Paris, mardi 20 janvier. La Fashion Week homme automne-hiver 2026-2027 s’ouvre avec Louis Vuitton comme on ouvre un sommet diplomatique : en grande pompe, sous haute surveillance symbolique, avec Pharrell Williams en maître de cérémonie pop et géopolitique. Pendant que les silhouettes défilent rive gauche, d’autres hommes, beaucoup moins mannequins mais tout aussi habillés pour l’époque, paradent à Davos.
Il y a donc deux Fashion Weeks homme cet hiver. L’officielle, celle de Paris, où Pharrell Williams continue de jouer les chefs d’orchestre cool chez Louis Vuitton, et l’officieuse, à Davos, où chefs d’État, PDG et gouverneurs se livrent à une bataille feutrée de montures, de manteaux et de postures viriles sous haute altitude morale. Entre les deux, un même fil : le vêtement comme message politique, économique, voire existentiel.
Pharrell, chef d’orchestre d’un vestiaire globalisé
La Fashion Week homme automne-hiver 2026-2027 a commencé comme un concert déguisé en défilé. Ou l’inverse. Chez Louis Vuitton, Pharrell Williams poursuit sa mue en directeur artistique pop-total, capable de faire dialoguer la coupe d’un manteau avec une ligne de basse, et la silhouette d’un pantalon avec un couplet de Pusha T. Sur le podium, les vêtements avancent comme des samples : références workwear remixées luxe, volumes amples mais maîtrisés, couleurs sourdes traversées d’éclats presque joyeux, comme si l’hiver pouvait encore être une saison optimiste, à condition d’y mettre le prix.
Car chez Pharrell, l’homme Vuitton n’est pas seulement bien habillé, il est bien entouré. La bande-son nouveaux morceaux avec A$AP Rocky, Quavo, Pusha T, agit comme un statement : le défilé n’est plus seulement un moment de mode, c’est un carrefour culturel où la musique valide la silhouette et où la silhouette crédibilise la musique. On ne regarde plus des manteaux, on assiste à un écosystème. Le luxe, version 2026, ne se porte pas : il se performe.
Un vestiaire pour hommes pressés, puissants, connectés
À Paris, donc, les hommes défilent en manteaux longs et en sacs impeccablement trop chers. À Davos, les hommes marchent vite, lunettes sur le nez, air grave, mais parfaitement conscient de l’effet produit. Et soudain, la révélation : Davos est aussi une Fashion Week homme automne-hiver 2026-2027, avec son dress code implicite, manteaux techniques, écharpes sobres, montures sérieuses, et ses it-pièces involontaires.
Cette année, la star n’est pas un sac ni une paire de bottes, mais une paire de lunettes. Même la souveraineté industrielle passe par le style. À Davos, on ne fait pas que parler inflation et climat : on accessoirise le pouvoir. Le capitalisme mondialisé aime les chiffres, mais il adore les symboles, surtout quand ils tiennent sur l’arête d’un nez présidentiel.
Davos, autre capitale de la mode masculine
Davos aussi s’habille. Certes, on n’y parle pas de silhouettes, mais de croissance, de guerre et d’intelligence artificielle. Pourtant, même là, le vêtement fait événement. Emmanuel Macron, lunettes façon Top Gun, monture dorée, regard mi-stratège mi-pilote de chasse, propulse en bourse le fabricant jurassien Henry Jullien, désormais sous pavillon italien. À 650 euros la monture, l’accessoire devient un manifeste économique, presque un communiqué de presse en acétate et métal doré.
Un autre homme politique fait sensation, lui aussi à Davos et sur YouTube. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, beau gosse assumé, anti-Trump, regard caméra parfaitement calibré, devient viral après une interview pour Quotidien qui cumule des millions de vues. Costume bien coupé, chemise blanche déboutonnée, cheveux disciplinés mais pas trop, sourire d’acteur et discours rodé : l’homme incarne une autre silhouette du pouvoir, plus hollywoodienne, plus fluide, plus désirable aussi. Le gouverneur de Californie exhorte l’Europe à “riposter” face à Trump, et combattre le feu par le feu.
Lui aussi participe à sa manière à cette saison masculine globale où l’image compte autant que le programme. Là où Macron joue l’aviateur sérieux des cimes suisses, le gouverneur californien joue la carte du progressiste cool, prêt à gouverner comme on incarne un rôle, avec conviction mais sans cravate trop serrée.
On aurait tort de s’en moquer : Davos est peut-être la Fashion Week la plus honnête qui soit. Même palette sombre, même obsession de la coupe impeccable, même culte du détail qui distingue l’initié du simple figurant. Là-bas, le manteau est long, le costume sobre, la chaussure sérieuse. Ici, chez Vuitton, on sublime exactement la même chose, le pouvoir, mais avec un beat en plus.
Le monde comme silhouette
Ce début de Fashion Week homme automne-hiver 2026-2027 dit une chose très claire : il n’y a plus de frontière entre la mode, la musique, la politique et l’économie. Pharrell Williams l’a compris mieux que quiconque. Son Louis Vuitton ne vend pas seulement des vêtements, mais une posture face au monde, un art d’occuper l’espace, qu’il soit podium parisien ou forum alpin.
Entre Pharrell, Macron et Gavin Newsom, un même constat s’impose donc: l’homme 2026-2027 se construit à base d’accessoire, de récits et de postures. Qu’il défile sur un podium parisien, qu’il traverse la neige de Davos, il sait que chaque détail compte, que la silhouette est un discours et que le style est devenu une arme de persuasion ou de dissuasion.
Cet hiver, la vraie tendance masculine, c’est le pouvoir bien taillé, la crédibilité bien accessoirisée, et ce léger sourire qui dit : je sais très bien que vous me regardez.



