Depuis le retour de Donald Trump sur la scène internationale, le monde culturel se redivise nettement. D’un côté, des artistes comme Bad Bunny prennent frontalement position contre la politique migratoire du président américain jugée brutale, discriminatoire, ciblant frontalement les minorités. De l’autre, quelques figures comme Nicki Minaj.
La chanteuse a choisi de faire allégeance, et assume désormais sa proximité avec le camp trumpiste. Un virage conservateur qui isole la rappeuse, fissure sa base historique, femmes, minorités, communauté LGBT, et la place à rebours d’une pop culture redevenue politique.
Deux Amériques, deux scènes
En décembre 2025, Nicki Minaj apparaît àAmericaFest, grand rassemblement conservateur organisé à Phoenix (Arizona) par Turning Point USA, l’un des principaux relais du trumpisme auprès de la jeunesse américaine. Fondée en 2012 par Charlie Kirk, le leader assassiné en 2025, l’organisation est implantée sur des centaines de campus et défend une ligne ultraconservatrice : opposition à l’immigration, rejet des politiques antiracistes, hostilité aux droits LGBT+, dénonciation du féminisme et du “wokisme”. Sur scène, elle encense Donald Trump et le vice-président J.D. Vance, les présentant comme des modèles pour la jeunesse. Une prise de parole publique, assumée, filmée, relayée. Ce revirement a été perçu par beaucoup comme une rupture avec ses anciennes prises de parole et en contradiction avec les valeurs d’une large partie de son public, notamment les fans LGBTQ+, les progressistes et les jeunes minorités qui avaient fait d’elle une icône. Dans des vidéos sur X et TikTok, elle a aussi relayé des contenus associés à des mesures vues comme anti-transgenres (par exemple sur les sports féminins) et notamment la “fermeture des frontières” que des internautes ont vivement critiqué.
À l’inverse, Bad Bunny, artiste portoricain, Benito Antonio Martínez Ocasio de son vrai nom, et accessoirement l’artiste le plus écouté de 2025 sur les plateformes, devant Taylor Swift, est lui très engagé sur les questions migratoires et identitaires. Ce dernier a annoncé qu’il chanterait exclusivement en espagnol lors du concert de la mi-temps du Super Bowl, le 8 février, à Santa Clara (Californie), un des évènement les plus suivi au monde. Pour Rappel, en 2025, la performance de Kendrick Lamar avait réuni plus de 126 millions de téléspectateurs.
L’annonce a fait suffoquer une partie de la sphère MAGA. D’abord parce que Bad Bunny avait appelé à voter Kamala Harris en 2024, ensuite parce qu’il refuse de chanter et de parler en anglais sur la scène la plus regardée d’Amérique.
Invité du Saturday Night Live en octobre, après avoir lancé quelques phrases en espagnol, il avait répondu, ironiquement : « Vous avez quatre mois pour apprendre, si vous n’avez pas compris ce que je viens de dire. »
Nicki Minaj a choisi son camp
Contrairement à Bad Bunny dont le public est plutôt latino, la fanbase (les Barbz) de Nicki Minaj, s’est construite depuis quinze ans autour de publics féminins, racisés, queer, pour qui la chanteuse incarnait une figure d’émancipation, de transgression, parfois de refuge. Son soutien à Donald Trump, associé à des prises de position relayant des discours anti-transgenres et sécuritaires, a provoqué une onde de choc.
Le rejet est d’autant plus violent que Nicki Minaj avait, par le passé, critiqué certaines politiques trumpistes, notamment sur l’immigration. Elle-même immigrée, est née à Port of Spain, à Trinidad-and-Tobago, est arrivée aux États-Unis à l’âge de 5 ans, où elle a rejoint sa mère dans le Queens, à New York. Une trajectoire classique de migration familiale, au cœur même de ce que la politique trumpiste n’a cessé de stigmatiser.
Après son intervention à AmericaFest, des analyses ont noté une chute significative d’abonnés sur ses réseaux sociaux, à tel point, qu’elle a dû désactivé son compte Instagram. Plusieurs pétitions en ligne, certaines dépassant les 120 000 signatures, appellent même à sa déportation vers Trinidad et Tobago, et la situation est telle, qu’elle a donné lieux à des prises de positions publiques de figures de la musique urbaine, comme Cardi B, qui avait affirmé en 2024 qu’elle ne deviendrait jamais républicaine.
Un passif judiciaire qui ne joue pas en sa faveur
Pourtant la chanteuse traîne quelques casseroles qui sont en total contradiction avec le conservatisme des Maga. Son mari, Kenneth “Zoo” Petty, a été condamné pour tentative de viol en 1995 et est délinquant sexuel enregistré aux États-Unis. En 2020, il est même condamné à une assignation à résidence et une probation pour ne pas s’être enregistré lors d’un déménagement en Californie.
En 2021, une femme a poursuivi le couple pour intimidation et tentative de faire changer sa version des faits, bien que la plainte contre Minaj ait été abandonnée. En mai 2024, Nicki Minaj est brièvement retenue à l’aéroport de Schiphol, à Amsterdam, pour possession de cannabis avant un concert. Elle est libérée après une amende. En 2025, une plainte civile pour agression et “détresse émotionnelle” a été déposée contre elle par son manager, qu’elle a nié.
Autant d’éléments qui compliquent son repositionnement politique et affaiblissent sa crédibilité auprès d’un public historiquement attaché aux luttes contre les violences et les discriminations.
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