Le Royal Palace, hôtel et spa, a ouvert à Kirrwiller depuis le 28 août 2026, juste à côté du music-hall qui porte son nom. © Royal Palace Kahneda photography

À Kirrwiller, le Royal Palace met les petits plats dans les grands

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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À une trentaine de minutes de Strasbourg, le village de Kirrwiller connaît depuis la fin août une nouvelle vie après le spectacle. Le Royal Palace, institution familiale du music-hall alsacien, y a ouvert un hôtel quatre étoiles de 94 chambres, deux restaurants, un bar et un spa de 2 000 m². Une façon de transformer une soirée de cabaret en véritable escapade gastronomique et hôtelière.

Il faut quitter Strasbourg, prendre la direction de la campagne alsacienne et laisser progressivement les immeubles derrière soi. À Kirrwiller, village du Bas-Rhin, le paysage n’a rien d’une destination touristique tapageuse. Et pourtant, depuis le 28 août 2026, un bâtiment de cinq étages attire désormais les regards : le Royal Palace Hôtel & Spa, installé face au célèbre music-hall.

« On m’a pris pour un fou ! » La formule résume à elle seule les paris successifs de Pierre Meyer, fondateur du Royal Palace. Il en a même fait le titre de son livre, publié en 2020, dans lequel il raconte une aventure familiale commencée à Kirrwiller et longtemps considérée comme une entreprise pour le moins audacieuse. En effet, depuis sa création en 1980 par la famille Meyer, le Royal Palace a construit sa réputation loin des grandes villes et des stations touristiques traditionnelles. Le cabaret accueille aujourd’hui plus de 200 000 spectateurs par an, avec 212 000 entrées enregistrées en 2025.

Il manquait pourtant un endroit où dormir. L’hôtel entend précisément répondre à cette équation : ne plus faire de Kirrwiller une destination que l’on quitte après le spectacle, mais un lieu où l’on peut rester, dîner, prendre un verre, profiter du spa et repartir le lendemain.

De la scène à la chambre

Le projet porté par Pierre Meyer et son fils Mathieu n’a rien d’une petite extension du cabaret. Plus de 42 millions d’euros ont été investis dans cette nouvelle adresse, dont l’ouverture a accompagné le lancement de la nouvelle revue Sublime.

« J’ai grandi avec l’entreprise familiale. Mon grand-père, Adam Meyer, avait d’abord ouvert un dancing. Puis mon père, Pierre, passionné par les cabarets parisiens, a créé à 23 ans un premier spectacle avec une petite troupe exotique, tout en organisant des dîners dansants. Le bouche-à-oreille a rapidement fait son œuvre. En 1989, il a alors engagé une transformation d’envergure, avec de véritables équipements scéniques et des artistes venus de Paris », raconte Mathieu Meyer.

Une ambition qui, à l’époque, était loin de faire l’unanimité. « Personne ne voulait se produire au fin fond de cette province. Quant aux banques, elles étaient très sceptiques ! », se souvient-il.

L’hôtel compte 92 chambres et deux suites, réparties sur cinq étages. Certaines regardent du côté du music-hall, avec une décoration inspirée de l’univers du cabaret ; les autres s’ouvrent vers la colline du Heckberg et adoptent une palette plus végétale.

La décoration joue donc sur deux imaginaires. Ici, le rouge rappelle les fauteuils et les lumières du spectacle ; là, le vert reprend quelque chose du paysage alsacien. Dans les chambres, le papier peint côtoie les mosaïques, les miroirs sérigraphiés et les meubles en chêne. Les deux suites Royal Palace occupent le cinquième étage.

Mais c’est surtout depuis les ouvertures extérieures que le contraste devient intéressant : d’un côté, le monde très codifié du music-hall ; de l’autre, les champs et la colline. À Kirrwiller, le spectacle n’a finalement pas besoin d’écran pour continuer.

Dans l’assiette, le cabaret laisse place au produit

Cette volonté de prolonger l’expérience passe naturellement par la table. Et c’est là que le Royal Palace cherche à changer de registre. Le cabaret dispose depuis longtemps de ses propres restaurants, notamment Le Versailles, créé en 1996 lors de la construction de l’amphithéâtre de 1 000 places. Cette salle, d’une capacité de 150 couverts, propose une cuisine gastronomique dans une atmosphère plus intime, tandis que Le Majestic peut accueillir jusqu’à 800 convives.

