Face à 18,7 millions de nouveaux diagnostics, une analyse inédite de l’OMS révèle que près de 7,1 millions de cas auraient pu être évités en s’attaquant aux facteurs de risque modifiables comme le tabac, l’alcool ou les infections, relançant le débat sur l’urgence d’une prévention globale et ambitieuse en santé publique.
À la veille de la Journée mondiale contre le cancer, une analyse mondiale inédite publiée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et son bras scientifique, l’International Agency for Research on Cancer (IARC), met en lumière l’ampleur des pertes humaines évitables: près de quatre cas de cancer sur dix diagnostiqués en 2022, soit environ 7,1 millions des 18,7 millions de nouveaux diagnostics, étaient liés à des facteurs de risque modifiables, soulignant de façon saisissante le potentiel encore largement sous-exploité de la prévention primaire.
Dans ce rapport diffusé le 3 février 2026, la première mondiale de ce type à intégrer pour la première fois neuf infections cancérogènes parmi les 30 causes évitables scrutées, du tabagisme à l’alcool en passant par l’obésité, la pollution atmosphérique et l’exposition aux rayons ultraviolets, révèle que 37 % des nouveaux cas de cancer pourraient être attribués à des causes que l’on peut prévenir, atténuer ou éliminer.
Le tabac reste le principal responsable de cancers évitables, à l’origine de 15 % de tous les nouveaux cas dans le monde en 2022, devant les infections (10 %), dont le papillomavirus humain (HPV), moteur du cancer du col de l’utérus, et la consommation d’alcool (3 %). Les cancers du poumon, de l’estomac et du col de l’utérus représentent à eux seuls près de la moitié des cas évitables, portés par des comportements et expositions à risque aujourd’hui bien connus.
Cette charge évitable est également sexuée: 45 % des nouveaux cas chez les hommes sont liés à des risques modifiables, contre 30 % chez les femmes, une différence qui reflète en grande partie la distribution mondiale des habitudes de vie, mais aussi l’exposition différentielle aux infections et aux facteurs environnementaux.
Et la France dans tout ça?
Dans l’Hexagone, les chiffres les plus récents confirment que le cancer reste un enjeu de santé publique majeur: environ 433 000 nouveaux cas ont été estimés en 2023, une incidence qui a plus que doublé depuis 1990 sous l’effet du vieillissement démographique et de l’évolution des comportements. Selon Santé publique France et les registres Francim, les cancers les plus fréquents en France sont, chez les hommes, la prostate, le poumon et le colorectal, et chez les femmes le sein, le colorectal et le poumon, ce dernier en nette progression chez les femmes depuis une décennie.
Sur le plan national, des analyses antérieures indiquaient déjà que près de 41 % des cancers chez les adultes en France étaient attribuables à des facteurs de risque modifiables, avec le tabac en tête (20 %), suivi de l’alcool (8 %), de l’alimentation ou du surpoids selon le sexe. Dans ce contexte, la lutte anti-tabac reste un pilier central des politiques publiques : depuis 2025, des mesures comme l’interdiction de fumer dans de nombreux espaces publics visent à réduire encore plus le fardeau lié à cette addiction, qui demeure responsable de dizaines de milliers de décès liés au cancer chaque année en France.
Pourquoi parler de prévention maintenant?
Cette mise au point de l’OMS intervient alors que les projections mondiales restent inquiétantes: sans action renforcée, le nombre de nouveaux cas pourrait atteindre plus de 30 millions par an d’ici 2050, avec une augmentation particulièrement marquée dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Pourtant, si l’on adoptait plus largement des politiques publiques de santé — du contrôle du tabac et de l’alcool à la vaccination contre le HPV et l’hépatite B, en passant par des environnements favorables à l’activité physique et à une alimentation saine —, des millions de vies pourraient être épargnées avant même que les progrès thérapeutiques ne soient envisagés.
À l’aube de cette Journée mondiale contre le cancer, le message de Genève est à la fois simple et implacable: le cancer n’est pas une fatalité, et une part substantielle de ce fléau peut être évitée si l’on s’attaque résolument à ses causes évitables.



