Calbony M’Bani, connu de tous comme Calbo, co-fondateur du duo mythique Ärsenik, est décédé le dimanche 4 janvier 2026 à l’âge de 52 ans, après une maladie contre laquelle il aura livré un ultime combat digne d’un couplet acéré. © Photo fournie par Sista Daisy/DR

Calbo (Ärsenik) n’est plus, l’âge d’or du rap pleure son grand frère

Par
rapporteuses
Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
- Rédaction Rapporteuses
14 Min. de lecture

Dimanche 4 janvier 2026, Calbony M’Bani, dit Calbo, est mort à 52 ans, après avoir livré son dernier round contre la maladie. Calbo n’était pas juste un MC, il était l’un des piliers de l’âge d’or du rap français : texte ciselé, rue en prise directe, conscience sociale en plus, il aura livré un ultime combat digne d’un couplet acéré. Un flow qui claquait comme un uppercut, des punchlines qui faisaient mouche, et cette façon unique de boxer avec les mots dans les cités comme dans les cœurs.

Une veillée est prévue ce 8 janvier dans le 95, à Villiers-le-Bel, lieu de ses racines, avant les obsèques le 9 janvier, qui s’annoncent comme un moment fort de recueillement, de hip-hop et de communion, un peu comme une dernière cypher pour un frère qu’on n’oubliera jamais. Son parcours, de Villiers-le-Bel aux grandes scènes, est l’histoire d’un gamin des HLM devenu l’une des voix les plus fidèles et les plus influentes de la culture hip-hop française.

Villiers-le-Bel, Secteur Ä, l’éclosion d’une voix

Né dans le 95 (Villiers-le-Bel), Calbo a grandi avec le hip-hop aux oreilles et la rage au cœur. En 1992, avec son frère Lino, il fonde Ärsenik, duo de feu, sombre et lucide, qui s’impose vite comme un classique vivant du rap français. Quelques gouttes suffisent…, leur premier album (1998), est un classique intemporel du rap français, certifié double disque d’or.

Ärsenik, c’est aussi un des membres du Secteur Ä, ce collectif sarcello-valdois devenu mythique avec Passi, Stomy Bugsy, Doc Gynéco, Neg’ Marrons, Hamed Daye, MC Janik, ces derniers ont renversé les codes et ont fait du rap une voix de contestation, de fierté. Calbo et Lino incarnent à eux deux, cette énergie brute, cette rage sourde et lucide qui ont fait du hip-hop un outil politique autant qu’un art.

Des réseaux sociaux en feu, le rap répond présent

L’annonce de sa disparition a été un choc, brutal. Unanimement ceux qui l’ont connu ont réagit : Rohff, sur X, le décrit comme “un grand monsieur du rap et un grand frère de la vie”, saluant la force et la positivité qu’il a semées. KeryJames : “À chaque fois que je le croisais, il ne me donnait que de l’amour.” De son côté, La Fouine l’a salué comme “une légende du rap tricolore”. Rim’K, Mac Tyer, Hayce Lemsi, Black M, Alonzo, Dosseh et Niro ont aussi rendu hommage sur leurs comptes, tous racontent l’inspiration, la fraternité, l’impact.

Les artistes ultramarins, eux aussi, ont pris la parole. Rien d’étonnant : Calbo avait tissé, au fil des années, des ponts solides entre Paris, les Antilles et la Guyane, en mêlant rap, reggae et conscience, comme autant de passerelles musicales. La chanteuse RnB guyanaise K-Reen a elle aussi exprimé sa peine. Même élan du côté de l’artiste guadeloupéen MC Janik, compagnon de route et mémoire vive des grandes années du Secteur Ä. Personne n’a oublié son refrain devenu mantra dans Un monde parfait — ce reggae aux allures de boussole pour toute une génération :

« La route est dure, elle est sinueuse…
Ärsenik trace ta route, lâche pas ton plan… »

