Du food truck à la table du 10e, la révolution afro-culinaire selon les frères Lainé.
Quai de Valmy, Paris 10e. Le canal glisse, les appétits s’éveillent. Entre une friperie punk et un bar à IPA, un parfum de banane plantain caramélisée vient bousculer le nez des flâneurs. Dans ce coin qui sent l’apéro post-frontière et les petits restos sans nappe blanche, Le Maquis s’est posé. Dans l’assiette, ça groove afro-caribéen, ça chaloupe entre Douala, Pointe-à-Pitre et Belleville.
L’histoire commence en 2016, au volant d’un food truck lancé à toute vibraction par Rudy et Joël Lainé, enfants de la double diaspora : Antilles-Cameroun. À bord, pas de kebab sous cellophane ni de tacos graisseux. Mais une street food élevée au rang afropolitain. Ils appellent ça : la « révolution afro-culinaire ». L’idée ? Dépoussiérer les classiques, revisiter le terroir des mamas, sans trahir la sueur du pilon.
En 2017, le prix du meilleur food truck de Paris tombe dans leur panier. Mérité. Le bouche-à-oreille fait le reste. Et le food truck, un peu à l’étroit sur ses quatre roues, trouve sédentarité au 177 quai de Valmy. Bienvenue au Maquis, clin d’œil aux repaires de résistants dans l’Afrique des indépendances, mais aussi aux tables planquées où l’on mange vrai, chaud, fort.
Le décor ? Studio Africa
Murs ocre, bois brut, chaises qui dansent sous les fesses. Le 10e, cosmopolite et cash, était fait pour eux. La salle est petite, l’ambiance dense. Premier arrivé, premier servi. Pas le temps de traîner. Le service est efficace, la déco sent la sève et le son afrobeat.
Dans l’assiette : fusion sans confusion



On teste le plat phare, l’Afrosubsaharienne. Nom de code : poulet braisé au poivre de Penja, bananes plantains en robe croustillante, riz basmati délicatement parfumé, le tout nappé d’une sauce cacahuète qui donne envie de chanter du Manu Dibango. Le plat est généreux, relevé juste comme il faut.
Pour faire glisser, une boisson au gingembre et à l’hibiscus blanc. Un truc à faire frissonner n’importe quel palais de Canal Saint-Martin. Autour de nous, ça slurpe et ça sourit. La salle hoche la tête, validation collective. Verdict ? « Épicé, comme tout bon plat camerounais digne de ce nom », glisse une cliente en doudoune oversize.
Fratrie en cuisine

Chez les Lainé, la cuisine, c’est une affaire de sang. Papa derrière les fourneaux, maman dans les douceurs sucrées. Rudy le dit sans chichis : « On est une famille de restaurateurs, et à Noël, c’est la battle pour savoir qui cuisine ». La bataille se poursuit dans leur cuisine de tous les jours.
Le chef met un point d’honneur à faire briller ses produits totems : le poivre de Penja, star labellisée d’Afrique centrale, et l’hibiscus, qu’il considère comme le lien le plus fort avec sa culture. Pas question de réduire la cuisine afro à un yassa ou un colombo. Trop facile, trop attendu.
« On travaille à faire évoluer cette cuisine pour qu’elle s’inscrive dans le temps », dit Rudy. Et dans les rayons. Car leurs produits, plats préparés, boissons, condiments, ont déjà trouvé place chez Monoprix. Nouvelle vitrine, même ADN. Dernier-né : les Afro Girls, gamme de boissons aux saveurs de la terre-mère, avec en guest les visages des femmes africaines.
New Soul Food, c’est le goût du bled revisité à coups de braises, de souvenirs d’enfance et d’envies de demain. Un maquis à Paris où les épices cognent juste, où la tradition danse avec l’innovation. Et surtout, où la diaspora tient enfin sa table.
À toutes les divas urbaines en quête d’une assiette qui leur ressemble : foncez, la révolution est déjà mijotée.
New Soul Food – Le Maquis
177 quai de Valmy, 75010 Paris
www.newsoulfood.fr