Paradis de tissus, souvenirs d’enfance et déesse tutélaire : bienvenue dans l’univers d’une créatrice qui croit à la magie des vêtements.
Elle rêvait de cinéma, elle a trouvé la mode. À l’origine, il y avait Paris. Un hasard. Ou plutôt une histoire d’amour. Ekaterina Cherkasova, fondatrice de la marque Minerva Paris, n’avait jamais prévu de faire du design son métier. C’est l’image qui l’obsédait : la lumière, la composition, le trait. La Russie pour point de départ, le 7e art comme horizon. Et pourtant, c’est dans les drapés qu’elle a sculpté son langage.



« Je dessinais pour moi, ma mère cousait », dit-elle simplement. Des croquis griffonnés sur les bancs de l’école d’art, des robes pensées comme des tableaux, des couleurs qui parlent à l’âme. Très tôt, elle comprend que l’originalité n’est pas toujours bien accueillie. Dans son pays d’origine, se démarquer tenait parfois de la rébellion silencieuse. Alors elle s’enfuit dans le dessin, l’huile, l’acrylique. L’atelier devient refuge. L’art, une armure.
Chez elle, la mode ne s’invente pas dans les tendances, mais se devine dans le geste. Chaque pièce commence par un croquis, une intuition. Une esquisse qui capture un caractère. « Je veux que mes clientes sentent qu’elles ont quelque chose de divin, de puissant. Minerva, c’est Athéna, déesse des artistes et des guerrières. Elle me protège. » L’habit devient une seconde peau. Un manifeste intime. Une réponse textile à l’état intérieur.



Le vêtement comme thérapie, le style comme langage émotionnel : voilà son mantra. Elle ne produit qu’une collection par an, composée de 13 à 16 pièces pensées pour les hommes comme pour les femmes, toujours accompagnées d’accessoires en cuir. Une garde-robe à haute charge symbolique, comme sa robe Amazanka, pièce phare de sa première collection, cousue à la main par sa mère.



À chaque défilé, c’est le même frisson : l’instant où le dessin prend vie, où l’énergie des spectateurs résonne avec celle des modèles. Le Shangri-La, décor d’un conte de mode, fut un écrin inattendu. « Une proposition que je ne pouvais pas refuser », glisse-t-elle. Quant au Buddha-Bar, autre scène de ses créations, il incarne son goût pour les lieux vibrants, infusés de cette énergie « style Ibiza » qu’elle chérit tant.
Minerva Paris n’est pas qu’une marque. C’est un monde rêvé, une parenthèse d’art vivant, un fil d’or entre la petite fille qui dessinait pour échapper au réel et la femme qui habille les autres pour les y ancrer pleinement. Sa devise est sans détour : « J’ai rêvé d’un monde. » Elle l’a cousu à la main.