ba&sh dévoile le tee-shirt solidaire Resist, en soutient aux femmes victimes de violences conjugales. © ba&sh

Resit : un tee-shirt, une stratégie, une riposte féministe

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Rédaction Rapporteuses
Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux...
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Un mot, un cri inscrit sur un tee-shirt kaki ou écru, et derrière, une architecture de solidarité qui tente de fissurer le mur du silence. A partir du 23 février, le tee-shirt “Resit” sera mis en vente au profit de l’association 125 et Après, fondée par Sarah Barukh, figure devenue centrale de la lutte contre les féminicides et les violences conjugales en France. Mode, militantisme et pédagogie du réel s’y croisent, dans ce moment où les marques s’essaient à devenir des plateformes politiques.

Résister comme point de départ

Jeudi 5 février, 9 heures, rédactrices et influenceuses se pressaient au 33 rue Pastourelle, dans la boutique ba&sh du Marais encore à peine réveillée, café brûlant à la main, manteaux humides sur les épaules, pour découvrir un tee-shirt qui n’avait, à première vue, rien d’un it-shirt de saison mais tout d’un manifeste textile : “Resist”, un slogan minimaliste dans un espace où d’ordinaire la mode murmure plutôt qu’elle ne proclame. Mais ce matin-là, il était question d’autre chose que de coupes et de tendances. Autour des portants impeccablement alignés, installées autour de beaux tapis, assises en cercle comme dans un salon improvisé, bloc-notes ouverts, mobiles discrets, elles étaient tout ouïe pendant que Sarah Barukh prenait la parole, entourée du staff de ba&sh, dont Barbara Boccara et Sharon Krief, cofondatrices de la marque, venues rappeler que la mode peut être un langage politique, et que le coton, parfois, peut servir de banderole.

Décliné en modèles femme (65€) et homme (75€), en kaki et en écru, Resist sera disponible à partir du 23 février 2026 dans toute l’Europe, sur le site ba&sh, ainsi que dans une sélection de boutiques aux États-Unis. © ba&sh

À partir du 23 février, Resist sera imprimé sur un tee-shirt solidaire dont 100 % des bénéfices seront reversés à l’association 125 et Après, créée pour accompagner les femmes victimes de violences conjugales, sexuelles ou intrafamiliales. L’initiative, portée par la marque ba&sh, s’inscrit dans une stratégie de mobilisation plus large, mêlant prévention, accompagnement et sensibilisation, avec l’ambition assumée de faire de la boutique un lieu refuge autant qu’un lieu de consommation.

Il était donc question d’emprise, féminicides, prévention, dispositifs numériques, self-défense, réseaux de veille, bref, de cette politique du quotidien qui s’invite désormais dans les cabines d’essayage, comme si le vêtement devenait une affiche, et la boutique, un micro-parlement du réel.

Sarah Barukh, de la survie à la bataille collective

À l’origine de 125 et Après, il y a Sarah Barukh, dont le nom s’est imposé dans le débat public malgré elle, comme celui d’une survivante devenue combattante. En 2019, son ex-compagnon assassine son amie Julie Douib, et révèle au grand public l’engrenage des violences et l’impuissance institutionnelle face aux féminicides annoncés. À partir de ce drame, Sarah transforme le deuil en combat, publie 125 et des milliers – titre qui rappelle le nombre de femmes tuées chaque année par leur conjoint ou ex – et s’engage dans une bataille politique et médiatique pour que ces morts cessent d’être des statistiques anonymes.

Le féminisme n’est pas une posture mais une condition de survie, un projet de société, une exigence démocratique“, dit-elle. Sa parole, souvent brute, parfois polémique, dérange, mais parce qu’il force à regarder ce que l’on préfère ignorer.

La mode comme infrastructure militante

Avec Resit, ba&sh prend encore une fois position, et continue comme l’année dernière son message militant. Artistes, journalistes et personnalités se mobilisent aux côtés de 125 et Après, et chacun devient relais du message en incarnant un mot fort, choisi personnellement, pour encourager les femmes à parler, à agir, à résister.

Soutenue par Jenn Ayache, Laetitia Eido, Fanny Sidney, Lola Bessis, Ruben Amar, Julie de Bona, Charlotte Gabris, Chloé Ménager, Hélène Mannarino, John Mamann et Mayanne Sarah, la campagne délivre également un message d’espoir : rappeler aux femmes qu’elles ne sont pas seules, que le collectif existe et que l’association 125 et Après est là pour les accompagner sur le chemin de la liberté.

