Le 13 décembre 2003, après neuf mois de recherches, l’armée américaine retrouve Saddam Hussein dans une cache près de Tikrit, en Irak. HBO Max revient, le 14 octobre, sur cette chasse à l’homme dans High Value Target: The Hunt for Saddam. © HBO Max

Saddam Hussein : dans les coulisses de la traque qui a piégé l’Amérique

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Le 13 décembre 2003, après neuf mois de recherches, l’armée américaine retrouve Saddam Hussein dans une cache près de Tikrit, en Irak. Avec High Value Target: The Hunt for Saddam, HBO Max revient sur cette chasse à l’homme et le face-à-face entre le dictateur déchu et l’analyste de la CIA chargé de l’interroger. Lancée le 14 octobre, la série n’est toutefois pas encore disponible en France. À travers cette traque, elle remonte aux aveuglements du renseignement américain et aux contradictions d’une guerre déclenchée au nom d’armes de destruction massive qui ne seront jamais retrouvées.

Il y a des hommes dont la chute devient un spectacle mondial. Saddam Hussein, découvert le 13 décembre 2003 dans une cache souterraine près de Tikrit, en Irak, en est l’une des figures les plus saisissantes. Après des mois de traque, le dictateur que l’armée américaine avait promis de retrouver apparaît amaigri, barbu, examiné par un médecin militaire, puis placé sous la garde de ses vainqueurs. La scène fera le tour du monde. Mais la capture ne résout ni la guerre ni les questions qui l’ont provoquée.

C’est dans cet intervalle, entre la victoire proclamée et la réalité du terrain, que s’inscrit High Value Target: The Hunt for Saddam. La série ne raconte pas seulement comment les États-Unis ont retrouvé l’homme qui avait dirigé l’Irak pendant près d’un quart de siècle. Elle s’intéresse également à ce qui se joue lorsqu’un officier américain se retrouve face à un prisonnier dont le régime a été renversé au nom d’une menace que Washington avait présentée comme imminente.

Le choix du récit est essentiel. Car, derrière la chasse à l’homme, il y a une surtout l’enquête qui porte sur les renseignements, les erreurs d’appréciation et les conséquences politiques d’une guerre dont les justifications les plus spectaculaires allaient s’effondrer.

Une chasse à l’homme, puis un face-à-face avec l’Histoire

À travers le face-à-face entre le dictateur déchu et l’analyste de la CIA chargé de l’interroger, la série remonte aux aveuglements du renseignement américain et aux contradictions d’une guerre lancée au nom d’armes de destruction massive jamais retrouvées. © HBO

Une série inspirée de faits réels, mais qui assume les libertés de la fiction. Créée par Daniel Stiepleman et Jonathan Wakeham, et supervisée par Leslie Greif, High Value Target s’appuie sur le témoignage d’un homme qui fut au centre de l’une des opérations de renseignement les plus emblématiques de l’après-11-Septembre : John Nixon, analyste de la CIA chargé d’identifier Saddam Hussein après sa capture. Le rôle est confié à Joel Kinnaman, tandis que l’acteur Waleed Zuaiter incarne l’ancien président irakien.

L’histoire commence avant la découverte de la cache de Tikrit. En mars 2003, les États-Unis envahissent l’Irak avec leurs alliés. Le régime de Saddam Hussein s’effondre en quelques semaines, mais son dirigeant disparaît. Pendant neuf mois, les forces américaines multiplient les recherches, les fausses alertes et les opérations fondées sur des renseignements parfois incertains. La capture, le 13 décembre, met fin à cette cavale, pas aux combats.

La série s’intéresse alors à une question plus délicate qu’il n’y paraît : comment être certain d’avoir arrêté la bonne personne ? À Washington, les rumeurs sur l’existence de sosies de Saddam Hussein alimentent le doute. Nixon doit examiner les signes physiques du prisonnier, notamment ses cicatrices et ses tatouages tribaux, puis lui poser des questions permettant de confirmer son identité. Ce n’est qu’après ces vérifications que les autorités américaines peuvent annoncer officiellement sa capture.

Mais le plus intéressant se joue ensuite, dans les salles d’interrogatoire. L’analyste qui pensait connaître le dictateur découvre un homme différent de celui qu’il avait construit à travers des années d’études et de renseignements. Saddam n’est pas nécessairement l’adversaire omniscient que l’appareil américain imaginait. Isolé par son entourage, il semble avoir une compréhension limitée de ce qui se passe hors de son cercle de pouvoir.

La série trouve alors son ressort dramatique dans l’écart entre la puissance militaire qui vient de renverser un régime, et l’ignorance persistante de ceux qui ont engagé cette guerre. La capture de Saddam est une victoire opérationnelle, mais elle ne signifie pas pour autant que les États-Unis ont compris l’Irak.

George W. Bush et la guerre justifiée par des armes introuvables

Pour mesurer la portée de ce récit, il faut revenir au climat politique de 2001-2003. Le 11 septembre 2001, les attentats d’Al-Qaïda tuent près de 3 000 personnes aux États-Unis. Le président George W. Bush lance alors une guerre mondiale contre le terrorisme. L’Afghanistan devient le premier théâtre militaire de cette campagne, puis l’Irak, déjà placé sous sanctions internationales depuis la guerre du Golfe de 1991, se retrouve au centre des accusations américaines.

