Parfum de clou de girofle dans l’air, volutes d’encens qui s’accrochent aux cheveux et vert électrique des rizières qui se jette dans le bleu brutal de l’océan : Bali, “l’île des dieux”, ne se contente pas de jouer les cartes postales.
Nichée à l’est de Java, plantée de volcans qui fument comme des vieux fumeurs matinaux, elle déroule ses plages et ses temples comme on aligne des perles rares. Saison sèche ? De mai à septembre. Le moment où les pluies se font oublier, où les routes ne se transforment pas en torrents, et où les surfeurs comme les randonneurs peuvent tailler la vague ou la montagne.
Surf, jungle et divinités hindoues

Sous l’eau, le kaléidoscope des poissons tropicaux fait de l’œil aux plongeurs. Sur la crête des vagues, les longboards tracent leurs arabesques au son sourd du ressac. Plus haut, les pentes du mont Batur offrent à ceux qui transpirent un lever de soleil digne d’une scène de fin de film. Dans la vallée, les rizières de Jatiluwih, classées à l’Unesco, empilent leurs terrasses comme un mille-feuille vert anis, pendant qu’Ubud, nerveuse et arty, laisse courir ses singes dans une forêt moite. Le temple d’Uluwatu, dressé sur sa falaise, semble tenir tête au vent, quand Ulun Danu flotte, impassible, sur les eaux du lac Bratan. Ici, les processions religieuses éclaboussent l’année de tissus chatoyants, de gongs et de fleurs.
Cuisine : un tour de l’archipel en une assiette
Sur la table, Bali se goûte en mille saveurs. Le nasi goreng, riz frit au parfum de rue, tient le rôle de plat national. Son cousin, le nasi campur, mêle thon grillé, tofu croquant, légumes au curry et piment discret ou incendiaire. L’urab, coco râpée, haricots et piment, offre un feu doux en bouche. Le ayam betutu, poulet farci aux épices, et son frère de plume, le bebek betutu, canard longuement cuit à l’étouffée, exigent patience et commande la veille. Plus transgressif : le babi guling, cochon farci rôti à la broche, trésor balinais dans un archipel où le porc se fait rare. Et pour les palais curieux, le lawar, mélange brut de coco, viande et… sang.
Boire la couleur
Ici, le jus d’avocat joue les desserts liquides, chocolaté comme une pâtisserie. Dans la rue, les étals de marché exposent des breuvages fluo qui feraient passer un sirop de grenadine pour un acte de sobriété. L’es campur, mélange de fruits, de gelée et de glace pilée, rafraîchit les plus téméraires. Pour finir, on sirote un kopi Bali, noir comme la nuit tropicale, un thé panas qui colle aux lèvres, ou un brem, alcool de riz gluant qui chauffe doucement la nuque.
Bali, ce n’est pas qu’un cliché Instagram : c’est un parfum qui s’incruste dans vos vêtements, un goût qui s’accroche au palais, et une lumière qui rend tout le reste un peu trop terne au retour.