême d’abroger l’arrêt « Roe v. Wade » n’est pas le fruit du hasard. Depuis des années, le mouvement anti-IVG, très organisé et puissant, tente depuis plusieurs décennies de verrouiller le système judiciaire. L’ampleur de ce mouvement, illustre le poids, à la fois religieux et conservateur, dans la société américaine, dans sa classe politique, jusqu’à la Cour suprême. Depuis l’accession de Donald Trump à la présidence, le mouvement Prolife via des accords et des infiltrations a réussi à nommer des juges influents dans chaque Etat, pour atteindre son but ultime : nommer des juges à la Cour suprême. Les Conservateurs peuvent remercier celui qui a œuvré depuis des années pour rendre cette décision possible : Leonard Leo. Issu d’une famille de catholiques pratiquants, cet avocat, a compris très tôt l’utilité de placer des juges adeptes d’une lecture « originaliste » de la Constitution à des postes clés. En 2019, le Washington Post le décrit comme “un leader chez les conservateurs” en précisant : “peu de personnes en dehors du gouvernement ont autant d’influence sur les nominations de juge. La même année il avait réussi à collecter 250 millions de dollars auprès de donateurs pour l’aider dans sa campagne de nomination de juge à des postes stratégiques. La Federalist Society pilotée par Leonard Leo, et le think thank conservateur The Heritage Foundation œuvrent main dans la main depuis des années. C’est eux qui vont aider Trump dans sa campagne, à la condition que s’il était élu président, accepterait une liste de noms candidats potentiel à la Cour suprême. Tous les juges nommés à la Cour suprême par Donald Trump, seront les choix de Leonard Leo, qui avait déjà travaillé en 2005, sous la présidence de George Bush, à la nomination de Samuel Alito, celui qui vient de rendre la décision vendredi 24 juin mettant fin à l’arrêt « Roe v. Wade ».

La santé des femmes américaines est désormais en danger. Une quinzaine d’Etats, comme la Californie, ont renforcé le droit à l’avortement sur leur sol et s’engagent à le protéger, mais cela engendrerait une affluence des patientes d’autres Etats, et se traduirait par une explosion des distances à parcourir pour accéder à une prise en charge légale et sécurisée. Avec des conséquences parfois dramatiques pour leur santé.

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