L’héritage de l’âge d’or, rien ne s’efface vraiment

Quand on regarde l’écho des hommages, on comprend mieux pourquoi Calbo appartient déjà à l’histoire du rapp français. Du côté de la scène caribéenne, Lord Kossity n’en revient pas. Il raconte leurs sessions encore récentes, les scènes partagées, les tournages, les éclats de rire :

« Un grand artiste, un grand cœur, un grand sourire sincère… Toujours égal à lui-même. Mes pensées vont à Lino et à toute la famille. Bon voyage, frère. »

Le Martiniquais Djamatik (ex-Neg’ Marrons) parle d’une perte immense, celle d’un parolier :

« Merci pour ce magnifique titre avec ton frangin et Joëlle Ursull… Repose en paix. »

La chanteuse martiniquaise Lynnsha, qui avait collaboré avec lui sur Trop de peine (compilation Dis-leur de rimes produite par Passi), évoque un souvenir lumineux :

« Ces lignes partagées, cette mélodie… à jamais gravées. Mes condoléances à ta famille et à tous ceux qui te portent dans leur cœur. »

Le producteur et animateur guadeloupéen Brother Jimmy (B. World Connection) lui adresse un dernier salut fraternel :

« Au revoir frère Calbo. J’ai eu la chance de te rencontrer. Repose en paix. »

Même émotion chez le rappeur et producteur martiniquais Sully Sefil, bouleversé :

« Un vrai choc… ton humour, ton rire de fou vont terriblement nous manquer. Repose en paix, frangin. »

Après un passage remarqué au Demi-Festival de Sète en août 2025, Calbo avait rejoint son frère d’armes Pit Baccardi sur la scène de l’Olympia, le 25 septembre, pour célébrer cette grande famille du rap qui ne rompt jamais les liens. Quelques semaines plus tôt, Akhenaton l’avait déjà fait monter au Stade-Vélodrome, à Marseille, lors du concert d’IAM, une accolade fraternelle, un moment de transmission, comme un salut adressé à l’histoire du rap français. Aujourd’hui, il confie simplement :

« Désolé… Je ne trouve pas les mots. »

Même Lacoste s’est inclinée. Le crocodile, uniforme officieux des jeunes de banlieue à la fin des années 1990, celui qu’Ärsenik avait porté comme un blason, lui a rendu hommage. Ironie du temps : la marque qui refusait jadis d’en faire des égéries avait fini par se raviser en 2023, avant de reconnaître, à l’annonce de sa disparition :

« Calbo était plus qu’un artiste : il faisait partie d’une culture, il était une voix, un repère. »

Polémique « Shaolin vs Shalom » : quand la politique rate son hook

Seul le communiqué de la Ministre de la Culture selon leparisien.fr a été vivement critiqué. L’hommage officiel de Rachida Dati a été sévèrement épinglé pour erreurs factuelles et coquilles (dont l’invention d’un titre “Shalom” au lieu de Shaolin/6e Chaudron), suscitant des moqueries et une controverse autour d’une supposée rédaction à l’aide de l’IA. Ce que le ministère a démenti tout en corrigeant les fautes. Dans le langage du rap, on pourrait dire que le communiqué a “placé un 4×4 sur une boucle trap”… mais malheureusement pas le bon beat.

“Calbo, c’est un frère d’armes pour la jeunesse”

Rapporteuses a joint Sista Daisy, rappeuse française engagée pour l’égalité des chances auprès des jeunes des quartiers, qui a accepté de partager ses impressions et souvenirs :

“Calbo, pour nous tous qui venons de la même rue, c’était bien plus qu’un MC. C’était une main tendue vers les jeunes qui cherchaient une voix. Il parlait vérité, pas de bling, pas de faux semblants, et il donnait à ceux qui n’en avaient pas l’ambition de croire qu’ils pouvaient exister, même quand la société te dit non. Pour l’égalité des chances, il a fait plus qu’un discours : il a montré qu’on pouvait être prêt à tout pour percer, tout en gardant sa dignité.”

Dans sa voix, une émotion nette, une reconnaissance sans fard : Calbo n’était pas juste un rappeur, “il était un tuteur, un grand frère, et cela se ressent encore aujourd’hui, dans les studios comme dans les cités“.