Au Versailles, le déjeuner compose un menu qui assume une cuisine de spectacle sans se limiter aux codes de la gastronomie alsacienne. Le foie gras de canard est travaillé avec des algues et parfumé au saké, accompagné d’une purée de nashi et d’un black bun. Vient ensuite un saumon confit, posé sur une compotée de fenouil au curry et accompagné d’un beurre monté à l’orange. Après un spritz glacé, le pigeon arrive rosé, avec sa cuisse braisée, un risotto au vin rouge, quelques asperges et un jus réduit. Le dessert joue enfin la partition chocolat-passion, avec un insert croustillant et un sorbet cacao.

Une cuisine qui cherche moins à reproduire le folklore régional qu’à faire dialoguer plusieurs influences. Le produit reste reconnaissable, mais les accompagnements déplacent les repères.

La Plume Gourmande prend de la hauteur

Il faut ensuite monter au quatrième étage de l’hôtel. Là, La Plume Gourmande regarde la campagne depuis son restaurant panoramique de 170 couverts. L’adresse fonctionne sept jours sur sept, pour le déjeuner comme pour le dîner, et accueille également un brunch dominical.

Aux fourneaux, le chef Jonathan Rauch propose une cuisine davantage tournée vers le produit et les saisons. La carte, selon la présentation officielle du restaurant, est appelée à évoluer au fil du marché.

Lors du dîner, le tartare de truite acidulé, crémeux d’avocat et grenade ouvre le repas sur une assiette fraîche. Le suprême de volaille d’Alsace juste snacké lui succède, accompagné d’un foie poêlé de canard, d’un crémeux de panais et d’un jus réduit au pinot noir. Pour finir, une tartelette exotique, chantilly coco et crumble amande.

La salle, surtout, change la perception du repas. Depuis les tables et la terrasse, le regard porte loin sur la campagne. Le restaurant n’est plus seulement l’endroit où l’on mange après une journée de spectacle : il devient une destination à part entière, y compris pour celles et ceux qui ne dorment pas à l’hôtel. Le restaurant est en effet ouvert à la clientèle extérieure.

Et le dimanche, La Plume Gourmande pousse encore un peu plus loin cette logique avec un brunch servi de 11 h 30 à 15 h, proposé depuis le 30 août.

Un verre au Velvet, avant de laisser retomber le rideau

Après le dîner, inutile de reprendre immédiatement la route. Le Velvet Bar, installé dans le lobby, prolonge la soirée autour des cocktails. Fauteuils de velours, canapés et lumières plus tamisées permettent de passer progressivement de la table au verre.

Cette continuité n’est pas un détail, car le Royal Palace cherche désormais à fabriquer une destination complète avec spectacle, restauration, hôtel, bien-être et, séminaires. Deux salles modulables de 57 et 47,5 m², pouvant être réunies pour former un espace plénier de 104,5 m², ont ainsi été aménagées pour la clientèle professionnelle.

Le spa déploie ses 2 000 m² sur deux niveaux et multiplie les expériences de bien-être : salle de fitness, trois saunas, hammam, snow room, bassin sensoriel intérieur-extérieur, bain froid nordique et grotte de sel. Six cabines de massage, dont une dédiée aux soins en duo, complètent l’espace, avec des protocoles signés Fleurs et Phytocéane. Un univers pensé comme une parenthèse hors du temps, où l’on passe de la chaleur des saunas au froid nordique, avant de s’attarder dans le bassin sensoriel. Le parking extérieur et les infrastructures d’accueil complètent cet ensemble conçu pour recevoir aussi bien les spectateurs que les entreprises.

Kirrwiller, le pari d’une destination

Le changement est finalement moins spectaculaire qu’il n’y paraît. Depuis plusieurs décennies, la famille Meyer construit par étapes autour du cabaret. En 1996, elle inaugurait déjà l’amphithéâtre de 1 000 places et le restaurant Le Versailles. En 2014, huit mini-suites permettaient de prolonger les séjours. Puis, en 2015, le Lounge Club venait compléter l’offre nocturne.

Avec l’hôtel ouvert le 28 août 2026, le mouvement change toutefois d’échelle. Les spectateurs ne sont plus seulement invités à venir voir un spectacle : ils peuvent désormais passer une nuit, déjeuner ou dîner, prendre un verre, profiter d’un spa et repartir le lendemain.

À Kirrwiller, la gastronomie sert donc aussi de trait d’union entre deux mondes. Celui, très construit, du music-hall et celui, beaucoup plus tranquille, de la campagne alsacienne. Le pari du Royal Palace consiste à faire cohabiter les deux sans demander au visiteur de choisir. Et, pour une fois, le rideau peut tomber sans que la soirée soit terminée.

Plus d’infos :

Royal Palace Hôtel & Spa

Royal Palace

Le Versailles

La Plume Gourmande

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