Jeudi 4 juin, le Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget a accueilli la 5e édition des Rencontres « Féminisons les métiers de l’aéronautique et du spatial ». Une journée exceptionnelle organisée pour faire découvrir aux jeunes filles toute la diversité des métiers du secteur. Au programme : 27 ateliers immersifs, 8 univers professionnels, 500 élèves et 100 professionnelles engagées. Rapporteuses a suivi plusieurs groupes de collégiennes dans les allées du musée. Entre réalité virtuelle, cybersécurité, logistique aérienne et aviation de combat, une conviction : les vocations n’ont pas de genre.
- « Soyez acteur de votre vie » : un message qui fait mouche
- Deux heures trente pour explorer tout le cycle de vie d’un aéronef
- Dans les coulisses du Rafale
- « Peut-être que je vais faire autre chose »
- Agent de transit : un métier déjà très mixte
- Préparer le vol : l’envers du décor
- Airbus sensibilise aux cybermenaces
- Une concentration qui force le respect
- Les vocations n’attendent pas le nombre des années
« Soyez acteur de votre vie » : un message qui fait mouche
Dès le début de la matinée, l’immense hall du Musée de l’Air et de l’Espace se remplit peu à peu de jeunes filles venues d’Île-de-France et d’ailleurs. Toutes arborent le même sac mauve rempli de goodies, un souvenir qu’elles emporteront avec elles à l’issue de cette journée placée sous le signe de la découverte et de l’ambition.
Après une introduction de Nicolas Gros, directeur Aérométiers, le général Gilles Villenave prend la parole devant un auditoire particulièrement attentif. Le ton est juste. Le discours est inspirant, mais jamais inaccessible. Face à ces collégiennes, lycéennes et étudiantes, il choisit de raconter son propre parcours. Un parcours loin d’être linéaire. « J’ai redoublé ma seconde », confie-t-il. Fils de militaire, il explique comment il est devenu pilote de chasse malgré un parcours scolaire qu’il qualifie lui-même de moyen à ses débuts. Un message qui résonne immédiatement dans la salle : l’avenir ne se joue pas à une note ou à un bulletin. Mais c’est sa phrase qui marque les esprits : « Soyez acteur de votre vie. » Actrice aurait été plus appropriée en cette journée de féminisation, mais le message est quand même passé. Puis il conclut avec humour : « Je ne veux pas vous saouler en étant trop long. » Les sourires se dessinent.
C’est ensuite au tour d’Agathe Labautière, cheffe de projet Féminisons les métiers de l’aéronautique, de prendre la parole. Elle rappelle l’histoire du Musée de l’Air et de l’Espace et souligne que l’Armée de l’air et de l’espace est aujourd’hui l’une des armées les plus féminisées. Elle se félicite également de la parfaite parité atteinte au sein du musée, où les effectifs se répartissent à parts égales entre femmes et hommes : 50 % de femmes, 50 % d’hommes.
Un message fort dans un lieu qui accueille précisément cette journée pour ouvrir le champ des possibles aux nouvelles générations. La journée peut commencer.

Deux heures trente pour explorer tout le cycle de vie d’un aéronef
Très vite, les groupes se mettent en mouvement. Les 500 participantes sont réparties sur différents parcours de découverte. Chaque groupe est accompagné par une étudiante qui guide les jeunes filles à travers les ateliers. Nous suivons pour commencer celui du collège Marie Curie du 18e arrondissement de Paris. À la tête de la troupe, Akassi, surveillante de l’établissement, veille au grain. « Les filles, vous ne vous dispersez pas, sinon je vous colle ! » L’autorité est bienveillante mais efficace. Les collégiennes avancent en rangs serrés d’un stand à l’autre, attentives aux consignes et surtout curieuses de tout.
Loin des clichés souvent associés aux sorties scolaires, l’ambiance est studieuse. Les élèves prennent des notes, posent des questions et observent avec concentration les démonstrations proposées.
Dans les coulisses du Rafale

