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La cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde dimanche 20 novembre © AFP

Coupe du monde du Qatar : bienvenue à Doha

La cérémonie d’ouverture de la 22ème Coupe du monde a débuté le 20 novembre marquée par le discours de l’acteur américain Morgan Freeman et de l’émir du Qatar Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani. Une passe aveugle sous couvert de discours inclusifs, mais qui ne trompe personne.

L’événement tant attendu est arrivé. La coupe du monde du Qatar, première de son histoire, a débuté après douze années de polémique. Pendant un mois, les amoureux du foot vont botter en touche les milliers d’ouvriers sacrifiés, le désastre écologique, les droits humains et les discriminations LGBT+.

Esclavage contemporain et divertissement

Morgan Freeman (à gauche) et le Youtubeur qatari Ghanim al Muftah lors de la cérémonie d’ouverture © ODD ANDERSEN/AFP 

« Je dis au monde entier : soyez les bienvenus à Doha », a déclaré l’émir du Qatar, Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani lors de cette cérémonie d’ouverture qui se voulait grandiose et fastueuse, espérant faire oublier les nombreuses polémiques et les appels au boycott de ces derniers mois. « Le foot fait le tour du monde. Ce qui rassemble les nations rassemblent aussi les communautés » a déclaré de son côté Morgan Freeman. En choisissant comme maître de cérémonie, l’acteur afro- américain, les organisateurs avaient sans doute dans l’idée de faire oublier les accusations d’esclavage moderne qui pèsent sur le pays. Dans leur livre, « les Esclaves de l’homme-pétrole » (éditions Marchialy, 2022), les journalistes Quentin Müller et Sebastian Castelier, ont interrogé des ouvriers étrangers sur leurs conditions de travail et d’hébergement, et c’est au Népal, en Inde et au Kenya, que les enquêteurs sont allés recueillir la parole de ces hommes « cassées physiquement et moralement ». « Un esclavage contemporain est en cours pour préparer notre plus grand divertissement : la Coupe du Monde de Football », alertent les journalistes. Des paroles en total contradiction avec celles lancées par l’émir du Qatar depuis la tribune du stade Al-Bayt, à Al-Khor : « Nous avons travaillé dur avec beaucoup de gens pour que cette compétition soit une compétition réussie. Nous avons investi pour travailler pour le bien de l’humanité tout entière », a-t-il lancé. Avant d’ajouter : « Les gens se rassembleront, peu importe leur ethnie, leur confession, leur orientation, leur nationalité ici au Qatar et derrière les écrans dans tous les continents du monde. »

Do’s and Don’ts 2022 

Les arbitres féminines de la Coupe du Monde au Qatar. Yamashita Yoshimi du Japon, Stephanie Frappart de France et Salima Mukansanga du Rwanda © DR

La veille, samedi 19 novembre, lors de la conférence de presse inaugurale à Doha, c’est Gianni Infantino président de la FIFA depuis le 26 février 2016 en remplacement de Sepp Blatter, qui a offert le plus beau passement de jambe en déclarant se sentir « arabe », « gay », « travailleur migrant ». « Aujourd’hui, je me sens qatari, aujourd’hui je me sens arabe, aujourd’hui je me sens africain, aujourd’hui je me sens gay, aujourd’hui je me sens handicapé, aujourd’hui je me sens travailleur migrant », a-t-il récité sans grande conviction, en omettant dans son anaphore se « sentir femme ». Dans un document de 16 pages intitulé Do’s and Don’ts 2022 que l’on peut traduire par « faire et ne pas faire », publié le 29 septembre, les autorités qataries ont tenu à rappeler les règles de bonne conduite pendant la coupe du monde à savoir : garder ses distances avec les personnes de sexe opposé, se couvrir les bras et les jambes ne pas porter de bijoux. Même si le texte ne le précise pas, entre les lignes, ce sont bien les femmes qui sont visées, le régime monarchique ne reconnaissant pas l’égalité des genres. La seule bonne nouvelle pour les femmes dans ce mondial, c’est la sélection de six arbitres féminines, pour la première fois dans l’histoire du football, dont trois qui officieront en tant qu’arbitre central, dont une Française : Stéphanie Frappart. Une façon de redorer le blason des footballeuses qataries, et de faire oublier la défaite de l’équipe féminine du pays, lors du premier match de son histoire le 18 octobre 2010, qui s’était inclinée 17-0 face à Bahreïn, et qui a disparu depuis 2015, du classement de la Fédération internationale de football (FIFA). Aucune importance puisque c’est sur le PSG que le Qatar a investi et qu’il vaut une petite fortune aujourd’hui, le magazine américain Forbes ayant évalué la marque à 3,2 milliards de dollars. Des chiffres qui intéressent les investisseurs, a tel point que le club parisien a démenti sur son compte Twitter les rumeurs selon lesquelles le patron du PSG Nasser Al-Khelaifi aurait reçu une offre de 10% du club contre 300 millions d’euros.

Le repas de l’Élysée et la nausée

Nasser al-Khelaïfi le 4 août 2017 à Paris © AFP

Un peu avant l’ouverture de la cérémonie, une dépêche de l’AFP rapporte dimanche que ce même Nasser al-Khelaïfi aurait tenter de détruire des documents compromettants liés à l’obtention par le Qatar du Mondial de foot. L’enquête digne d’un thriller, mêle des soupçons d’espionnage privé, de chantage et accusations de tortures, et nous apprend que trois hommes ont été mis en examen à Paris fin septembre pour trafic d’influence et corruption. Dans une vidéo intitulé Le repas de l’Élysée et la nausée, le site Médiapart nous apprend de son côté comment au cours d’un repas à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a obtenu de l’émir du Qatar qu’il rachète le PSG le 23 novembre 2010. On y apprend également pourquoi Michel Platini qui participait à ce déjeuner a promis qu’il voterait en faveur de l’émirat pour le Mondial 2022, alors qu’il était jugé réticent la veille par l’Élysée, Nicolas Sarkozy ayant organisé le repas pour le convaincre, et pour finir, comment Pierre Sarkozy, fils de et DJ de son état, était en 2010 plus intéressé par Platini que par ses platines.

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