Les 23 et 24 octobre 2026, la Semaine l’Afrique des Solutions revient à Paris pour sa quatrième édition. Mais derrière un rendez-vous consacré aux initiatives africaines, son programme dessine une ambition nettement plus économique : connecter entrepreneurs, investisseurs, talents, médias et décideurs pour transformer des solutions identifiées sur le terrain en projets structurés, financés et capables de changer d’échelle. Une ambition qui intervient dans une Afrique confrontée à la fragmentation géopolitique, aux tensions commerciales et à un déficit massif de financement du développement.
- Une croissance africaine sous pression géopolitique
- Léonce Houngbadji, du rendez-vous annuel à la plateforme d’affaires
- Le capital ne manque pas, reste à le connecter aux projets
- La diaspora comme réserve de compétences… et de capitaux
- Faire de Paris une place de connexion
- L’enjeu : passer de la visibilité à la création de valeur
Il y a un paradoxe africain que les chiffres de 2026 rendent difficile à ignorer. Le continent n’est pas à l’arrêt. Il continue même d’afficher des rythmes de croissance qui feraient pâlir nombre d’économies développées. Mais cette croissance ne suffit pas à régler l’équation du financement, de l’emploi, des infrastructures ou de la transformation productive.
Dans ses Perspectives économiques en Afrique 2026, publiées le 26 mai à Brazzaville, la Banque africaine de développement (BAD) prévoit une croissance moyenne de 4,2 % en Afrique cette année, après 4,4 % en 2025. Vingt-deux économies avaient enregistré une croissance supérieure à 5 % en 2025. Mais derrière cette résistance macroéconomique, le constat est beaucoup moins confortable : le continent fait face à un déficit annuel de financement de plus de 1 300 milliards de dollars pour atteindre les Objectifs de développement durable.
C’est dans cet écart entre potentiel économique et capacité à financer le passage à l’échelle que la Semaine l’Afrique des Solutions (SAS) entend inscrire son rendez-vous parisien. Les 23 et 24 octobre, la mairie du XVIe arrondissement accueillera donc la quatrième édition de l’événement, placée sous le thème « Génération solutions : l’Afrique qui crée, ose et transforme ». Le programme annonce dix activités destinées à mettre en relation entrepreneurs, chercheurs, investisseurs, décideurs, médias et acteurs de terrain.
Une croissance africaine sous pression géopolitique
N’oublions pas le contexte. L’économie africaine évolue désormais dans un environnement où les crises géopolitiques se transmettent directement aux prix de l’énergie, aux chaînes logistiques, au coût du financement et aux échanges commerciaux. La BAD estime que les tensions au Moyen-Orient pourraient à elles seules réduire la croissance africaine de 0,2 point en 2026. L’institution avertit également du risque lié à la hausse des prix de l’énergie et des engrais, alors que les économies africaines restent particulièrement exposées aux chocs extérieurs. La fragmentation commerciale ajoute encore une autre difficulté. Alors comment trouver des entrepreneurs capables de créer des solutions, tout en leur permettant d’accéder à des marchés, des infrastructures, des capitaux et à des réseaux suffisamment solides pour les développer ?
Une étude publiée le 28 août 2026, intitulé Integrating Africa: From Threads to Hubs (Intégrer l’Afrique : des réseaux aux pôles) par la Banque mondiale sur l’intégration économique du continent insiste précisément sur ce point : les prochaines avancées de l’intégration africaine dépendront davantage de la capacité à faire fonctionner réellement les marchés régionaux, en réduisant les obstacles réglementaires et douaniers, car le commerce intra-africain ne représente encore qu’environ un cinquième des exportations de l’Afrique subsaharienne. Autrement dit, le défi africain n’est pas seulement de produire des idées, mais de construire les conditions économiques de leur circulation.
Léonce Houngbadji, du rendez-vous annuel à la plateforme d’affaires
C’est précisément ce déplacement que laisse apparaître le programme de la SAS 2026. Léonce Houngbadji le fondateur, doit prononcer le discours d’ouverture le vendredi 23 octobre, aux côtés notamment de Jérémy Redler, maire du XVIe arrondissement, et d’Éléonore Caroit, ministre déléguée. Mais, la SAS ne se présente pas comme une conférence supplémentaire consacrée à l’Afrique. Son programme revendique une plateforme d’« action, de visibilité et de passage à l’échelle », avec un objectif affiché de mise en relation entre solutions, financements, expertises et partenaires.
Le vocabulaire choisi est révélateur. Il n’est plus seulement question de raconter les réussites africaines ou de mettre en avant des entrepreneurs. Le programme parle de structuration, financement, partenariats, investissements et déploiement. Huit projets doivent ainsi être présentés parmi vingt projets annoncés comme structurants, avec l’objectif de déboucher sur des conventions de partenariat et la mobilisation de financements. La logique économique est donc celle d’un entonnoir : identifier, sélectionner, exposer, connecter, puis tenter de faire passer les projets dans une autre dimension.
Le capital ne manque pas, reste à le connecter aux projets
Cette question est loin d’être théorique. Dans son rapport 2026, la BAD estime que les investisseurs institutionnels africains entendez par là fonds de pension, assureurs et fonds souverains, gèrent environ 4 000 milliards de dollars d’actifs. Pourtant, moins de 2,7 % de ces actifs seraient consacrés aux infrastructures et aux secteurs productifs en Afrique. Le problème apparaît alors sous un autre angle : comment rapprocher le capital disponible des entreprises et des projets capables de l’absorber ?