Premier arrêt devant un atelier consacré à l’organisation interne d’un Rafale. Casque de réalité virtuelle sur la tête, les collégiennes explorent l’appareil sous toutes ses coutures. Elles découvrent les différents compartiments, les systèmes embarqués et les contraintes techniques qui accompagnent la conception d’un avion de combat. Margaux, ingénieure en calcul de structure, guide la visite et répond aux nombreuses questions. Certaines participantes prennent des notes à toute vitesse. D’autres préfèrent observer. Toutes semblent fascinées. Le secteur aéronautique se révèle ici sous un angle souvent méconnu : celui des métiers de l’ingénierie.
Une première porte s’ouvre.
« Peut-être que je vais faire autre chose »
Quelques stands plus loin, l’atelier consacré au guidage des avions attire à son tour l’attention des élèves. Nous y croisons un groupe du collège Albéric Magnard. Parmi elles, Ariane réfléchit déjà à son avenir. « Au départ, j’avais en tête hôtesse de l’air, mais peut-être que je vais faire autre chose. » C’est précisément l’objectif de cette journée : élargir le champ des possibles. Montrer qu’autour d’un avion gravitent des dizaines de professions différentes, souvent invisibles pour le grand public.
Agent de transit : un métier déjà très mixte
Au stand consacré au métier d’agent de transit, dont GEH est partenaire, Christelle présente son activité avec enthousiasme. Responsable d’exploitation transit, elle explique : « Je m’occupe des équipes qui gèrent la conformité documentaire des marchandises transportées. » Lorsque nous l’interrogeons sur la féminisation de son métier, sa réponse est immédiate : « À mon arrivée, il y avait déjà des filles. Le métier est très mixte, il y a beaucoup de femmes managers. » Elle cite notamment sa directrice des opérations : « Notre directrice des opérations, Emmanuelle, est une femme. » Pour GEH, cette participation est une première. « C’est la première année que nous participons à cette journée. Je trouve ça bien. » À quelques mètres de là, les collégiennes continuent de noircir leurs carnets. Le sérieux avec lequel elles abordent chaque atelier impressionne.
Préparer le vol : l’envers du décor
Dans l’univers consacré à la préparation des vols, les participantes découvrent une autre facette du transport aérien. Fouzia, superviseure des compagnies aériennes, détaille les nombreuses vérifications nécessaires avant un départ. « Contrôle des plateaux-repas, quantité, qualité… Il faut que l’hôtesse ait tout à bord. » Puis elle ajoute : « Il faut s’assurer que tout est conforme. » Sa collègue Julie complète : « Je dois bien sangler la marchandise, sinon il peut y avoir de la casse et l’avion peut avoir du retard. » Elle insiste également sur un point essentiel : « Il faut vérifier le matricule des avions. » Autant d’opérations invisibles pour les passagers mais indispensables à la sécurité et à la ponctualité des vols.
Airbus sensibilise aux cybermenaces
Changement d’univers. Nous arrivons sur le stand Airbus consacré à la lutte contre les cybermenaces. Simran prend la parole devant un groupe de jeunes filles particulièrement réceptives. « Notre rôle est de protéger les systèmes des avions. » Très vite, elle interpelle son public : « Vous êtes toutes sur les réseaux ? Vous avez déjà stalké des gens ? » Les mains se lèvent, les rires fusent. Puis vient le défi. « J’ai un petit challenge pour vous qui consiste à retrouver un mot de passe. »
L’exercice permet d’aborder très concrètement les enjeux de cybersécurité. Simran rappelle qu’il faut éviter d’utiliser des informations personnelles comme les dates d’anniversaire, les noms d’animaux de compagnie ou les éléments liés à la famille. Et surtout : ne jamais utiliser le même mot de passe sur plusieurs sites. Nous l’interrogeons également sur la présence des salariés d’Airbus sur les réseaux sociaux. Elle précise que les employés peuvent posséder un compte LinkedIn mais que seules les communications officielles de l’entreprise sont diffusées.
Le quiz qui suit est animé par Camille. Cartes en main, les participantes doivent répondre par vrai ou faux. Une question retient particulièrement l’attention : Le compte de Barack Obama a-t-il déjà été piraté ? Les collégiennes répondent sans hésiter. Vrai. Bonne réponse. Interrogées sur leur parcours, Camille et Simran expliquent avoir effectué huit années d’études avant de rejoindre Airbus. De quoi donner à voir la diversité des chemins menant aux métiers de la cybersécurité.
Une concentration qui force le respect
Impossible de visiter les 27 ateliers proposés au cours de la matinée. Pourtant, au fil des rencontres, un constat s’impose. Partout, les jeunes filles écoutent, questionnent, observent et participent. Elles circulent dans les allées du musée avec calme et concentration. Cette discipline collective frappe les exposantes comme les accompagnatrices. Car derrière les démonstrations techniques et les ateliers immersifs se joue la construction de nouvelles représentations. Celles d’une génération qui ose davantage se projeter dans des métiers longtemps présentés comme masculins.

Les vocations n’attendent pas le nombre des années
Avant de quitter les lieux, une dernière surprise attend les participantes. Une vidéo de la ministre Aurore Bergé, empêchée ce jour-là, est diffusée aux jeunes présentes. Puis les groupes commencent à se disperser. À l’extérieur, nous croisons une classe de CP venue de Puteaux. Pour eux, c’est simplement une sortie scolaire. Mais en observant ces enfants découvrir les avions exposés dans le musée, une évidence s’impose déjà. Les vocations peuvent naître très tôt. Et c’est sans doute toute la force de cette journée.
À travers ses 27 ateliers, ses 100 professionnelles mobilisées et ses 500 participantes, cette cinquième édition des Rencontres « Féminisons les métiers de l’aéronautique et du spatial » a rappelé que les filles ont toute leur place dans l’aéronautique, le spatial, l’ingénierie, la logistique ou la cybersécurité.
Certes, il reste encore des plafonds de verre à briser, mais au Bourget, ce 4 juin 2026, elles étaient 500 à prendre un peu d’altitude.
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