Il y a quelque chose de singulier dans le rapport de Rama Duwaji à la ville, et à l’époque. Née en 1997 à Houston dans une famille d’origine syrienne, elle a grandi entre le Texas et Dubaï, avant de poser ses valises à New York — avec des crayons, des idées et un regard affûté sur le monde. © Instagram de Rama Duwaji

New York bascule à gauche, Rama Duwaji écrit l’autre récit

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Rédaction Rapporteuses
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Un métro désaffecté sous City Hall comme parvis pour une prise de pouvoir historique, le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, 34 ans, a prêté serment le 1er janvier à minuit, promettant une gouvernance « audacieuse et expansive », fidèle à ses idéaux de démocrate-socialiste. À ses côtés, dans l’ombre des projecteurs, se tient Rama Duwaji, artiste illustratrice, protagoniste d’un autre récit, celui d’une génération qui veut que l’art fasse sens et politique.

La ville en transe, la politique en mutation

Discours de Bernie Sanders et d’Alexandria Ocasio-Cortez, bloc party autour de City Hall, il y avait de la poussière d’étoiles dans les airs glacés de ce 1ᵉʳ janvier. À 34 ans, Zohran Mamdani le plus jeune maire de New York et le premier musulman à tenir ce fauteuil prestigieux, rendu célèbre par ses bus gratuits, les épiceries municipales et la lutte contre la vie chère, a prêté serment dans l’ancienne station de métro Old City Hall, entouré de fidèles, de militants, d’artistes parmi lesquels The Fugees, Stevie Wonder, Taylor Swift, Jay-Z, et, discrètement de sa femme, Rama Duwaji. L’image, presque cinématographique, signe l’entrée d’une « nouvelle ère » dans l’administration municipale américaine : l’ancien espace souterrain, symbole d’une ville ouvrière et populaire, sert de scène à un changement d’ère sur les rives de l’Hudson.

Je ne chercherai pas à baisser les attentes. Au contraire, nous allons
gouverner avec audace et sans renier nos principes.

Zohran Mamdani, dans son discours inaugural

Mais derrière ce maire conquérant, il y a une femme qui, jusqu’ici, préférait les lignes et les couleurs aux projecteurs de la politique, Rama Duwaji.

L’art comme contre-champ du pouvoir

Née en 1997 à Houston dans une famille d’origine syrienne, Rama Duwaji a grandi entre le Texas et Dubaï, avant de poser ses valises à New York, avec des crayons, des idées et un regard affûté sur le monde. Certains la perçoive comme l’épouse du nouveau maire, et pour beaucoup, cette simple formule suffirait. Sauf que Rama n’est pas un accessoire de campagne, ni une caution esthétique. Illustratrice, animatrice, céramiste, ses œuvres ont trouvé leur place dans The New Yorker, The New York Times, The Washington Post, chez BBC, Apple ou encore à la Tate Modern de Londres, bref, là où l’art dialogue avec les sociétés.

La rencontre avec son époux est aussi une histoire d’aujourd’hui. Le couple ne s’est pas rencontré dans un bal politique, ou un gala mondain, mais sur une application de rencontres. Hinge. Une romance née entre deux écrans avant de devenir un projet pour la ville. Rama Duwaji ne s’en cache d’ailleurs pas : il n’y a rien d’illégitime à aimer au temps des algorithmes.

Son style, lui aussi, raconte une époque. Look Y2K, silhouettes 2000’s, lunettes fines, denim assumé, touches pop, une esthétique que les jeunes suivent, remixent, repostent sur TikTok.

Très suivie sur les réseaux sociaux, à 28 ans ce n’est pas l’ego, mais la force d’un regard qui traverse et croise des mondes. Rama Duwaji incarne une génération d’artistes qui n’ont jamais cru à la neutralité du fait culturel, car dans ses dessins, sur ses céramiques, dans ce noir et blanc intime qu’elle affectionne sur Instagram, il y a la présence fervente des femmes du Moyen-Orient, leurs récits, leurs résistances. Son art parle à sa place. Elle y raconte l’appartenance, l’intime et le politique, sans concession. Fille de parents musulmans Syriens originaires de Damas, elle utilise son art pour parler de la situation en Palestine. Pour elle, faire de l’art n’a jamais été neutre : c’est une réponse au monde, à la fois miroir et projecteur.

Créer de l’art est politique : c’est une réaction au monde qui nous entoure.

Rama Duwaji, sur Instagram

Ce qui frappe aussi chez Rama, ce n’est pas seulement son style, gracieux mais précis, mais la façon dont elle tisse engagement et poésie visuelle. La jeune femme s’est tenue volontairement hors des feux de la rampe lors de la campagne, évitant les talk-shows et les grandes déclarations politiques, préférant que ce soit son travail qui parle pour elle. Pourtant, elle a contribué dit-on à certains choix graphiques et numériques de la campagne de son mari, mêlant esthétique et stratégie digitale.

Ce choix de discrétion n’est pas de l’absence, mais un positionnement : ne pas être avalée par la machine politique, tout en participant à la narration collective d’un moment historique. L’art pour Duwaji n’est pas un supplément d’âme, mais un dispositif de pensée et de présence.

Entre Gracie Mansion et les ateliers de Brooklyn

New York commence 2026 avec un nouveau maire, et son défi est immense : tenir ses promesses dans un paysage urbain fracturé par les inégalités, la concurrence économique et les tensions culturelles. Quant à Duwaji, elle entre à Gracie Mansion en tant que première dame, la plus jeune de l’histoire de la ville, et la première issue de la génération Z à occuper ce rôle. Car si New York invente aujourd’hui une nouvelle forme de gouvernance avec Mamdani qui promet de gouverner « audacieusement », Rama, loin des stéréotypes d’un rôle protocolaire préétabli, semble prête à inventer autre chose qui pourrait bien

être l’une des voix invisibles mais essentielles.

Sources :

The Guardian

Le Point.fr

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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