Le Havre, lundi 28 avril. 345 mètres de nostalgie amarrés sur le quai. Le Queen Mary 2, vaisseau amiral de la compagnie Cunard, a offert aux Havrais une parenthèse de gigantisme maritime. Un monstre de 150 000 tonnes, tout droit sorti d’un rêve transatlantique, venu flairer un peu d’iode normand avant de filer cap à l’ouest, direction New York. Sept jours de croisière sous haute mer et haute couture.
Sur le pont, des transats en bois qui grincent comme dans les vieux films, un bassin en mosaïque taillé pour les Instagram d’esthètes, et des passagers prêts à larguer les amarres du quotidien. À bord, tout n’est qu’ordre, luxe et chandeliers : salons feutrés, concerts de jazz en sourdine et bibliothèque en bois ciré, garnie de classiques en VO et VF, pour les marins lettrés.
Un fantôme nommé France

Sous ses allures de palace flottant, le Queen Mary 2 ressuscite une époque où l’on traversait l’océan en queue-de-pie. Dans son sillage, le souvenir du mythique paquebot France, lancé en 1960 et star des flots jusqu’à ce que le Queen ne le coiffe au poteau. Même prestige, même fierté nationale, mais version XXIe siècle, avec spa, room service et majordome en cabine si affinités.
Le Queen Mary 2 n’est pas un bateau, c’est un manifeste. Une réplique cinglante à la vulgarité tapageuse des croisières all inclusive. Ici, pas de buffet à volonté ni de zumba en ponton. Juste du temps suspendu, du jazz au coin du feu et l’Atlantique pour ligne d’horizon.
Traversée en héritage

Cunard, fondée dans les années 1840, n’a rien perdu de son flair monarchique. En 1945, Churchill lui-même avait salué le rôle de la flotte dans la victoire alliée. La compagnie, royale jusqu’au bout des hélices, perpétue la tradition du “Royal Mail Ship” avec des traversées au cordeau et une discipline de quart qu’on devine feutrée.
Un rêve à prix variable
Pour embarquer, il faut mettre la main au portefeuille. De 990 € à 8 000 €, selon que l’on préfère le pont inférieur ou le grand luxe avec majordome intégré. Théâtre, dîners de gala, gym avec vue sur l’infini : tout y est, sauf la mer d’huile. Le prochain départ ? Le 1er mai 2026, depuis Le Havre. Avis aux nostalgiques de l’époque où voyager voulait dire traverser.