La veillée du 8 janvier dans le 95 est annoncée comme un moment de recueillement intense pour tous ceux qui ont grandi avec Sekou la dalle dans les oreilles, qui ont chanté Boxe avec les mots et senti leurs propres luttes se refléter dans celles d’Ärsenik. Les obsèques du 9 janvier s’annoncent elles déjà comme un rassemblement historique, collectif, populaire, à l’image de l’homme que Calbo fut.

Le Secteur Ä, la dream-team banlieusarde qui a mis la France au hip-hop

Dans les années 90, alors que le rap français forgeait son âge d’or, il y avait une constellation qui brillait plus fort que les autres : le Secteur Ä ( contraction de secte Abdulaï ). Ce collectif de MCs du Val-d’Oise (Sarcelles, Villiers-le-Bel, Garges) a réuni des voix et des styles différents, tous animés par la même rage et la même envie de dire la rue, sans filtre.

Passi MC au flow précis et engagé, a souvent décrit le rap comme du “journalisme de rue” avec un micro ouvert sur la vie des quartiers, quand les médias mainstream de l’époque détournaient le regard. Stomy Bugsy charismatique, du groupe Ministère AMER, a ensuite brillé en solo avec des classiques comme Le Calibre qu’il te faut, tout en imposant un rap incisif et direct. Doc Gynéco, un des visages les plus singuliers du collectif, a fusionné rap, musique urbaine et influences soul/pop, avec des textes qui faisaient mouche et des refrains qui restaient collés aux tympans comme Premières consultations. Ärsenik (Lino & Calbo) le duo frère qui a fait trembler les enceintes : intelligents, rugueux, poétiques. Calbo, dont on célèbre la vie et l’œuvre, et Lino ont placé le rap « à hauteur d’âme », en combattants du verbe. Nèg’ Marrons (Jacky, Ben-J et Djamatik). Leur reggae-rap groovy et revendicatif a donné au Secteur Ä une couleur unique : chaud, rythmé, populaire, avec des refrains qui entraient dans toutes les têtes. Hamed Daye. Avec son flow roots et son style fluide, Hamed a ajouté une touche transversale, un pont entre la vibe rap pure et les mélodies urbaines d’avant-garde. MC Janik a apporté ses propres punchlines acérées au collectif, renforçant cette atmosphère de journal de rue dans laquelle chaque line sonnait comme une vérité. Moins médiatisé, mais tout aussi présent dans les cercles rap d’époque, La Clinique a contribué à l’identité musicale du collectif avec un flow cru et une énergie de scène intacte.

Le Secteur Ä a aussi intégré, ou influencé, d’autres talents au fil du temps : Pit Baccardi rappeur aux couplets léchés qui a renforcé l’équipe autour de 1999–2000. Singuila voix R&B/rap mêlant douceur et punch dans ses refrains. Futuristiq, Fdy Phenomen, Opee, Perle Lama, X-Clusives — figures secondaires mais qui ont enrichi l’écosystème musical en marge du collectif.

À l’instar de ce que faisaient IAM à Marseille ou NTM à Paris, le Secteur Ä a donné au public plus qu’un label : une identité rap française forte, ancrée dans la banlieue, la poésie des bacs à sable et la sociologie des cages d’escaliers où on écrivait les premiers textes. C’est ce collectif qui a permis à des voix comme celles de Passi, Stomy, Doc, Ärsenik ou Neg’ Marrons d’être entendues bien au-delà du périph’, jusqu’aux sommets des charts et aux soirées mythiques comme l’Olympia.

Le hip-hop français ne s’explique pas, il se vit. Et Calbo, avec ses mots, ses combats et son engagement, a vécu chaque syllabe. Une époque s’éteint, mais la lumière qu’il a braquée sur des vies trop souvent invisibles reste intacte. Rap français, on n’oublie rien.

Partager cet article
Rédaction Rapporteuses
Suivre :
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *