Sur TikTok, le blanc des yeux est devenu une marchandise. Une goutte, deux au maximum, et hop : regard lessivé, pupille sertie dans un blanc artificiel. Les vidéos cartonnent, millions de vues, influenceurs contents, anonymes bluffés. Le miracle vendu tient dans un flacon.
Une goutte efface les rougeurs, et les pupilles s’illuminent façon pub de collyre. Succès immédiat, millions de vues.
Sauf que non
Derrière la magie cosmétique se cache un principe banal : un vasoconstricteur qui resserre les petits vaisseaux de l’œil. Rougeurs effacées, pureté trompeuse. Ce n’est pas un traitement, c’est un cache-misère. Masquer le signal d’alerte d’un organe qui proteste, sécheresse, fatigue, allergie, infection, revient à couper le fil d’une alarme. On n’entend plus rien, mais l’incendie couve.
Le Dr Romain Nicolau, ophtalmologue parisien, alerte : « Un œil rouge n’est pas moche, c’est un symptôme. » Dans une époque où le filtre numérique dicte les normes et où la moindre imperfection est suspecte, même le regard doit être photoshopé. Quitte à sacrifier la santé sur l’autel de l’apparence.
Et le piège se referme vite. Utilisation répétée, sécheresse aggravée, irritation, effet rebond. Quelques heures plus tard, l’œil se venge, plus rouge encore qu’avant. Cercle vicieux, dépendance. On ne soigne pas : on blanchit, puis on recommence. « Un œil rouge, c’est un organe qui parle », rappelle le Dr Nicolau. Encore faudrait-il l’écouter, plutôt que le repeindre.
La solution ? Pas dans le collyre miracle. Boire, souffler, lever les yeux de l’écran, consulter si ça persiste. Bref : écouter ses yeux plutôt que les repeindre. Parce qu’un regard, ça sert d’abord à voir.
