Dans l’effervescence planétaire de la musique électronique, un arrêt soudain peut apparaître comme un choc : ce lundi 26 janvier 2026, William Grigahcine, connu de tous sous le nom de DJ Snake, a annoncé sur ses réseaux sociaux la mise en pause de sa tournée mondiale pour « un problème de santé qui l’a rattrapé ». Un arrêt brutal mais lucide, dans une industrie qui a longtemps glorifié l’épuisement, parfois jusqu’à la mort.
Il a fallu une phrase simple, presque banale, postée sur les réseaux sociaux, pour interrompre la machine mondiale : DJ Snake met sa tournée entre parenthèses, contraint de s’occuper d’un problème de santé qui « l’a rattrapé ». L’annonce tombe sans pathos, sans diagnostic détaillé, mais avec une certitude : le corps, lui, ne négocie plus. Après plusieurs mois à « pousser malgré la douleur », selon ses propres mots, le producteur français a choisi l’arrêt, l’opération prévue début février, et un temps de convalescence estimé à un mois. Des dates annulées, une tournée en Inde suspendue, et un calendrier mondial soudain vidé.
D’un Paris populaire aux scènes internationales
William Grigahcine, né en 1986 à Paris, a bâti sa trajectoire à la vitesse des basses qu’il propulse. D’abord DJ dans les quartiers populaires, puis producteur pour Lady Gaga (Government Hooker, 2011), avant l’explosion planétaire avec Turn Down for What en 2013, co-signé avec Lil Jon. La suite est une succession de tubes mondiaux (Lean On, Let Me Love You, Taki Taki, Disco Maghreb), de collaborations XXL et de chiffres vertigineux, jusqu’au Stade de France rempli en mai 2025, symbole ultime d’une reconnaissance française longtemps différée.
En novembre 2025, son troisième album Nomad venait confirmer cette position de DJ-star globale, capable de fédérer les scènes électroniques, pop et urbaines sur tous les continents. Une réussite qui a un coût : déplacements constants, jet lag chronique, pression commerciale, et cette injonction tacite à ne jamais ralentir.
Pourtant, malgré une carrière marquée par des millions de streams, des scènes comme le Stade de France en mai 2025 déjà gravées dans la légende et des tournées internationales ambitieuses, la santé de l’artiste a dicté une pause : après des mois de lutte contre un malaise non précisé, les conseils médicaux ont conduit à la décision d’une intervention chirurgicale programmée début février et à un mois de convalescence, entraînant l’annulation de plusieurs dates, dont la tournée en Inde. « Cette décision a été incroyablement dure à prendre », écrivait-il, soulignant combien il lui fallait « revenir à 100 % ».
Quand la scène n’attend pas, le corps si
Mais DJ Snake n’est pas un cas isolé dans la sphère musicale actuelle : d’autres artistes ont fait le choix parfois abrupt, de mettre leur carrière entre parenthèses pour protéger leur bien-être. Ces dernières années, plusieurs artistes ont publiquement choisi de s’arrêter pour raisons de santé, refusant la logique du « show must go on ». Le chanteur écossais Lewis Capaldi, par exemple, a interrompu sa présence scénique pendant deux ans à partir de 2023 pour se concentrer sur sa santé mentale et son syndrome de Gilles de la Tourette, avant de faire un retour salué en 2025. D’autres encore, comme la musicienne Julien Baker, ont annulé des tournées pour des raisons de santé personnelle, soulignant combien l’équilibre entre exigence artistique et santé demeure fragile.
Autant de décisions qui dessinent, lentement, une autre narration de la réussite : celle où l’arrêt n’est plus un échec, mais une condition de survie.
L’ombre d’Avicii, toujours
Cette annonce résonne d’une manière particulière dans une industrie musicale où le tempo effréné peut trop souvent brouiller les lignes entre passion intense et effondrement physique ou psychologique. Impossible donc, d’évoquer ces pauses sans penser à celui qui n’a jamais vraiment pu s’arrêter. Tim Bergling, alias Avicii, mort le 20 avril 2018 à Mascate, à 28 ans. Avant sa disparition, le DJ suédois avait multiplié les alertes : burn-out, hospitalisations, retrait des tournées dès 2016, épuisement extrême. Sa mort, reconnue comme un suicide, a marqué un point de rupture dans l’industrie électronique, révélant brutalement ce que coûte une carrière mondiale menée sans filet, ni écoute suffisante.
Depuis Avicii, la santé des artistes n’est plus un angle mort, mais elle reste un combat permanent contre un système qui valorise la performance continue et la disponibilité totale.
Savoir s’arrêter pour continuer
Dans ce contexte, l’arrêt imposé de DJ Snake n’est pas seulement un contretemps dans un calendrier de concerts, mais une fenêtre sur une nécessité plus large : reconnaître que même lorsque le public attend, que les festivals et les scènes internationales appellent, la santé, physique comme mentale, doit rester une priorité, faute de quoi le prix à payer peut être tragiquement élevé, comme l’a trop cruellement montré la disparition d’Avicii. Dans l’immédiat, ses fans, partout dans le monde, espèrent non seulement son retour sur scène, mais surtout qu’il revienne en meilleure forme, « plus fort qu’avant », comme il l’a lui-même promis. Parce qu’en musique comme ailleurs, survivre est déjà une forme de victoire.
Plus d’infos :



