À Minneapolis, la ville qui inspira Purple Rain à Prince, c’est aujourd’hui une pluie sanglante qui s’abat, une brutale tempête d’État où l’ICE, la police de l’immigration américaine, devient le bras armé quasi militaire d’une administration qui piétine le droit national comme international. Une Purple Rain d’un genre nouveau, forgée non pas dans les notes de musique, mais dans la violence étatique. Là où l’on célébrait autrefois les accords saisissants d’un génie de la pop culture, dans cette cité qui avait déjà vu George Floyd tomber sous le genou policier, l’ICE, tire sur une mère, Renée Nicole Good, et plonge une communauté déjà meurtrie, dans un deuil et une colère qui embrasent tout un pays.
Quand l’ICE se mue en force létale
Le 7 janvier 2026, à quelques pâtés de maisons du lieu même où George Floyd fut assassiné, dans un contexte de déploiement massif de quelque 2 000 agents de l’ICE à Minneapolis et dans le Minnesota, Renée Good, citoyenne américaine, mère de trois enfants, est abattue par un agent de l’ICE lors d’une opération d’expulsion massive connue sous le nom d’Operation Metro Surge. Les autorités fédérales, de Donald Trump à la secrétaire du Département de la Sécurité intérieure, ont immédiatement défendu l’agent, prétendant que la victime aurait “menacé” les forces, une thèse vigoureusement contestée par les images disponibles, des témoins, et des responsables locaux.
Ce meurtre, loin d’être un simple fait divers, est l’expression visible de l’impunité croissante ouverte par une administration qui sacrifie le respect des droits civils au nom de la “sécurité” et de la répression, reléguant les principes élémentaires de justice constitutionnelle au second plan. Dans un pays qui se targue de défendre les droits humains, même les dirigeants de la société civile et des anciens officiers juridiques ont dénoncé l’absence d’enquête indépendante lorsque le ministère fédéral de la Justice a refusé de pousser une enquête de sa propre division des droits civils, conduisant à des démissions politiques au sein du DOJ. S’il existait encore le moindre doute sur le fait que l’ICE soit devenue une milice intérieure plus qu’une agence de contrôle migratoire, Renée Good en est la preuve sanglante.
De Minneapolis à l’ensemble des États-Unis
La mort de Renée Good a déclenché des manifestations massives, des vigiles, des rassemblements « ICE Out » dans des dizaines de villes, des rues de Minneapolis à Chicago, New York, Boston, Los Angeles, Seattle, et au-delà. Les manifestants scandent son nom « Say her name! » dans une reprise moderne du cri de guerre qui a traversé le mouvement pour les droits civiques depuis Black Lives Matter, ce sont les mêmes rues, les mêmes combats, les mêmes appels à justice face à une machine d’État impitoyable.
Personne ne peut ignorer que l’ombre de Floyd plane sur ces mobilisations, la même Minneapolis, le même visage du pouvoir qui tire, gaze, matraque et nie. Les écoles ont fermé, la garde nationale a été mobilisée, et les autorités locales, du maire Jacob Frey au gouverneur Tim Walz demandent le départ de l’ICE et un vrai changement.
L’ONU exige des comptes, Trump balaye le droit international
Face à cette violence intérieure, les Nations unies ont exigé “une enquête rapide, indépendante et transparente”, rappelant que “l’usage intentionnel de la force létale n’est autorisé qu’en dernier recours contre une menace imminente pour la vie”, une exigence claire du droit international des droits humains.
Ce rappel des obligations internationales tombe dans un paysage politique où Donald Trump lui-même se moque ouvertement du droit international. Début janvier, les forces américaines ont attaqué le Venezuela, capturé le président Nicolás Maduro avec son épouse pour les amenés sur le sol des États-Unis pour qu’ils y soient jugés. Une opération militaire décrite comme illégale et en violation flagrante de la Charte des Nations unies, par de nombreux experts et juristes internationaux. Cette intervention, menée sans mandat du Conseil de sécurité de l’ONU et sans légitimation juridique claire, a suscité l’indignation des acteurs mondiaux, certains qualifiant cette captation de chef d’État d’“acte d’agression”.
Ce qui, hier était un débat sur la scène internationale, devient aujourd’hui une ligne politique intérieure : le même gouvernement qui brave le droit international à Caracas refuse toute transparence quand ses agents tuent une citoyenne américaine à Minneapolis. Un double standard que le mouvement Black Lives Matter, les défenseurs des droits civiques et les organisations de justice procédurale dénoncent sans détour.
Un #BeGood brille sur le tapis rouge
Même au Golden Globes 2026, des célébrités des célébrités comme Wanda Sykes et Mark Ruffalo ont arboré des pins « Be Good » et « ICE Out » en hommage explicite à Renée Good et pour dénoncer la violence des forces fédérales, transformant la cérémonie en tribune politique contre les dérives de l’État. Ils ont fait de son nom un symbole, appelant à l’action et à l’humanité face à l’oppression.
Dans le reste du pays, Minneapolis et le Minnesota ont même saisi la justice pour faire cesser ce qu’ils appellent une « invasion fédérale » menée par l’ICE, dénonçant des arrestations sans mandat, l’usage excessif de la force et des violations constitutionnelles. Car ce n’est plus seulement une question d’immigration, c’est la remise en cause fondamentale des droits civiques et humains dans un pays où la force brutale devient stratégie politique.
Dans la ville de Prince, la pluie n’est plus une métaphore lyrique, mais une justice qui fuit, une pluie de violences d’État qui noie les principes les plus sacrés. Si Purple Rain est devenue la bande-son d’un combat contre la tristesse et l’oppression, alors en ce moment même, Minneapolis chante une autre Purple Rain, celle de la rage, de la résistance, et d’une exigence populaire que l’impunité étatique cesse immédiatement.
Parce que là où l’État tue une mère sans enquête indépendante, là où il capture un chef d’État étranger sans mandat international, personne n’est réellement en sécurité, et aucun droit civil n’est à l’abri tant que l’ICE et une administration qui méprise le droit international pourront agir sans compte à rendre.
Et si Renée Good doit vivre dans notre mémoire, qu’elle nous rappelle à jamais que l’impunité est l’ennemi de la liberté, et que chaque nom oublié est une défaite pour tous.



