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La reine Elisabeth II © Fred Lintz

Elisabeth II : un siècle d’Histoire et de pop culture

Son sacre fut un événement planétaire, sa mort et ses funérailles le seront aussi. Elisabeth II qui s’est éteinte le 8 septembre 2022 au château de Balmoral, c’est 70 ans d’Histoire, une inspiration et un guide. Ceux qui ne l’ont pas épargnée, lui ont gardé malgré tout, respect et admiration.

Montée sur le trône en 1952, Elisabeth II a vu défiler une quinzaine de Premiers ministres britanniques, quatorze présidents des États-Unis, et dix présidents de la République française. Mais c’est surtout la seule cheffe d’Etat qui a été capable de fédérer son peuple, malgré les crises. Pendant près d’un siècle, son image a circulé à travers des effigies et des portraits officiels, mais aussi inspiré de nombreux artistes comme Andy Warhol, les Sex Pistols, Les Simpson et bien d’autres.

Un destin né en Afrique

Nelson Mandela et Elizabeth II lors de la visite d’État de Madiba à Londres, en juillet 1996 © REUTERS

Elevée avec les principes du 19ème siècle, la reine Elisabeth aura régné sur le 20ème, avec grandeur et fermeté. Celle devant qui le protocole exigeait que l’on s’incline, aura tiré sa révérence à l’aube d’un 21ème incertain, dont les survivants seront davantage confrontés aux enjeux climatiques, écologiques, et dont le successeur au trône son fils Charles III, mesure l’importance, plutôt qu’aux fastes d’un empire déclinant. Le monde est en train de changer et la mort de la reine vient sonner le glas d’un ancien monde à jamais disparu. C’est en Afrique, berceau de l’humanité, terrain de convoitises des grandes puissances, que le destin exceptionnel de la reine commence un 6 février 1952. La jeune princesse est en voyage au Kenya avec son époux Philip et son fils Charles âgé de quatre ans. Son père le roi Georges VI, vient de décéder, à 56 ans et c’est à elle en qualité d’aînée que revient le Trône. Quelques années auparavant toujours en Afrique, la future reine y célébrait son 21e anniversaire au Cap, en avril 1947, et y avait prononcé un discours célèbre dans lequel elle promettait de consacrer sa vie aux peuples de Grande-Bretagne et du Commonwealth : « Je déclare devant vous tous que toute ma vie, qu’elle soit longue ou courte, sera consacré à votre service et au service de notre grande famille impériale à laquelle nous appartenons tous ». Un exercice que la reine maîtrisait parfaitement contrairement à son père atteint de bégaiement, puisqu’à 14 ans, sur les ondes de la BBC le 13 octobre 1940, elle s’était adressée aux enfants, en pleine Seconde Guerre mondiale.

De Dwight Eisenhower à Joe Biden, en passant par le général De gaulle pour la France, la reine Elisabeth aura rencontré quasiment toutes les personnalités politiques, parmi lesquels une quinzaine de Premiers ministres britanniques, quatorze présidents des États-Unis, et dix chefs d’Etat français. Si elle fascine l’occident, les pays africains en pleine décolonisation au moment de son accession au trône, restent sensibles aux relations de la reine avec le continent. Sur les 21 pays qu’elle a visités durant son règne, on retiendra sa visite en Afrique du Sud un an après la fin de l’apartheid, en 1995, où elle rencontre enfin Nelson Mandela, élu président, avant de le recevoir l’année suivante en 1996 en visite officielle. Même si en coulisse, comme le détaille la série The Crown, la reine aura tenté en vain de convaincre la rigide Dame de Fer Margaret Thatcher lors d’un Sommet du Commonwealth en 1985 aux Bahamas, de soutenir l’adoption de sanctions contre le régime d’apartheid de Prétoria, une partie des Sud-Africains reprochent à la Royauté britannique, de s’être enrichie grâce au colonialisme. Pour preuve les bijoux de la Reine, en particulier ceux de sa couronne, qui sont un symbole de l’oppression coloniale. Selon Lebohang Pheko, économiste de l’institut de recherche Trade Collective : « ils ont été volés en Afrique du Sud et en Inde. Le diamant sur la couronne de 530 carats a été volé dans les mines sud-africaines en 1905 et vaut 400 millions de dollars​ ». L’économiste ajoute : « Elle n’a jamais parlé de les rendre. La Grande Bretagne ne règne plus sur un quart de la planète. Mais le mythe de la famille royale persiste. Il est temps de le démanteler ! » Si les relations de la reine avec le continent africain n’ont pas toujours été au beau fixe, en particulier avec le Ghanéen Kwame Nkrumah qui s’était rapproché du bloc soviétique, elle avait une affection particulière pour les Obama, et son amitié avec Madiba est resté indéfectible.

God save the Queen

Elizabeth II et l’Empereur d’Ethiopie Haïlé Sélassié Ier à Addis Abeba pendant une visite officielle en février 1965 © AFP

La reine Elizabeth II qui est l’un des visages les plus connus au monde, grâce à ses portrait et effigies, fut une inspiration à la fois chic et baroque pour des artistes comme Andy Warhol et contestataires pour d’autres. Avec leur tube God Save the Queen sorti pendant son jubilé d’argent en 1977, les Sex Pistols ont détourné l’hymne national britannique n’hésitant pas à qualifier la monarchie de régime fasciste et allant jusqu’à prononcer que la reine « n’est pas un être humain ». Un crime de lèse-majesté en pleine crise social et de révolution « No future » dans un pays confronté au chômage, à la pauvreté, et en plein conflit nord-irlandais avec l’IRA. Les fans de reggae et adeptes du rastafarisme se souviennent eux de la visite d’Etat de la reine avec l’empereur Haïlé Sélassié Ier, qui avec son époux se sont rendus en Ethiopie en 1965. Descendant du roi Salomon, l’empereur Haïlé Sélassié couronné en 1930, est considéré comme le « Roi des rois d’Ethiopie, seigneur des Seigneurs, Lion conquérant du royaume de Juda, Lumière du Monde, élu de Dieu » selon la religion rastafarisme. Ce dernier fut chassé par l’invasion italienne entre 1936 et 1941, et définitivement par les communistes. Le Négus s’était par la suite exilé à Bath en Angleterre du 5 mai 1936 au 5 mai 1941. Interdit de séjour en Amérique, la future reine d’Angleterre lui avait écrit : « je pense à vous et je vous admire ». Rappelons que War de Bob Marley, sur l’album Rastaman Vibration est inspiré du discours prononcé le 4 octobre 1963 par Haïlé Sélassié devant l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York. Un autre titre reggae, Queen Elizabeth du Jamaïcain Eek A Mouse, sorti 1984, parodie la reine, et le chanteur va jusqu’à représenter Elisabeth II avec une tête de guenon devant l’Union Jack. Quand Freddy Mercury choisit de nommer son groupe Queen, les Anglais y voient bien l’allusion à la reine, même si queen désigne également un homosexuel en argot britannique, comme l’était Freddy Mercury. Her Majesty dernière chanson du dernier disque enregistré par les Beatles, sur Abbey Road, en 1969, écrite, composée et enregistré par Paul McCartney, le Beatles y clame « que la reine n’a pas grand-chose à dire mais qu’elle est très changeante, et forcément crépusculaire ». Ce qui n’empêchera pas le monarque de l’adouber et de le nommer Chevalier en 1997, pour saluer l’ensemble de sa carrière.

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