C’est précisément ce que veut tester le Forum des Solutions Africaines, présenté dans le programme comme le cœur stratégique et intellectuel de la SAS. Des startups et des porteurs d’innovations doivent y pitcher leurs projets devant des investisseurs et des partenaires institutionnels. Le dispositif annonce déjà 93 solutions et 91 trajectoires présentées, avec une méthode qui impose de documenter le problème, la solution, son fonctionnement, ses résultats mesurables, sa reproductibilité et ses besoins en financement ou en compétences.
Cette approche est importante parce qu’elle rompt, au moins dans son principe, avec le traditionnel concours de bonnes idées. Le programme demande aux porteurs de solutions de préciser leurs résultats, leurs conditions de passage à l’échelle, leurs besoins en financement, mais aussi leurs limites. Pour un investisseur, la question n’est effectivement pas seulement de savoir si une initiative est séduisante, mais si elle peut être reproduite, financée, industrialisée et déployée sur un marché réel.
La diaspora comme réserve de compétences… et de capitaux
Autre axe particulièrement révélateur : la diaspora africaine. La SAS prévoit notamment un programme baptisé « African Talent Impact 100 », destiné à réunir 100 talents africains, 100 mentors et 100 opportunités structurantes, comprenez, emploi, stage, financement, accompagnement entrepreneurial, partenariat scientifique, recherche ou résidence. Le dispositif doit s’accompagner d’un annuaire numérique des talents de la diaspora, d’un magazine annuel, d’un livre et d’une Web TV consacrée au retour en Afrique. Là encore, l’enjeu dépasse la visibilité. Et la solution est celle de la transformation d’une diaspora souvent considérée comme un réservoir de compétences dispersées en réseau économique identifiable et mobilisable. Dans un continent qui cherche à renforcer ses capacités de financement et à réduire sa dépendance aux flux extérieurs, ce sujet prend une dimension stratégique.
La BAD cite elle-même le financement par la diaspora parmi les leviers susceptibles de contribuer à la mobilisation de ressources supplémentaires pour le développement africain. Elle estime que le continent pourrait débloquer jusqu’à 1 430 milliards de dollars par an en combinant notamment meilleure mobilisation fiscale, efficacité de l’investissement public, approfondissement des marchés de capitaux, partenariats public-privé et mobilisation de la diaspora.
Faire de Paris une place de connexion
Le choix de Paris n’est pas anodin dans cette architecture. La capitale française accueille déjà un écosystème dense d’entreprises, de banques, d’investisseurs, de médias, de chercheurs et de diasporas africaines. La SAS cherche à mettre ces mondes en relation pendant deux jours à la mairie du XVIe arrondissement. Le programme prévoit ainsi des temps de networking, une newsroom, des interviews et des rencontres avec les partenaires et exposants. L’après-midi du 23 octobre doit notamment permettre aux acteurs de présenter leurs produits et services et de rencontrer participants, investisseurs et partenaires.
Cette mécanique répond aussi à une faiblesse récurrente des événements économiques : la rencontre ne vaut que par ce qu’elle produit après la rencontre. Une poignée de cartes de visite ne constitue pas un financement, et une prise de parole ne crée pas à elle seule un marché. Pas plus une visibilité médiatique ne transforme mécaniquement une startup en entreprise de croissance. La véritable mesure de la SAS sera donc dans le nombre de partenariats effectivement conclus, les financements mobilisés, les emplois créés, les marchés ouverts et les projets capables de poursuivre leur développement après les deux journées parisiennes.
L’enjeu : passer de la visibilité à la création de valeur
C’est là que le programme 2026 prend une dimension véritablement business. La deuxième journée prévoit notamment un atelier consacré au pitch destiné à convaincre partenaires, financeurs et médias, avec des experts de la communication, du financement et de l’entrepreneuriat. Le Lab des Médias de Solutions doit parallèlement réfléchir à la transformation des médias africains et à leur rôle dans les dynamiques économiques et sociales.
La SAS tente ainsi de construire une chaîne complète : faire émerger les solutions, leur donner de la visibilité, les connecter aux compétences, aux médias et aux financeurs, puis créer les conditions de leur changement d’échelle. Reste la question la plus difficile, celle que le programme ne permet pas encore de mesurer : combien de capitaux seront réellement mobilisés ? Combien de contrats seront signés ? Combien d’entreprises passeront effectivement à l’échelle ? Et selon quels indicateurs la SAS évaluera-t-elle son impact dans un an, trois ans ou cinq ans ?
Des données qui seront déterminantes pour juger de la portée économique réelle de l’initiative. Car l’Afrique de 2026 n’a plus seulement besoin d’être racontée sous l’angle de son potentiel. Elle doit aussi pouvoir transformer ce potentiel en capital, en entreprises, en emplois et en chaînes de valeur. La Banque mondiale souligne d’ailleurs que l’approfondissement des échanges régionaux et des services pourrait fortement accroître le commerce intra-africain d’ici 2035.
Les 23 et 24 octobre, à Paris, Léonce Houngbadji et la SAS tenteront donc une opération plus exigeante qu’un simple événement de visibilité : mettre autour de la même table ceux qui ont les solutions, ceux qui disposent des capitaux et ceux qui peuvent ouvrir les marchés. Le véritable rendez-vous ne se jouera toutefois pas seulement dans les salons de la mairie du XVIe. Il se mesurera dans les mois qui suivront, lorsque les discours devront laisser place aux contrats, aux investissements et aux entreprises capables de changer d’échelle.
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