Ancienne cadre de la finance passée par les circuits classiques de la réussite, Nassirath Agoli-Agbo raconte sa chute. Maladie auto-immune, surendettement, deuil. Puis, lentement, une reconstruction qui emprunte autant aux neurosciences qu’à une spiritualité revendiquée. À mi-chemin entre coaching et manifeste existentiel, son livre trace une ligne, celle d’un corps qui lâche, avant que l’esprit n’accepte de se transformer.
Dans les salons feutrés du Sofitel Le Scribe Paris Opéra, samedi 11 avril, les invités s’étaient mis sur leur 31. Tailleurs impeccables, vestes bien coupées pour les hommes, sourires de circonstance, silhouettes affûtées, élégance maîtrisée, comme pour un événement où l’on devine vite que les invitations ne se distribuent pas à la légère. Un cadre chic, presque trop glamour, et sur la table un titre qui intrigue : A=mE². L’autrice, Nassirath Agoli-Agbo avait décidé de chouchouter ses invités, en créant ce cocon presque ouaté pour nous annoncer… une histoire qui, elle, ne l’est pas du tout.
Après avoir laissé planer une attente, accompagnée de son éditrice Tabara Joachim, le temps que le décor s’installe, un léger flottement, et puis les mots arrivent, posés, mais chargés. Ce qu’elle déroule n’a rien d’un simple lancement. Peu à peu, les sourires polis se figent, l’écoute se fait plus dense. Peu à peu, on comprend : derrière la formule mathématique ce n’est pas un livre qu’elle présente, mais une bascule, une mue.


De la performance à la fracture
Arrivée en France à 17 ans pour étudier la finance, la jeune Nassirath Agoli-Agbo coche longtemps toutes les cases : carrière solide, postes à responsabilités, reconnaissance sociale. Une trajectoire sans aspérités apparentes, jusqu’à ce que le vernis craque. « J’ai confondu valeur personnelle et statut », raconte-t-elle en creux de son parcours. La mécanique est connue : surinvestissement professionnel, déséquilibre intime, puis effondrement. Santé fragilisée, dettes, perte familiale. L’équation explose.
Devant un auditoire conquis, l’autrice confie avoir vécu pendant des années, avec une maladie auto-immune, invisible mais dévastatrice. Le corps qui lâche, par vagues, qui la contraint, l’immobilise, et la fait souffrir sans relâche. Une paralysie par moments, une fatigue chronique, et cette sensation d’être prisonnière d’elle-même. Là encore, la réussite ne protège de rien. Elle raconte cette période comme une traversée, un face-à-face brutal avec ses limites. Jusqu’à ce point de rupture, celui qu’elle relie aujourd’hui à une forme de révélation, où la souffrance n’est plus seulement subie, mais devient le point de départ d’un autre rapport à elle-même. Ce moment charnière, elle le théorise aujourd’hui comme une « rupture nécessaire ».
Après un long silence elle glisse aussi, presque à voix basse, une autre vérité longtemps tue. Dans les salons du Scribe, sa voix se brise, les larmes qu’elle essuie ne l’arrêtent pas. C’est pleine d’émotion qu’elle confie que la bascule se fait avec le décès de sa sœur. Un événement brutal, douloureux qui à l’époque agit comme un électrochoc. Mais, plus qu’un drame, elle parle d’une révélation. Comme si la perte avait fissuré définitivement le récit d’une réussite linéaire pour laisser émerger une autre vérité, plus fragile, mais aussi plus lucide. Son discours amène ainsi l’auditoire à prendre conscience de la manière dont le deuil reconfigure nos priorités, impose un ralentissement, et oblige à reconsidérer ce qui compte vraiment.
La métamorphose comme méthode
De cette crise, Nassirath Agoli-Agbo ne fait pas une simple renaissance narrative, elle bâtit un système. Coaching, programmes d’accompagnement, entreprise dédiée. JN Coaching, créée en 2026, structure désormais son activité autour du leadership féminin et du bien-être, et META’MORPH’OSE, un espace holistique qui aide les “wonders women” à se libérer de leurs blocages émotionnels. Sa promesse ? Réaligner les femmes de pouvoir avec ce qu’elle appelle « leur véritable nature ». Autrement dit, sortir du paradigme de la performance pour entrer dans celui de l’alignement émotionnel et spirituel. Un discours qui séduit une génération de cadres épuisées par l’injonction à tout réussir : carrière, couple, maternité, sans jamais flancher.
En résumé, la réussite telle qu’on la définit est une impasse si elle se fait contre soi. Le corps, lui, finit toujours par parler. Dans les salons du Scribe, ce samedi-là, ce n’est pas une success story qu’elle vend, mais une mise en garde élégante.
Entretien
Rapporteuses : Vous parlez d’“alignement” : à quel moment avez-vous compris que vous ne l’étiez plus ?
Nassirath Agoli-Agbo : Tout est parti du décès de ma sœur. Elle avait tout pour être heureuse : brillante, admirée, elle voyageait partout dans le monde… et pourtant, elle est partie brutalement à 36 ans.
Je me suis demandé : à quoi ça sert de réussir si tout s’arrête brutalement comme ça ? Avant ça, je n’étais pas vraiment moi-même. Je vivais pour plaire, pour être aimée, pour être validée. Sa disparition a été un choc. Elle est partie alors que j’essayais encore de réparer une relation avec mon père qui me faisait souffrir depuis des années.
À ce moment-là, j’ai compris quelque chose de très simple : la vie est trop courte pour ne pas être soi.
Alors je me suis dit : maintenant, je vais vivre pour moi. Peu importe le regard des autres et surtout celui de mon père J.
Rapporteuses : Le corps a-t-il été le premier signal d’alerte dans votre parcours ?
N.AA. : Pas au début. Il y avait d’abord un mal-être intérieur, silencieux, difficile à expliquer. Une perte de joie, une fatigue mentale, une sensation de ne plus être totalement en accord avec moi-même… mais comme tout fonctionnait à l’extérieur, je continuais. En parallèle, j’avais déjà une spondylarthrite et souvent des douleurs intercostales. Mais je ne les ai jamais reliées à un signal d’alerte. Pour moi, c’était simplement une maladie : je consultais, je prenais un traitement, et je vivais avec.
Je ne savais pas du tout que le corps pouvait être un messager. Je n’avais pas cette lecture-là. C’est vraiment après le décès de ma sœur, avec l’intensification de ce mal-être et de l’inflammation dans le corps, que j’ai commencé à chercher, à me faire accompagner, à comprendre autrement. Et c’est là que j’ai découvert une réalité nouvelle pour moi, quelque chose de fondamental : mon corps ne me trahissait pas. Il me parlait depuis longtemps, mais je ne savais pas l’écouter.
Rapporteuses : Peut-on réussir sans sacrifier son équilibre personnel aujourd’hui ?
N.AA. : Je ne parlerai pas d’équilibre mais plutôt d’harmonie. L’équilibre parfait n’existe pas. Il y aura toujours des moments où un domaine prend plus de place, et c’est OK. Ce qui compte, c’est l’harmonie entre votre vie professionnelle, votre vie personnelle, votre santé, vos finances. Que tout circule bien, sans vous perdre vous-même.
Et cette harmonie ne vient pas de l’extérieur. Elle vient de vous, de vos choix et de ce que vous décidez d’honorer dans votre vie. De votre paix intérieure. Quand vous êtes en paix avec vous, vous êtes en paix avec votre conjoint, avec votre travail, avec les autres. Tout part de l’intérieur. Enfin je dirais qu’il faut changer la définition de la réussite. Réussir, ce n’est pas tout avoir. C’est être en paix avec soi.
Il y avait d’abord un mal-être intérieur, silencieux, difficile à expliquer. Une perte de joie, une fatigue mentale, une sensation de ne plus être totalement en accord avec moi-même…
Nassirath Agoli-Agbo
Rapporteuses : Votre approche mêle neurosciences et spiritualité : comment articulez-vous ces deux dimensions ?
N. AA. : Ces deux approches sont complémentaires. Les deux ensembles, permettent de se transformer. La spiritualité donne le sens, et la science montre comment nous fonctionnons. Quand vous reliez les deux, ça devient très puissant : vous comprenez, et vous pouvez surtout appliquer dans la vie réelle.
La spiritualité élève la conscience, mais les neurosciences permettent de voir ce qui se passe dans le corps, dans le cerveau, dans les émotions. Et souvent, j’observe chez mes clientes et certaines femmes qu’elles ont la spiritualité, le sens, la foi… mais ne comprennent pas les mécanismes du corps et du système nerveux. Du coup, elles n’arrivent pas toujours à transformer concrètement leur quotidien. C’est justement la rencontre des deux qui crée une vraie transformation durable.
Rapporteuses : Vous accompagnez des femmes dirigeantes : quelles sont leurs blessures les plus fréquentes ?