Le tee-shirt lui est vendu en version femme et homme, et se veut un outil de financement mais aussi un support narratif, une sorte de panneau d’affichage ambulant. Près de 3 000 pièces seront proposées, les fonds serviront à financer plusieurs programmes structurants de l’association, dont des dispositifs de prévention, d’écoute et de reconstruction par le corps.

Mais l’initiative ne se limite pas à un objet textile, elle s’inscrit dans un écosystème d’outils qui cherchent à intervenir dès les premiers signaux faibles de la violence, avant que le drame ne devienne irréversible.

SANA, l’alerte discrète à l’ère du QR code

Premier pilier de cette stratégie : le dispositif SANA, un programme international de prévention et d’information conçu pour rompre l’isolement dès les premiers doutes. Il prend la forme d’un bracelet discret donnant accès, via QR code, à une application sécurisée, où la victime peut s’informer, évaluer sa situation et accéder à des ressources d’aide sans éveiller les soupçons.

Innovation sociale imaginée par Sarah Barukh et co-développée avec des chercheurs de la New York University, SANA incarne cette idée que la technologie, souvent accusée d’aggraver les violences, peut aussi devenir un outil de libération, un fil d’Ariane numérique dans le labyrinthe de l’emprise.

Forte’resse, reconstruire par le corps

À cette dimension numérique s’ajoute Forte’resse, programme de prévention et de reconstruction par le corps et le mouvement, combinant self-défense, confiance et sécurité. Ici, la violence n’est pas seulement traitée comme un fait social ou juridique, mais comme une expérience corporelle qui exige une réponse corporelle : reprendre possession de son corps, réapprendre la posture, la voix, la puissance.

Autre dimension, plus concrète, presque paradoxale, la boutique se transforme le soir en dojo. Dans certains espaces ba&sh, des cours de self-défense sont dispensés gratuitement aux femmes, par un professeur de Krav Maga, transformant temporairement l’espace commercial en lieu d’apprentissage.

Ce déplacement du politique vers les lieux de commerce, où l’on vient d’ordinaire acheter un vêtement, dit quelque chose de notre époque : le féminisme quitte les tribunes et les colloques pour investir les cabines d’essayage, les portants, les vitrines, comme si la société civile ne pouvait plus attendre que l’État agisse seul.

Les Veilleuses, une communauté contre la solitude

Enfin, le projet s’appuie sur le renforcement de la communauté des Veilleuses, un dispositif d’écoute et de soutien accessible 24h/24 et 7j/7, pensé comme un réseau de vigilance et de solidarité, capable d’orienter, de rassurer, de rompre la solitude radicale dans laquelle l’emprise enferme les victimes.

Ce réseau s’élargit aujourd’hui à un accompagnement spécifique pour les enfants, souvent les grandes victimes invisibles des violences conjugales, et aux conséquences psychologiques du contrôle coercitif post-séparation, ce moment où la violence change de forme mais ne disparaît pas.

Un mot, un réseau, une stratégie

Dans ce maillage d’outils, de programmes et de symboles, le tee-shirt Resist apparaît comme la partie visible d’un iceberg militant, un signe simple pour une infrastructure complexe, un slogan pour une ingénierie sociale qui tente de combler les failles d’un système institutionnel souvent défaillant.

Reste la question, politique autant qu’économique : jusqu’où les marques peuvent-elles être des actrices de transformation sociale sans se substituer aux institutions publiques, et sans réduire la lutte à un slogan imprimé sur du coton ?

En attendant la réponse, Resist s’affiche comme un mot d’ordre minimal, presque vital, dans un pays où chaque année encore, des dizaines de femmes meurent sous les coups de ceux qui prétendaient les aimer.

Plus d’infos :

ba&sh

125 et Après

Sarah Barukh

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Observatrices curieuses et infatigables, Rapporteuses racontent le monde qui les entoure avec un regard à la fois précis et espiègle. Du glamour des soirées parisiennes aux coulisses des affaires, de la culture aux nouvelles tendances, elles parcourent la ville et le monde pour capter les histoires, les personnages et les mouvements qui font l’actualité. Toujours sur le terrain, elles mêlent rigueur journalistique et sens du récit, pour offrir aux lecteurs des portraits, enquêtes et chroniques à la fois informatifs et captivants.
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