À l’occasion de l’exposition consacrée à Marilyn Monroe jusqu’au 26 juillet à la Cinémathèque, le public est invité à dépasser l’image figée de la blonde hollywoodienne pour redécouvrir une femme complexe, souvent exploitée par l’industrie du cinéma et les hommes de pouvoir, mais également engagée pour les droits civiques et en quête d’émancipation artistique. Derrière le mythe glamour se dessine le portrait d’une artiste lucide, dont la mort, le 4 août 1962, continue d’alimenter interrogations et fascination.
- Un mythe toujours vivant
- De Norma Jeane à Marilyn Monroe : une enfance marquée par la précarité
- Une carrière cinématographique sous l’emprise du regard masculin
- Une femme exploitée par le système et les hommes de pouvoir
- Un engagement politique méconnu
- Une mort entourée de mystère
- Une icône féministe avant l’heure
« Je peux être intelligente quand c’est important, mais la plupart des hommes n’aiment pas ça. » Cette réplique devenue emblématique du film Les hommes préfèrent les blondes de Howard Hawks (1953) résume, à bien des égards, le destin paradoxal de Marilyn Monroe. Tout au long de sa brève carrière hollywoodienne, de 1946 à 1962, l’actrice s’est heurtée à l’impitoyable système des studios, qui a exploité son image de blonde ingénue tout en minimisant son intelligence et son talent. Encore aujourd’hui, elle demeure paradoxalement déconsidérée en tant qu’interprète, tandis que son statut d’icône et de star continue de susciter une admiration sans faille.
Un mythe toujours vivant
Si elle avait survécu à ses tourments, Marilyn Monroe aurait célébré son centenaire le 1er juin 2026. Plus de soixante ans après sa disparition, son image reste intact, entre fascination populaire et réévaluation critique. Serge Gainsbourg la qualifiait de « plus belle que la Divine » dans sa chanson Initials B.B. (1968), preuve supplémentaire de l’empreinte indélébile qu’elle a laissée dans la culture mondiale.
À travers cette exposition, Marilyn Monroe est enfin réhabilitée dans toute sa complexité : non plus seulement comme une icône glamour, mais comme une femme engagée, artiste déterminée et victime d’un système qui a largement profité de son image. Redécouvrir Marilyn, c’est aussi interroger la manière dont les femmes continuent d’être regardées, jugées et instrumentalisées dans nos sociétés contemporaines.
De Norma Jeane à Marilyn Monroe : une enfance marquée par la précarité
Marilyn Monroe naît le 1er juin 1926 à Los Angeles, sous le nom de Norma Jeane Mortenson, baptisée Norma Jeane Baker. Son enfance est profondément marquée par l’instabilité. Sa mère, Gladys Pearl Baker, souffrant de troubles psychiques, est internée à plusieurs reprises, contraignant la jeune Norma Jeane à grandir entre familles d’accueil et orphelinats. Pour échapper à un nouveau placement, elle se marie à seulement seize ans avec James Dougherty en 1942.
Sa vie bascule en 1944 lorsqu’un photographe de l’armée américaine la remarque alors qu’elle travaille dans une usine de munitions pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette rencontre marque le début d’une carrière de mannequin, puis d’actrice. En 1946, elle signe un premier contrat avec la 20th Century Fox et adopte le nom de Marilyn Monroe, entrant ainsi dans la machine hollywoodienne qui façonnera, mais aussi enfermera, son image.
Une carrière cinématographique sous l’emprise du regard masculin
Dans les années 1950, Marilyn Monroe devient l’un des visages les plus reconnaissables du cinéma mondial. Hollywood la transforme en symbole absolu de la féminité et du désir, souvent au détriment de la reconnaissance de son talent. Cantonnée à des rôles de « blonde ingénue », elle lutte pourtant pour s’imposer comme une actrice à part entière.



Des films tels que Niagara (1953), Les hommes préfèrent les blondes (1953), Sept ans de réflexion (1955) ou encore Certains l’aiment chaud (1959) témoignent de son charisme et de son sens de la comédie, ce dernier lui valant un Golden Globe en 1960. En 1961, Les Désaxés, écrit par Arthur Miller et réalisé par John Huston, offre un rôle plus sombre et introspectif, révélant toute la profondeur de son jeu.
Refusant d’être réduite à une simple image, Marilyn Monroe fonde en 1955 sa propre société, Marilyn Monroe Productions, un geste audacieux pour une femme à cette époque. Elle étudie également à l’Actors Studio de New York sous la direction de Lee Strasberg, affirmant ainsi sa volonté de reconnaissance artistique et son désir d’émancipation face à un système profondément patriarcal.
Une femme exploitée par le système et les hommes de pouvoir
L’exposition met en lumière la manière dont Marilyn Monroe a été exploitée tout au long de sa carrière. Les studios hollywoodiens ont largement capitalisé sur sa beauté et sa sensualité, façonnant une image hypersexualisée qui a souvent occulté sa personnalité et son intelligence. Derrière le sourire iconique se cachait pourtant une femme vulnérable, confrontée à des pressions constantes, à la précarité affective et à une dépendance aux médicaments prescrits pour faire face au rythme effréné de l’industrie.
