Symbole des vacances, de la plage et des journées sans contraintes, la tong revient chaque été par milliers sur les trottoirs, les terrasses et les bords de piscine. Mais derrière son apparente légèreté se cache un accessoire loin d’être anodin pour la santé de nos pieds. Manque de maintien, douleurs chroniques, infections ou déformations : les podologues alertent sur les effets d’un usage prolongé de ces chaussures minimalistes.
La tong, une chaussure qui abandonne le pied à lui-même
Elle pèse quelques dizaines de grammes, se glisse en une seconde, dévoile une jolie pédicure, et donne immédiatement un air de vacances. Pourtant, la tong est l’une des chaussures les moins protectrices pour l’anatomie du pied.
« Le pied humain n’est pas conçu pour marcher longtemps sans soutien », rappellent régulièrement les professionnels de la podologie. Contrairement à une chaussure fermée ou une sandale avec des attaches solides, la tong ne maintient ni le talon, ni la voûte plantaire, ni la cheville. Pour ne pas perdre la chaussure à chaque pas, les orteils doivent constamment se contracter autour de la lanière située entre le gros orteil et le deuxième. Un mécanisme qui paraît anodin mais qui modifie progressivement la façon de marcher.
Le pied frappe alors davantage le sol, la foulée devient moins naturelle et certains muscles travaillent en permanence pour compenser l’absence de maintien.
Douleurs au talon, tendinites et inflammation de la voûte plantaire
L’une des premières victimes de la tong est la voûte plantaire. En marchant avec une semelle très plate et souvent très fine, l’amorti disparaît presque totalement.
Résultat : les chocs se transmettent davantage aux articulations. Chez certaines personnes, notamment celles qui marchent beaucoup ou qui portent des tongs plusieurs heures par jour, peuvent apparaître : des douleurs sous le talon liées à une irritation du fascia plantaire (une membrane qui soutient la voûte du pied) ; des tendinites du tendon d’Achille ; et des douleurs aux chevilles, aux genoux ou même au dos liées à une modification de la posture.
Le problème est particulièrement marqué chez les personnes ayant déjà une fragilité : pieds plats, pieds creux, antécédents de douleurs plantaires ou troubles de la marche.
Orteils crispés et déformations possibles
La petite lanière qui maintient la tong est aussi son principal défaut. Comme la chaussure n’est pas attachée au pied, les orteils « agrippent » la semelle à chaque pas.
À force, cette contraction répétée peut favoriser : des douleurs articulaires au niveau des orteils ; des ampoules et irritations entre les doigts de pied ; et pour finir une aggravation de certaines déformations comme les griffes d’orteils ou l’hallux valgus (« oignon » du pied).
Les personnes qui portent des tongs toute la journée, en ville notamment, sollicitent donc leur pied dans une position inhabituelle pendant plusieurs heures.
Un terrain idéal pour les infections
À la piscine, dans les vestiaires ou sur les plages, la tong peut paradoxalement offrir une protection insuffisante. Si elle évite le contact direct avec certains sols contaminés, elle laisse une grande partie du pied exposée aux microbes. La transpiration, l’humidité et les frottements créent un environnement favorable au développement de certaines infections, notamment : les mycoses des pieds (« pied d’athlète ») ; les verrues plantaires provoquées par certains papillomavirus ; et les irritations dues aux frottements répétés.
Les personnes diabétiques doivent être particulièrement prudentes : une petite plaie provoquée par une lanière ou un sol abrasif peut évoluer plus difficilement en raison d’une cicatrisation parfois altérée.
La semelle plate : un piège pour les vacances
Le danger ne vient pas uniquement de la tong elle-même, mais de son usage. Porter des tongs quelques minutes pour aller à la plage, prendre une douche ou se déplacer autour d’une piscine ne pose généralement pas de problème chez une personne sans pathologie particulière.
C’est l’utilisation prolongée qui inquiète les spécialistes : marcher plusieurs kilomètres en ville, visiter un site touristique ou conduire avec des tongs multiplie les contraintes imposées au pied. Certaines tongs très souples se plient facilement et absorbent peu les chocs. À l’inverse, les modèles avec une semelle légèrement épaisse, un maintien arrière ou des brides plus larges limitent davantage les contraintes.
Alors faut-il bannir les tongs ?
Pas forcément. La tong reste une chaussure adaptée à certains moments précis : plage, piscine, maison ou déplacements courts. Mais pour une journée entière de marche, mieux vaut privilégier des sandales qui maintiennent le talon, avec une semelle suffisamment épaisse et un bon soutien de la voûte plantaire.
L’été, nos pieds aussi ont besoin de vacances. Car derrière la sensation de liberté procurée par une paire de tongs se cache parfois un paradoxe : vouloir marcher léger peut finir par peser lourd sur nos articulations.



