Jean-Baptiste Guichesseux, General Manager Paris j’Adore Hôtel & Spa. © Jean-Baptiste Guichesseux

Jean-Baptiste Guichesseux, le service comme signature

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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Il y a chez Jean-Baptiste Guichesseux quelque chose de rare dans l’hôtellerie. Une manière d’habiter le lieu qu’il dirige, de le penser non comme un produit mais comme une expérience sensible, presque intime, où chaque geste compte, du premier regard échangé à l’entrée jusqu’au dernier verre partagé tard dans la nuit.

Après avoir gravi les échelons de la restauration et de l’hôtellerie internationale, de dirigeant de la restauration au Molitor Paris MGallery à Responsable de la restauration au Hilton d’Évian, puis Directeur des opérations chez IHG Hotels & Resorts, il occupe depuis janvier 2023 les rênes du Paris J’Adore Hôtel & Spa, une maison qu’il façonne avec la même exigence qu’il apportait à l’opérationnel.

Un hôtel pensé pour les amoureux

Paris J’Adore n’est pas un hôtel que l’on traverse distraitement. C’est un lieu que l’on ressent, presque secret. Dès le seuil franchi, l’ambiance s’installe : lumières tamisées, matières profondes, lignes sensuelles, un décor qui convoque autant le Paris des nuits feutrées que celui d’une modernité assumée, presque cinématographique. L’hôtel cultive un art du contraste maîtrisé, entre intimité et sophistication, entre audace esthétique et confort absolu, pensé pour une clientèle qui ne cherche pas seulement un séjour mais une parenthèse.

Les murs se couvrent d’un papier peint végétal, où des arbres stylisés semblent frémir sous la lumière, comme une invitation à la rêverie, tandis que des fauteuils baroques d’un vert profond installent d’emblée une élégance nonchalante, presque théâtrale, mais jamais ostentatoire. Au sous-sol le Spa, j’Adore ! déploie un sanctuaire de bien-être feutré et sensuel où fontaine de glace, piscine chauffée de 11 mètres avec jacuzzi à débordement, hammam, sauna en cèdre rouge et grotte de sel rose invitent à une parenthèse de pure relaxation loin du tumulte parisien. Dans ce cadre intimiste et élégant, entièrement réservé aux adultes et privatisable, chaque espace, des douches sensorielles aux salles de soins, est pensé pour prolonger l’expérience sensorielle d’une oasis secrète sous la ville.

Dans le restaurant, une vaste verrière instille une atmosphère de jardin intérieur, laissant filtrer une lumière douce au dîner et faire du moment gastronomique un instant suspendu. Le bar adjacent, sanctuaire de mixologie créative, vendange des saveurs inédites pour des cocktails signatures qui prolongent l’intime du lieu, et l’ambiance feutrée exacerbe cette impression de cocon raffiné qu’on voudrait presque garder pour soi.

Sous l’impulsion de Jean-Baptiste Guichesseux, le lieu s’affirme comme un espace vivant, où l’hôtellerie dialogue avec la gastronomie, le bien-être et l’émotion. Le restaurant, au cœur du projet, est à l’image de cette vision : une cuisine précise, travaillée, lisible, où chaque assiette raconte une attention particulière portée au goût comme à l’expérience.

Le goût du détail, jusqu’au beurre

Ici, rien n’est laissé au hasard, pas même ce que l’on considère ailleurs comme un simple accompagnement. Le beurre au saté, paprika et notes fumées, servi avec naturel par Bayo, serveur aussi discret qu’attentif, devient un marqueur de la maison : une signature gustative qui dit beaucoup de l’esprit du lieu. Une générosité maîtrisée, une audace douce, un plaisir immédiat qui n’écrase jamais le reste. À Paris J’Adore, le service est au niveau palace, et Jean-Baptiste Guichesseux y tient comme à un principe fondateur. Les équipes sont aux petits soins, présentes sans être envahissantes, attentives sans rigidité, capables de lire une table, un silence, une attente.

