Brigitte Bardot s’est éteinte dimanche 28 décembre, entourée de ses chiens et de sa Fondation. Elle avait quitté le cinéma à 39 ans. Cette photo fait partie de l'ouvrage Brigitte Bardot : Intime, édité par Assouline (120 euros). © Ghislain Dussart / Éditions Assouline

Brigitte Bardot : liberté, scandales et miroir d’une époque

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Brigitte Bardot s’est éteinte dimanche 28 décembre à 91 ans, dans sa maison de La Madrague, à Saint-Tropez, entourée d’animaux qu’elle avait choisis pour complices de ses combats. Son rire grave moitié insolent, moitié las, traversa les écrans et les frontières. De La Vérité à Le Mépris, les films où elle se risquait à plus qu’un simple sourire, fixèrent au ciment une légende qui ne faiblira jamais vraiment.

Il y avait cette image dans l’esprit collectif de la femme aux yeux mi-clos, la marinière, sa nuque offerte au vent. Et puis il y avait l’autre Bardot, la furie, l’insoumise, la voix qui hurlait au monde ses certitudes et ses colères. À l’époque, affirmer sa liberté sexuelle, jeter au visage de la morale pincée ses corps et ses désirs, c’était littéralement transgresser, briser une prison sociale aussi serrée que l’élastique de ses bikinis. Bardot, allégée de tout ce qui pesait sur la féminité, se mouvait pieds nus, chevelure défaite, silhouette non maquillée : une sorte de manifeste incarné « vivre sans entraves ».

Le corps libéré

Née le 28 septembre 1934 à Paris, dans un milieu soigneux où la danse et les bonnes manières faisaient office de credo, Brigitte Bardot n’a jamais été du sérail. Adolescente complexée et disciplinée, elle finit par extraire de sa propre image ce que la société n’était pas prête à admettre : une femme maîtresse de son corps. Mais Brigitte Bardot fut surtout la femme libre d’une France qui ne savait pas encore ce que le mot voulait dire. Dans les années 50, elle jette son corps en travers de la morale comme on renverse une table : sexe affiché, désir assumé, maternité refusée, amours multiples. Dans un pays engoncé dans le catholicisme social, affirmer sa liberté sexuelle était une transgression radicale.

En 1956, Et Dieu… créa la femme de Roger Vadim, qu’elle venait d’épouser, éclate comme une déflagration. Bardot danse pieds nus, déclenche des rires gênés et des regards avides, et devient du jour au lendemain le symbole d’une libération sexuelle qui n’avait pas encore de nom.

Pour une génération de femmes enfermées dans des rôles dociles, outre l’écran, BB fut un éclat de rire libérateur : elle aimait, elle délaissait, elle riait, baisait, boudait et revenait. Sans réclamer d’étendard féministe, elle défonçait quand même des portes. Simone de Beauvoir voyait dans sa simple présence à l’écran une rupture, une femme qui n’a rien demandé mais fonçait quand même dans les interdits.

À l’écran, elle désarticule la féminité docile. Elle ne joue pas la femme, elle est. Trop libre, désirable. incontrôlable. Pour beaucoup, elle ouvre une brèche, pour d’autres, elle ne fait que déplacer la cage : la femme libérée, oui, mais toujours vue, vendue, consommée. Féministe ? Bardot, elle, n’a jamais voulu de ce mot-là. « Je ne suis pas féministe parce que j’aime les hommes. » La phrase sonne comme une gifle aux générations suivantes. Quand #MeToo surgit, elle parle d’“hypocrisie”, défend le droit des hommes à importuner, renvoie les femmes à leur silence, la liberté, oui, mais surtout pas collective.

Star mondiale, oui, mais à quel prix ? Bardot fut poursuivie par les paparazzis dès qu’elle sortait de chez elle. Chaque mouvement, chaque amourette, chaque pas dans la rue devenait une affaire nationale, un prix à payer pour la liberté de corps qu’elle avait imposée.

Dans les années 70, elle comprit que la cage dorée du star system l’étouffait. À 39 ans, en 1973, elle déclare forfait pour le cinéma, ultime acte d’indépendance. Elle s’installe alors définitivement à Saint-Tropez, entre La Madrague et la garrigue, choisissant la vie plutôt que l’écrin “homosexuel” des projecteurs.

Les bêtes avant tout

Elle fonde la Fondation Brigitte Bardot en 1986, vend ses biens, mobilise, crie, et transforme sa célébrité en un outil jamais tranquille mais terriblement efficace. La lutte contre les peaux de phoques, contre les abattages cruels, contre les chasses les plus barbares devint son front quotidien. Mais très vite, le militantisme se trouble. L’animal devient le prétexte, l’humain la cible. À partir des années 90, Bardot écrit, parle, attaque, l’islam, l’immigration, le “vivre-ensemble”, et s’engage auprès du Rassemblement national (ex-Front national) et d’idées patriotiques conservatrices. Elle multiplie les déclarations virulentes contre l’immigration et les pratiques religieuses musulmanes, notamment l’abattage rituel, parlant de ce qu’elle considérait comme des « menaces » pour la France. Elle parle de “gènes sauvages”, et décrit les Réunionnais comme “dégénérés”.

Pour les associations antiracistes Bardot recycle les obsessions identitaires de l’extrême droite sous couvert de sensibilité animale. Ces prises de position lui valent cinq condamnations pour incitation à la haine raciale et des amendes, pourtant Bardot persiste, s’obstine, s’enferme.

L’actrice rebelle devenue icône réactionnaire

Car la liberté selon Bardot vire vite à la nostalgie identitaire. Politiquement, la bascule est complète. Depuis trente ans, elle s’est « ouverte à l’extrême droite », soutenant le Front national, de Jean-Marie Le Pen puis Marine Le Pen et d’autres figures nationalistes. «Je ne suis pas fière de ce qu’est la France aujourd’hui. Je suis contre le vivre ensemble, mais je ne suis pas facho, pas plus que Marine Le Pen. » dira -t-elle
Elle qualifie elle-même le RN de « seul remède urgentissime à l’agonie de la France ». Et de déclarer sa flamme à Marine Le Pen : « J’aime beaucoup Marine… C’est la seule femme avec une paire de couilles. »

Alors oui, Brigitte Bardot fut libre, libre de faire ce qu’elle voulait de son corps, de son métier, de ses amours. Mais cette liberté n’a jamais balayé toutes les chaînes. Elle a libéré certaines femmes du carcan moral, tout en restant sourde à d’autres injustices et en s’alliant à des forces politiques qui instrumentalisent la peur plutôt que d’émanciper.

Dans son dernier livre,  intitulé Mon BBcédaire, publié chez Fayard quelques mois avant sa mort, elle écrit que « seuls les animaux sont porteurs de beauté sans artifice ».

Sources :

Le Monde.fr

Libération

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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