Ses relations avec des hommes influents ont également contribué à cette instrumentalisation. Ses mariages avec la légende du baseball Joe DiMaggio puis avec le dramaturge Arthur Miller illustrent la tension entre sa quête de stabilité et le poids de la célébrité. La relation présumée avec le président John F. Kennedy demeure l’un des épisodes les plus commentés de sa vie. Si aucune preuve définitive n’en atteste la nature exacte, leur proximité a nourri un imaginaire collectif puissant. Le 19 mai 1962, sa célèbre interprétation de Happy Birthday, Mr. President au Madison Square Garden de New York reste l’un des moments les plus emblématiques de la culture populaire américaine, symbolisant à la fois fascination et instrumentalisation.
Un engagement politique méconnu

Au-delà du glamour, Marilyn Monroe s’est distinguée par des prises de position politiques progressistes, souvent passées sous silence. Sensible aux injustices raciales, elle s’engage en faveur des droits civiques à une époque où un tel positionnement pouvait nuire à une carrière.
Elle joue notamment un rôle déterminant dans la reconnaissance de la chanteuse afro-américaine Ella Fitzgerald. En 1955, Marilyn Monroe use de son influence pour convaincre le Mocambo, célèbre club de Los Angeles, d’engager Fitzgerald, alors victime de ségrégation raciale. En promettant d’assister aux représentations, elle attire l’attention des médias et contribue à relancer la carrière de la chanteuse. Marilyn Monroe entretient également des liens avec la communauté artistique afro-américaine et se montre solidaire des luttes pour l’égalité.
Par ailleurs, son mariage avec Arthur Miller l’expose directement au climat politique tendu du maccarthysme. Lorsque ce dernier est convoqué en 1956 par la Commission des activités anti-américaines (HUAC), elle lui apporte un soutien public sans faille, affirmant ainsi son attachement à la liberté d’expression et à la justice sociale.
Une mort entourée de mystère
Le 4 août 1962, Marilyn Monroe est retrouvée morte à son domicile du 12305 Fifth Helena Drive, à Los Angeles. Elle n’a que 36 ans. Le rapport du coroner conclut à un « probable suicide » par overdose de barbituriques, notamment de Nembutal et de chloral hydrate. Sa disparition l’inscrit dans les débats sur la santé mentale, un sujet aujourd’hui davantage assumé par certaines célébrités, alors que l’industrie hollywoodienne et le corps médical des années 1950 faisaient preuve d’une vigilance bien moindre face aux risques d’addiction et à la toxicité de ces substances.
Toutefois, les circonstances entourant sa disparition, incohérences dans la chronologie des événements, disparition de certains éléments et spéculations liées à ses relations avec les frères Kennedy, ont alimenté de nombreuses théories sans qu’aucune ne soit formellement établie. Cette fin tragique contribue ainsi à la construction d’un mythe qui ne cesse de fasciner, et plus de six décennies après sa disparition, Marilyn Monroe demeure une figure centrale de l’imaginaire collectif.
Une icône féministe avant l’heure
Avec le temps, l’actrice est également devenue l’incarnation d’une certaine nostalgie pour cette époque, symbolisant à la fois une esthétique féminine idéalisée et un imaginaire « rétro » profondément ancré dans des rapports de genre stéréotypés. Ces représentations, largement relayées par les revues de mode et les marques, qui continuent malgré tout d’alimenter la fascination pour son image, tout en étant régulièrement réinterprétées dans l’art contemporain, la littérature et le cinéma. De Madonna à Beyoncé, en passant par Michelle Williams, Margot Robbie, Isabelle Adjani, ainsi que Channing Tatum et Ryan Gosling, nombreuses sont les personnalités qui ont revisité ou rendu hommage à la figure de Monroe, témoignant de la persistance de son influence dans la culture populaire.
Mais son héritage résonne particulièrement avec les questionnements contemporains autour de l’hypersexualisation des femmes à l’écran. Peut-on être perçue comme désirable tout en résistant à une industrie patriarcale ? Comment représenter les femmes sans les réduire à des objets de fantasme ni perpétuer les mécanismes d’exploitation ? Autant d’interrogations que la trajectoire de Marilyn Monroe continue de susciter. Pourtant, loin de l’image superficielle qui lui a longtemps été assignée, Marilyn Monroe apparaît aujourd’hui comme une figure d’émancipation féminine. En créant sa propre société de production, en revendiquant des rôles plus exigeants et en affirmant ses convictions politiques, elle a ouvert la voie à une redéfinition du statut des actrices à Hollywood.
L’exposition souligne cette dimension essentielle, celle d’une femme qui, malgré les contraintes d’un système patriarcal, a tenté de reprendre le contrôle de son image et de son destin. Sa vulnérabilité, loin de diminuer sa force, en fait une figure profondément humaine, dont les combats résonnent avec les luttes féministes contemporaines.
Plus d’infos :
Exposition « Marilyn Monroe », Cinémathèque française, 51, rue de Bercy, Paris 12ᵉ, tous les jours sauf mardi, du 8 avril au 26 juillet.
Sources
Rapport du Los Angeles County Coroner, 1962.
Sarah Churchwell, The Many Lives of Marilyn Monroe, Metropolitan Books, 2004.
Donald Spoto, Marilyn Monroe: The Biography, HarperCollins, 1993.
Lois Banner, Marilyn: The Passion and the Paradox, Bloomsbury, 2012.
J. Randy Taraborrelli, The Secret Life of Marilyn Monroe, Grand Central Publishing, 2009.
Témoignages d’Ella Fitzgerald concernant le soutien de Marilyn Monroe.