Les hôtesses d’accueil, habillées en tailleur noir, élégantes et sobres, incarnent cette esthétique du service : une allure, une tenue, une posture qui participent pleinement de l’expérience, sans jamais tomber dans la mise en scène forcée. La Saint-Valentin, temps fort à Paris J’Adore, n’est pas une opération marketing plaquée mais un moment pensé comme un récit. Menus dédiés, atmosphère enveloppante, attention portée au rythme du dîner comme à l’intimité des convives. Une célébration de l’amour qui évite les clichés pour privilégier l’émotion juste, l’expérience sensorielle, le temps suspendu.

Manager avant tout

Mais réduire Jean-Baptiste Guichesseux à un directeur d’hôtel serait passer à côté de l’essentiel. Son management repose sur une conviction simple : un lieu n’existe que par celles et ceux qui le font vivre. Il met en avant ses équipes, les forme, les valorise, les rend visibles. Le service n’est pas une mécanique, c’est une relation. Et cette relation, il la travaille aussi hors les murs.

Régulièrement, il se déplace dans les écoles hôtelières pour aller à la rencontre des jeunes, partager son expérience, déconstruire les mythes du métier et rappeler que l’excellence, loin d’être une contrainte, est une pratique du respect, du client, mais aussi de soi. Une manière de rappeler que le luxe, le vrai, commence toujours par l’humain.

Entretien

Rapporteuses : Paris J’Adore est souvent décrit comme une expérience plus que comme un hôtel. À quel moment avez-vous compris que l’hôtellerie de luxe ne se jouerait plus seulement sur le standing, mais sur l’émotion et le récit ?

Jean-Baptiste Guichesseux : En allant voir des ballets classiques à l’Opéra de Paris, les gestes sont précis, harmonieux, les costumes et les décors somptueux, mais les danseurs expriment par le langage corporel des sentiments, ils vous racontent une histoire, et leur état de grâce touche émotionnellement le spectateur. Le luxe c’est la quintessence de la civilisation, pour nous hôteliers, il s’agit de pousser à son paroxysme l’art d’accueillir

Rapporteuses : Vous revendiquez un service “niveau palace” sans raideur ni ostentation. Comment impose-t-on une telle exigence au quotidien sans tomber dans une culture de la pression ou de la peur ?

J.BG. : Nous créons un environnement structuré qui permet à nos collaborateurs de monter en compétence, ce qui les éloigne du stress. Ensuite nous cultivons avec eux à prendre plaisir à faire plaisir ce pouvoir magique qui rend heureux nos hôtes

Rapporteuses : Le détail semble être votre obsession assumée, jusqu’au beurre servi à table. Où placez-vous la frontière entre l’excellence qui sublime et celle qui peut devenir étouffante pour les équipes ?

J.BG. : Il n’y a pas de frontière en ce qui concerne les petites attentions, anticiper les besoins de nos hôtes, surprendre sans cesse est notre crédo. Le Luxe en hôtellerie, c’est faire à la place du client ce qu’il pourrait faire pour lui-même avec élégance, style et compétences

Rapporteuses : Vous mettez régulièrement vos collaborateurs en avant, en salle comme en cuisine. Est-ce un choix managérial, une conviction personnelle ou aussi une stratégie de marque ?

J.BG. : Tout à fait, on utilise la pyramide inversée tout en haut nous avons le client et juste en dessous ceux qui servent le client (personnel de salle, réceptionnistes, concierges, femmes de chambre, cuisiniers, etc…) sont les personnes les plus importantes, nos managers sont là pour aider ceux qui servent le client

Rapporteuses : Dans un contexte de pénurie de talents dans l’hôtellerie-restauration, comment fidélise-t-on aujourd’hui des équipes à un haut niveau d’exigence, sans promettre l’impossible ?

