Le protoxyde d’azote, souvent appelé « gaz hilarant » ou “ballon” est détourné, inhalé pour ses effets euphorisants. © Shutterstock.com

Le protoxyde d’azote, nouveau risque des fêtes

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A l’approche des fêtes, le protoxyde d’azote, petit gaz incolore souvent associé à la crème chantilly ou à l’usage médical, a vu son usage détourné, inhalé pour ses effets euphorisants. Longtemps cantonné aux soirées estudiantines ou aux festivals, il dépasse aujourd’hui le cadre anecdotique pour devenir un facteur aggravant documenté dans des accidents graves, notamment chez les jeunes conducteurs. Ces dernières années, les services d’addictovigilance et les forces de l’ordre ont vu monter une réalité beaucoup moins festive : intoxications sévères, pertes de contrôle, accidents de la route impliquant de jeunes conducteurs, et des vies brisées en quelques secondes.

Si la consommation d’alcool et de tabac connait une forte baisse depuis plusieurs dizaines d’années en France, en revanche celle des drogues augmente, notamment chez la jeunesse. Les autorités sanitaires observent avec inquiétude une progression rapide des cas d’intoxication et de complications liés à l’inhalation récréative du protoxyde d’azote, en particulier auprès des jeunes, et les signalements aux centres antipoison et aux centres d’addictovigilance ont fortement augmenté. Santé publique France rapportent que “le nombre de signalements d’intoxications liées à l’usage détourné du protoxyde d’azote a été multiplié par trois entre 2020 et 2023“, avec 472 cas enregistrés en 2023, des complications graves, dont des troubles. Ces signalements confirment aussi que les usages répétitifs ou en grande quantité exposent à des séquelles neurologiques et cardiovasculaires sévères, parfois irréversibles. Dans un épisode de Carnets de santé sur France Culture consacré aux addictions en France, les experts rappellent que le protoxyde d’azote s’inscrit dans une tendance plus large avec des usages combinés alcool / protoxyde / cocaïne chez les jeunes adultes, avec un faible sentiment de risque. neurologiques, sont en forte augmentation.

Neuropathies, pertes de sens, paralysies : l’envers toxique du “gaz hilarant”

Derrière l’image festive du “ballon”, les médecins décrivent une réalité clinique lourde. Selon l’ANSM et les centres d’addictovigilance, l’usage détourné du protoxyde d’azote n’entraîne pas seulement des malaises passagers, il provoque de plus en plus de lésions neurologiques sévères, liées à une carence aiguë en vitamine B12 induite par le gaz. Les services hospitaliers voient arriver des jeunes adultes qui, après quelques semaines ou mois d’usage régulier, développent des engourdissements des mains et des pieds, des pertes de sensibilité et de proprioception, des fourmillements persistants, avec des troubles de l’équilibre et de la marche, des faiblesse musculaire, plus graves encore, des paralysies partielles ou complètes des membres inférieurs. Certains décrivent la même scène clinique, un corps qui “lâche”, les jambes qui ne répondent plus, l’impression de marcher “comme dans du coton”. Chez plusieurs patients, les IRM révèlent des atteintes de la moelle épinière (myélopathies), parfois irréversibles malgré la prise en charge.

Les équipes d’addictovigilance alertent sur les conséquences, car les dommages ne relèvent plus de la simple “mauvaise soirée”, mais d’une toxicité neurologique durable, avec des séquelles handicapantes, perte d’autonomie, rééducation longue, interruption d’études ou d’emploi. À ces atteintes s’ajoutent des complications aiguës comme des pertes soudaines de connaissance, des vertiges et troubles visuels, une désorientation et “trous noirs” qui, sur la route, transforment un volant en arme involontaire et expliquent la hausse des accidents impliquant des jeunes conducteurs.

Des routes transformées en zones de risque

Ce phénomène s’invite maintenant sur les routes françaises. Une enquête récente de la Fondation VINCI Autoroutes signale que près d’un jeune de moins de 35 ans sur dix a déjà consommé du protoxyde d’azote lors d’une soirée et que, parmi eux, la moitié l’a fait en conduisant. Après inhalation, la période euphorisante, brève, est suivie de vertiges, de pertes de contrôle et de « trous noirs » pouvant durer jusqu’à 45 minutes, créant un terrain propice aux accidents.

Certains faits divers donnent un visage concret à ces chiffres. Dans la nuit du 26 au 27 décembre 2025 à Annecy, près de 500 bonbonnes de protoxyde d’azote ont été découvertes dans un véhicule contrôlé par la police, qui a donné lieu à une enquête sur la destination de cette cargaison et sur un probable trafic ou approvisionnement illicite.

Un défi multifacette pour les décideurs publics

Face à l’ampleur du phénomène, plusieurs collectivités multiplient les mesures locales pour tenter de contenir l’usage abusif du protoxyde d’azote. Plusieurs préfets ont pris des arrêtés interdisant la détention, le transport et la consommation dans l’espace public, parfois en interdisant même sa vente à certaines heures ou à certaines catégories d’acheteurs. Dans le département de la Loire, par exemple, ces interdictions sont en vigueur depuis décembre 2025 jusqu’au milieu de 2026, avec des sanctions prévues pour non-respect.

Au niveau national, le débat politique s’intensifie également. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a récemment évoqué la possibilité de classer le protoxyde d’azote comme stupéfiant et d’interdire explicitement son usage détourné à des fins euphorisantes, notamment au volant. Dans ce cadre, des sanctions renforcées sont envisagées, incluant l’interdiction de consommation au volant et la possibilité de fermer des commerces qui en vendraient illégalement.

Au-delà des mesures répressives, les autorités sanitaires insistent surtout sur l’importance de campagnes de prévention et d’information ciblées, notamment auprès des 15-25 ans, pour corriger la perception erronée de ce gaz comme « inoffensif ». Elles soulignent aussi la nécessité d’un meilleur encadrement de la vente et de l’accès à ces produits, qui restent légaux dans de nombreux contextes malgré leur détournement croissant. Le département de la Savoie par exemple a pris une décision radicale. La Préfète de la Savoie a interdit par arrêté préfectoral la détention, le transport et la consommation de protoxyde d’azote dans l’espace public à des fins récréatives dès le mois de décembre sur tout le département.

Du côté des assureurs, cette évolution n’est pas neutre. Christophe Dandois, cofondateur de Leocare, rappelle que « dès lors que la consommation de protoxyde d’azote s’apparente à un usage de drogue, les conséquences assurantielles sont claires : en cas d’accident, les garanties dommages et corporelles du conducteur peuvent être exclues du contrat ». Cette position illustre bien qu’au-delà des enjeux sanitaires, l’usage détourné du protoxyde d’azote devient un facteur de risque objectivable et sanctionnable dans les politiques de couverture des sinistres par les assurances.

Sources :

Drogues.gouv.fr

France Culture

Fondation VINCI Autoroutes

ladepeche.fr

Loire

Savoie

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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