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La mort en live, le deuil en cash

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5 Min. de lecture

Jean Pormanove, alias JP, de son vrai nom Raphaël Graven, est mort en direct, noyé dans un live de 298 heures. Pas un accident de parcours, mais un marathon d’humiliations filmées, où la frontière entre divertissement et torture avait déjà explosé depuis longtemps. On a retrouvé son corps près de Nice le 18 août. Depuis, les hommages pleuvent. Adin Ross, star US de Kick, a sorti le chéquier, avec Drake en renfort : « On paye les obsèques », a-t-il juré sur X, comme on épingle une story. Alors oui, Drake paiera l’enterrement. Mais la vraie question est ailleurs : qui paiera pour cette industrie qui transforme la misère humaine en contenu monétisable ?

Jean Pormanove est mort comme il a streamé : en direct, devant des milliers de voyeurs numériques, dans une télé-réalité trash sans fin. 298 heures de live, humiliations à la chaîne, paintball dans la tronche, privations de sommeil, insultes au kilo, sous l’œil des caméras, et des viewers.

Aux États-Unis, il est monnaie courante de lancer une GoFundMe pour enterrer mamie, mais France, on ne laisse pas un citoyen français sans funérailles. Contrairement aux States, personne ne finit à la morgue faute de fric, les enterrements sont pris en charge, d’une manière ou d’une autre. Pourtant ça n’empêche pas Drake, superstar mondiale et VRP officiel du casino en ligne Stake, de jouer les bienfaiteurs. L’intention est « cool » de la part du rappeur planétaire, mais ne soyons pas dupes, derrière cette charité version sponsorisée se cache un enterrement payé comme une collab.

Et puis il y a Kick. Plateforme australienne financée par Stake, sur lequel Drake est ambassadeur VIP. Avec Adin Ross, transfuge de Twitch payé 100 millions pour rejoindre Kick, il a promis lui aussi de régler la note. L’enterrement version charity buzz : un rappeur milliardaire qui s’achète une auréole à coups de dollars, sympa, mais ça sent le placement de produit.

Kick, le Disneyland des violences gratuites

Kick, c’est le far west numérique, où la modération est une option payante et où les streams les plus glauques font grimper les courbes. Adin Ross, banni de Twitch pour propos homophobes et antisémites, y a trouvé une nouvelle maison, et un contrat à plusieurs millions.

Car derrière la larme digitale, il y a le business. Kick, clone low-cost de Twitch, financé par Stake, a transformé la souffrance en spectacle. Zéro modération, zéro éthique, 100% rentable. On y diffuse des humiliations, des propos nazis, des paris truqués. Tout passe, tant que ça clique.

Un business des claques et des larmes

Mediapart l’a documenté : les violences subies par Pormanove n’étaient pas un accident isolé, mais le cœur même de son « contenu ». Il se faisait insulté, frappé, et il était privé de sommeil devant 192 000 abonnés. Les viewers payaient pour admirer la douleur en direct, avec un clic de donation comme ticket d’entrée. Derrière cette masculinité toxique, un collectif baptisé LokalTV, qui se partageait la souffrance comme une matière première.

Mediapart qui a sorti les dossiers avait alerté sur ce fameux collectif, Le LokalTV, qui vendait la douleur en direct et récoltait les dons en cash. En vain, les spectateurs continuaient de payer pour voir un homme se faire briser, tandis que Kick, elle, encaissait la commission.

Les faux alibis de la plateforme

Après le drame, Kick, a botté en touche et s’est fendue d’un communiqué compassionnel. La plateforme a banni quelques comptes « le temps de l’enquête », tout en jurant « protéger ces créateurs » entre deux streams sponsorisés par le casino en ligne de leurs fondateurs. En réalité, Kick n’a protégé qu’une chose : son image. La dernière vidéo a été coupée, mais les centaines d’heures d’humiliations, elles, avaient déjà rempli les caisses. Car pendant que JP agonisait en direct, Kick engrangeait vues, dons et notoriété.

Certes Drake jouera au bon samaritain, mais la question n’est plus « qui paie l’enterrement ? », mais « qui encaisse sur la mort ? »

Sources :

Médiapart

Brut

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