J.BG. : La fidélisation commence par la clarté. Une vision forte, des objectifs précis et des attentes explicites donnent du sens au quotidien. Chacun doit comprendre pourquoi il agit et vers quoi il progresse. Notre promesse d’entreprise est simple : révéler le plein potentiel de chaque collaborateur. Je te forme, tu montes en compétence. Tu deviens meilleur. Et demain, tu évolues ici ou ailleurs.

Nous ne promettons pas l’impossible ; nous promettons la progression, l’exigence et l’accompagnement. C’est cette culture de développement continu qui crée l’engagement durable.

Jean-Baptiste Guichesseux

Rapporteuses : Vous allez à la rencontre des élèves des écoles hôtelières. Que leur dites-vous de ce métier que l’on idéalise souvent… ou que l’on fuit de plus en plus ?

J.BG. : Pour ceux qui aiment les gens c’est le métier de tous les possibles. C’est un secteur où le talent est récompensé et que tout peut aller très vite dans sa carrière car les opportunités sont nombreuses. Mais aussi qu’on apprend beaucoup des autres car les interactions sont nombreuses et rendre les gens heureux est tellement enthousiasmant

Rapporteuses : Paris J’Adore cultive une esthétique très affirmée, jusque dans l’allure des hôtesses et l’atmosphère du lieu. Comment s’assurer que l’image ne prenne jamais le pas sur l’humain ?

J.BG. : Parce que chaque client est sincèrement considéré par nos équipes comme spécial et unique pour nous.

Rapporteuses : La Saint-Valentin est devenue un temps fort stratégique pour l’hôtel. Comment transformer un rendez-vous ultra-codifié en véritable levier d’identité et de différenciation ?

J.BG. : En fait nous sommes des alchimistes d’instants précieux, notre expertise est dans le séjour de couple, nous avons réunis tous les ingrédients pour que les couples s’extraient du temps et de toutes contraintes afin de profiter pleinement d’être ensemble. Pour la Saint Valentin, nous avons réservé à nos hôtes une surprise en chambre et proposons en supplément, le pack « incandescent » spécialement conçu pour l’occasion.

Rapporteuses : Diriger un hôtel aujourd’hui, est-ce encore un métier d’opérations ou de plus en plus un rôle de chef d’orchestre, entre équipes, image, expérience client et storytelling ?

J.BG. : C’est devenu un métier d’une grande complexité. Bien sûr, la rigueur opérationnelle reste indispensable, mais elle ne suffit plus. Aujourd’hui, un directeur doit être à la fois chef d’orchestre et architecte.

Chef d’orchestre, parce qu’il coordonne les talents, harmonise les énergies et veille à la cohérence de l’expérience à chaque instant. Architecte, parce qu’il construit une vision, façonne une identité et pense l’hôtel comme une œuvre globale : équipes, image, culture de service, récit de marque.

Diriger un hôtel aujourd’hui, c’est créer une partition vivante où chaque
détail compte et où l’émotion finale du client est le véritable indicateur de réussite.

Jean-Baptiste Guichesseux

Rapporteuses : Si vous deviez résumer votre vision de l’hospitalité en une promesse business, que diriez-vous à un investisseur, et que diriez-vous, en miroir, à un client qui pousse la porte pour la première fois ?

J.BG. : À un investisseur, je dirais que notre modèle repose sur une conviction simple : lorsque l’on crée des instants précieux, sincères et parfaitement exécutés, la performance économique devient la conséquence naturelle de l’émotion générée. Nous ne vendons pas des chambres ou des soins, nous construisons de la valeur par l’expérience et la fidélité.

À un client qui pousse la porte pour la première fois, je dirais : ici, chaque détail est pensé pour vous. Vous entrez dans un lieu confidentiel où l’on anticipe vos désirs, où l’on prend soin de vous avec délicatesse et élégance, et où Paris se vit avec raffinement, comme une parenthèse intime.

Notre promesse est la même pour les deux : transformer chaque séjour en moment précieux et en souvenir durable.

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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