Devenue un moyen de déplacement quotidien dans les grandes villes, la trottinette électrique expose ses utilisateurs à des risques de traumatismes graves, notamment crâniens. À Lyon, des médecins demandent une réflexion sur le port obligatoire du casque. © Hospices Civils de Lyon

Trottinettes électriques : le casque ou la chute ? L’hécatombe silencieuse qui oblige à revoir les règles

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Elles ont envahi les rues des grandes villes françaises, promettant une mobilité rapide, pratique et écologique. Mais derrière l’image d’un déplacement « doux » se cache une réalité beaucoup plus brutale : les accidents de trottinettes électriques augmentent et les traumatismes crâniens graves se multiplient. À Lyon, des médecins alertent sur des blessures parfois irréversibles et demandent une réflexion sur le port obligatoire du casque. Faut-il enfin aligner la réglementation des trottinettes sur celle des deux-roues motorisés ?

À Lyon, les services de neurochirurgie voient arriver une nouvelle génération de blessés

Un virage mal négocié, une roue bloquée par un trottoir, une perte d’équilibre à 20 ou 25 km/h : il suffit parfois de quelques secondes pour transformer un trajet banal en urgence médicale. À Lyon, des médecins tirent la sonnette d’alarme face à la progression des accidents liés aux trottinettes électriques.

Une étude menée à l’Hospices Civils de Lyon et publiée dans la revue scientifique NeuroSurgery en juillet 2026 s’est intéressée aux accidents nécessitant un avis neurochirurgical pédiatrique entre 2021 et 2025 à l’hôpital Femme Mère Enfant. Les chercheurs constatent une augmentation spectaculaire des cas graves : d’un seul dossier nécessitant un avis neurochirurgical en 2021, ils sont passés à 25 en 2025.

Le constat des médecins est sans appel : la vitesse atteinte par ces engins, combinée à l’absence fréquente de protection, transforme des chutes qui pourraient sembler bénignes en traumatismes majeurs. Dans cette cohorte lyonnaise, 68,2 % des accidents se sont produits sans collision avec un autre véhicule, ce qui montre que la chute seule représente un risque important.

« Une population qui a peu ou pas de notion du code de la route », alerte la docteure Pauline Lethellier, citée par les Hospices Civils de Lyon, qui pointe également l’incohérence d’une réglementation où le casque reste recommandé mais non obligatoire pour la majorité des trajets en ville.

Un engin motorisé… mais sans obligation de casque

Aujourd’hui, la trottinette électrique appartient à la catégorie des engins de déplacement personnel motorisés (EDPM). En France, elle doit respecter plusieurs règles : être utilisée par une personne seule, être limitée à 25 km/h et ne pas circuler sur les trottoirs, sauf exceptions prévues localement. Mais contrairement au scooter ou à la moto, le casque n’est pas obligatoire en agglomération. Il est seulement fortement recommandé.

Une différence qui interroge de plus en plus les spécialistes. Car si la trottinette est classée comme un engin de mobilité douce, son fonctionnement repose pourtant sur un moteur capable de propulser un adulte à une vitesse suffisante pour provoquer des lésions graves en cas de chute. Le paradoxe est résumé par les médecins lyonnais : un conducteur de cyclomoteur doit porter un casque homologué, sous peine de sanction, alors qu’un utilisateur de trottinette électrique circulant à une vitesse comparable peut encore choisir de rouler tête nue.

Des chiffres qui racontent une accidentologie en hausse

Les données nationales confirment l’inquiétude des professionnels de santé. Selon des chiffres relayés par la Ville de Lyon en juillet 2026, 79 utilisateurs de trottinettes électriques sont morts en France en 2025, soit près de huit fois plus qu’il y a six ans. Dans le Rhône, six utilisateurs d’EDPM ont perdu la vie en 2025 contre un seul en 2024.

Cette progression accompagne l’explosion de l’usage de ces nouveaux moyens de déplacement. Longtemps associées aux touristes et aux services en libre-service, les trottinettes électriques sont désormais devenues un mode de transport quotidien pour de nombreux actifs et étudiants. Mais leur succès a aussi révélé les limites d’un système conçu rapidement, sans toujours adapter les infrastructures urbaines ni les comportements.

Le casque, une protection simple face aux traumatismes les plus graves

Le principal danger de la trottinette électrique n’est pas seulement la chute : c’est la violence du choc entre la tête et le sol. Sans casque, le crâne absorbe directement l’impact, avec des risques de fractures, d’hémorragies intracrâniennes ou de séquelles neurologiques. À Lyon, les médecins ont notamment observé des hématomes extraduraux, c’est-à-dire des accumulations de sang entre le crâne et la membrane qui protège le cerveau. Ces lésions peuvent entraîner un coma ou un décès sans prise en charge rapide.

Le casque ne supprime évidemment pas tous les risques. Il ne protège ni contre les collisions à très grande vitesse ni contre tous les traumatismes. Mais les spécialistes considèrent qu’il constitue une barrière essentielle contre les blessures crâniennes les plus graves.

Faire respecter le code de la route avant de multiplier les interdictions

Au-delà du débat sur le casque obligatoire, les médecins et les autorités insistent sur un autre enjeu : l’apprentissage des règles de circulation. À Lyon, la municipalité a annoncé le 3 juillet 2026 un renforcement des contrôles de police municipale pendant l’été face à « la progression préoccupante de l’accidentalité » impliquant les EDPM. L’objectif : lutter contre les comportements dangereux et rappeler les règles de circulation.

Car les infractions restent fréquentes : circulation sur les trottoirs, conduite à deux sur un engin prévu pour une seule personne, téléphone à la main, écouteurs aux oreilles, vitesse excessive ou conduite sous alcool. Ces comportements sont déjà interdits par le Code de la route.

Pour les spécialistes, rendre le casque obligatoire pourrait être une étape supplémentaire, mais elle ne suffira pas sans une meilleure formation des utilisateurs et davantage de contrôles.

Vers une nouvelle réglementation nationale ?

La question commence à dépasser le seul débat local. En juin 2026, au Sénat, une question a été posée au gouvernement sur la possibilité de rendre obligatoire le port du casque pour les utilisateurs de trottinettes électriques et d’harmoniser les règles applicables aux EDPM sur l’ensemble du territoire.

Aujourd’hui, certaines collectivités expérimentent déjà leurs propres mesures, créant une réglementation différente selon les villes. Pour les défenseurs d’une obligation nationale, cette situation manque de lisibilité et entretient une forme de banalisation du risque.

Reste une question centrale : faut-il attendre que les urgences continuent de remplir leurs salles de traumatologie pour changer la règle ? À Lyon, les médecins ont déjà choisi leur camp. Pour eux, la trottinette électrique n’est plus seulement un symbole de mobilité moderne : c’est aussi un véhicule capable de blesser gravement, et qui mérite donc des protections à la hauteur de son danger.

Sources :

Hospices Civils de Lyon

Revue scientifique NeuroSurgery

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