N.AA. : Ce que je vois souvent, c’est le masque de la femme forte. Derrière cette force, il y a souvent une blessure du père ou de la mère. Elles ont appris à être fortes pour se protéger, pour ne pas souffrir. Elles réussissent beaucoup dans leur carrière, elles performent… mais dans leur couple, c’est plus difficile. Gérer un conflit, exprimer leurs émotions, leurs ressentis, leurs besoins et désirs, demander de l’aide, rester présentes dans une situation inconfortable, ça devient un défi. Alors elles fuient…ou plutôt, elles se réfugient encore plus dans le travail. Parce que c’est plus facile de réussir dehors que de confronter ses propres insécurités à l’intérieur. Au fond, ce sont des femmes puissantes, mais encore blessées. Elles n’ont pas encore appris à être vulnérables en sécurité.
Rapporteuses : Le burn-out est-il encore tabou dans les milieux de pouvoir ?
N. AA. : Oui, encore beaucoup. Parce que sont valorisés la performance, la résistance, le fait de tenir coûte que coûte. Le burn-out arrive souvent quand une personne s’est trop éloignée d’elle-même pendant trop longtemps. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est un signal de saturation du corps et du mental. Dans les milieux de pouvoir, il y a aussi une peur : celle de montrer une faille. Donc les femmes cachent, elles tiennent, elles continuent… jusqu’à l’épuisement. Et pourtant, le burn-out est un message clair : “vous ne pouvez plus continuer comme ça”. C’est une invitation à ralentir, à réajuster, à revenir à soi. Le problème, ce n’est pas le burn-out en lui-même, c’est le fait de ne pas l’écouter.
Ce que je vois souvent, c’est le masque de la femme forte. Derrière cette force, il y a souvent une blessure du père ou de la mère. Elles ont appris à être fortes pour se protéger, pour ne pas souffrir.
Nassirath Agoli-Agbo
Rapporteuses : Comment déconstruire l’idée que la valeur personnelle dépend de la performance ?
N. AA. : En comprenant une chose essentielle : Votre valeur (humaine) est intrinsèque. Votre valeur est intérieure, invisible, et immuable. Elle ne change jamais. Elle ne dépend pas de ce que vous faites, mais de qui VOUS ÊTES. Elle ne vient pas de votre performance, ni de vos résultats, ni de ce que vous prouvez. La performance change tout le temps. Elle est extérieure. Elle varie. Elle monte, elle descend. Mais votre valeur, elle, ne devrait pas être conditionnée à ça. Elle est liée à votre humanité, à votre existence même. Quand vous comprenez ça, vous arrêtez de courir pour “mériter” votre valeur et vous commencez à vous respecter pour qui vous êtes, simplement. Cela aide à sortir de la pression et du jugement permanent.
Rapporteuses : Vous parlez d’abondance : comment éviter que ce concept devienne une injonction de plus ?
N. AA. : L’abondance, ce n’est pas faire plus. C’est être plus aligné. Elle commence à l’intérieur, pas à l’extérieur. Par exemple, dans la santé : l’abondance, c’est quand votre corps est en vitalité, en énergie, en équilibre. Ce n’est pas « faire plus » ou « mettre plus » dans votre corps. Au contraire, si vous surchargez votre corps, vous bloquez l’énergie. Et à ce moment-là, vous sortez de l’abondance. L’abondance, c’est quand ça circule bien, simplement, sans excès et sans manque.
Rapporteuses : Quelles pratiques concrètes recommandez-vous pour retrouver un équilibre émotionnel durable ?
N. AA. : D’abord, apprendre à observer ses émotions. Les accueillir, les reconnaître, sans les fuir, ni les juger. Ensuite, utiliser la respiration : la cohérence cardiaque, le breathwork… ce sont des outils puissants pour calmer le système nerveux. Ralentir aussi. Parce que souvent, le déséquilibre vient du fait de « vivre trop vite ». Et reprogrammer vos pensées chaque jour, pour ne pas rester bloqué dans les mêmes schémas. Mais au fond, le plus important, c’est de rester connecté à qui vous êtes vraiment. De ne pas vous laisser emporter par vos émotions, mais de revenir à votre centre, encore et encore.
Rapporteuses : Si vous deviez résumer votre livre en une seule transformation intérieure, laquelle serait-elle ?
N. AA. : Passer de “je dois prouver ma valeur” à “je suis déjà suffisante”. C’est comprendre que vous n’avez rien à réparer. Vous êtes déjà complète. Vous avez juste à activer ce que vous êtes déjà : l’amour, la lumière, la vie en vous. Et quand ce basculement se fait, tout change. Vous ne cherchez plus à performer ni à convaincre. Vous entrez dans un espace de calme, de sérénité et de paix intérieure. Et ça change tout.
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