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Cordon de policiers devant des supporters de Liverpool après la finale de la Ligue des champions, au Stade de France, le 28 mai 2022 © THOMAS COEX / AFP

Violence dans les stades : chronique régulière du football

La polémique n’en finit pas sur les débordements survenus au Stade de France, lors de la finale de la Ligue des champions qui a opposé Liverpool et le Real Madrid, le 28 mai. Les ministères du Sport et de l’Intérieur mettent en cause un trafic de faux billets, les Anglais, la gestion des flux.

Initialement prévue à Saint-Pétersbourg, mais annulée en raison du conflit ukrainien, la finale de la Ligue des Champions organisée à Paris et remportée par le Real Madrid de Karim Benzema, a été émaillée par des incidents. La victoire du Real reléguée au second plan, au profit des nombreuses réactions en France, mais aussi dans le monde. Les politiques, y sont allés de leur commentaires habituels, quand il s’agit de foot, chacun sait mieux que tout le monde, ce qu’il fallait faire après coup. Ces incidents relèvent-ils d’un nouveau phénomène de violence dans le football français ?

Les politiques sortent leurs classiques arguments

Des supporters attendent à l’entrée du Stade de France, à Seint-Denis (Seine-Saint-Denis), samedi 28 mai 2022 ©  

La France est en campagne pour les législatives du 12 et 19 juin prochain, et il n’en fallait pas moins pour les représentants des partis politiques pour dégainer leurs classiques arguments, l’occasion étant trop bonne pour l’opposition, de remettre en cause la politique du président nouvellement réélu Emmanuel Macron. Pour Jean-Luc Mélenchon, Président de la NUPES (Nouvelle Union Populaire Economique et Sociale), l’un des problèmes était la police. Sur BFM-TV, dimanche midi, l’ex candidat de la France Insoumise LFI a déclaré : « On n’est pas préparé pour des événements du type les Jeux olympiques ou le Championnat mondial en rugby », déplorant une « image lamentable » pour la France et « un échec complet de la stratégie policière ». Chez Marine Le Pen et le Rassemblement national on critique le manque d’autorité de Gérald Darmanin ministre de l’Intérieur, selon eux : « les débordements des jeunes issus de la Seine-Saint-Denis ont créé le chaos ». Du côté de la majorité présidentielle, Aurore Bergé députée de La République en marche est venue à la rescousse sur RMC et a tenu à « rappeler le contexte »« Cette finale aurait dû se tenir en Russie » et la France l’a organisée « en à peine trois mois » a-t-elle justifié. Bref, sur les réseaux sociaux et pour certains commentateurs, la France est en déclin, tout juste n’assistait-on pas à l’Apocalypse, une guerre de barbares sur le territoire français. Tous ce petit monde oubliant qu’une véritable guerre se déroule à quelques kilomètres en Ukraine, oubliant que les incidents au Stade de France n’ont eu à déplorer aucun blessé, justement parce qu’on est en France, et que les images qui ont circulé dans le monde entier sur la tuerie d’Uvalde, où un tireur isolé a tué 19 enfants et deux adultes la semaine dernière, sont bien plus graves que quelques faux billets pour un match de foot. Ces difficultés de gestion des supporteurs sont-elles une spécificité du football français ?

Les phénomènes de violence font partie de l’ordinaire du foot

Des montagnes de déchets abandonnés le 28 mai, dans la fan-zone aménagée pour les supporters de Liverpool cours de Vincennes © LP/Philippe Lavieille

Les images auxquelles nous avons assistées sont certes très dommageables pour l’image de la France qui doit organiser la Coupe du monde de rugby à XV en 2023, et les Jeux Olympique en 2024, mais ne sont en rien comparables aux véritables catastrophes qui se sont déroulées dans le football, et qui ont fait des dizaines voire des centaines de morts et blessés. En 1964 la « Tragédie de l’Estadio Nacional » au Pérou plus grande tragédie de l’histoire du football s’est produite lors d’un match entre les sélections amateurs du Pérou et de l’Argentine, et qui dégénère en émeute en fin de rencontre, provoquant la mort de 328 personnes et faisant plus de 500 blessés. Chez les commentateurs et les amateurs de foot, certains se souviennent encore du stade du Heysel en Belgique, survenu le 29 mai 1985, qui a laissé place à un véritable bain de sang lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions entre Liverpool et la Juventus. Des heurts avant le coup d’envoi entre les supporters des deux camps sont à l’origine de ce massacre. A cette occasion, les grilles de séparation et un muret se sont effondrés sous la pression et le poids de supporters, faisant 39 morts et plus de 400 blessés. En France c’est la « catastrophe de Furiani » qui a vu l’effondrement d’une tribune du stade Armand-Cesari en 1992, lors de la demi-finale de la coupe de France de football opposant le SC Bastia à l’Olympique de Marseille et qui a fait 18 victimes et 2 357 blessés parmi les spectateurs. Récemment le 5 mars 2022 au Estadio Corregidora au Mexique, des affrontements entre supporteurs, ont fait pas moins de 26 blessés.

Et que dire des actes de hooliganisme fléaux du football européen ? Ces violences graves qui se déroulent dans les stades d’Europe de l’Est ou d’Italie, et qui s’accompagnent d’insultes, de banderoles outrancières, d’allumage d’engins pyrotechniques, d’abus d’alcool et de consommation de drogues. Les injures racistes, homophobes, antisémites sont l’apanage de ces groupes proches des mouvements néo-nazis avec à la clé, des jets de projectiles, souvent des bananes balancées en directions des joueurs noirs, sans compter les outrages aux forces de l’ordre ou les attaques physiques. On aimerait entendre les mêmes partis politiques et les commentateurs des plateaux télé dénoncer avec autant de véhémence ces actes répréhensibles. Certes les supporters anglais sont repartis chez eux pleins d’amertume, d’une part parce qu’ils avaient perdu, certains jurant même de ne plus jamais revenir à Paris. Le Parisien nous rapporte qu’ils sont repartis en laissant des amas de détritus abandonnés autour de la fan-zone installée pour la finale de Ligue des champions, cours de Vincennes. 

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