L’administration Bush affirme que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive et fait peser une menace sur la sécurité internationale. Elle évoque également les risques de liens entre Bagdad et le terrorisme. Le 20 mars 2003, l’invasion commence sans nouvelle autorisation explicite du Conseil de sécurité des Nations unies pour cette opération militaire.

Or, après la chute du régime, les stocks d’armes chimiques, biologiques ou nucléaires que les discours américains laissaient attendre ne sont pas retrouvés. Les enquêtes conduites après la guerre mettent en évidence de graves défaillances dans les évaluations du renseignement. Le rapport du comité spécial du Sénat américain sur les renseignements concernant l’Irak, publié en 2004, puis les travaux ultérieurs du Congrès documentent ces erreurs.

Certes, Saddam Hussein était un dictateur responsable d’une répression brutale, mais cela ne rendait pas vraies les accusations qui avaient servi à justifier l’invasion. Le régime irakien avait notamment utilisé des armes chimiques contre des populations, dont les Kurdes de Halabja en 1988. Ce crime historique ne constituait toutefois pas la preuve que Bagdad détenait encore, en 2003, les arsenaux décrits par Washington.

En racontant l’interrogatoire de Saddam, High Value Target déplace donc le regard. Il ne s’agit plus seulement de savoir comment les États-Unis ont retrouvé leur ennemi, mais ce que cette rencontre a révélé des croyances qui avaient conduit à la guerre. D’ailleurs, John Nixon a raconté cette expérience dans Debriefing the President: The Interrogation of Saddam Hussein, publié en 2016. Dans un entretien accordé au New York Times le 12 septembre 2026, il estime que les considérations politiques ont fini par prendre le dessus sur le renseignement : selon lui, à mesure qu’un dossier devient sensible au sommet de l’État, les responsables peuvent être tentés de privilégier les informations conformes aux attentes des dirigeants.

Toutefois, ce témoignage ne suffit pas à lui seul à expliquer toute la décision d’envahir l’Irak. Il éclaire cependant l’un des mécanismes les plus dangereux du pouvoir, à savoir que lorsque la décision précède l’analyse, le renseignement risque de devenir un instrument de confirmation plutôt qu’un moyen de comprendre la réalité.

Waleed Zuaiter : incarner Saddam sans en faire une caricature

Pour Waleed Zuaiter, le défi était aussi personnel que professionnel. L’acteur, qui interprète Saddam Hussein, d’origine palestinienne, a grandi au Koweït et avait 18 ans lorsque l’Irak a envahi le pays en août 1990. Dans un entretien publié en octobre 2026 par The Inside Reel, il explique avoir d’abord hésité, puis refusé le rôle à plusieurs reprises. Il craignait la responsabilité de représenter une figure historique aussi lourde de conséquences, sans reproduire les images toutes faites qui l’entourent.

L’acteur producteur palestino-américain Waleed Zuaiter interprète Saddam Hussein. Au début de sa carrière hollywoodienne, il a joué dans des comédies comme « Eat Me! » (1999) avec Waleed Zuaiter, « The Visitor » (2008) et « Sex and the City 2 » (2010) avec Sarah Jessica Parker et Kristin Davis. © DR

Le temps lui était compté, et dans ce même entretien, il confiait ne disposer que d’environ un mois entre son engagement et le début du tournage. Il a alors lu plusieurs ouvrages en parallèle afin de confronter les points de vue et de mieux comprendre la psychologie de Saddam. Il ne voulait pas seulement reproduire une moustache, une voix ou une expression autoritaire, mais saisir la manière dont cet homme occupait l’espace, alternait les silences et les accès de colère, et cherchait à conserver le contrôle d’une conversation.

Zuaiter a également travaillé avec une coach en mouvement, Shelley Maxwell, à distance, par visioconférence. Il explique avoir eu besoin de ce travail pour dépasser les différences physiques et d’âge qui le séparaient du personnage. Dans son entretien, il évoque aussi une prise de poids importante, de l’ordre de 50 livres, soit environ 23 kilos. Cette préparation est décisive pour une fiction fondée sur des interrogatoires, car le jeu ne pouvait se limiter à une simple imitation, mais rendre crédible un rapport de force, jusque dans la façon de s’asseoir, de soutenir un regard ou de laisser durer un silence. Et l’acteur devait pouvoir faire exister le personnage sans transformer sa représentation en plaidoyer.

Le choix est d’autant plus délicat que Saddam Hussein fut à la fois un chef d’État, un dictateur brutal et un prisonnier dont les dernières années de vie se sont déroulées sous contrôle américain. Comprendre la psychologie de l’homme n’efface pas ses crimes. C’est au contraire ce qui permet de montrer comment un pouvoir autoritaire fonctionne, comment il se protège et comment il finit par se couper du monde réel.

Du renseignement à la guerre : ce que la série raconte de l’Amérique

La reconstitution de cette traque ne repose pas uniquement sur les décors militaires et les opérations clandestines. Elle passe aussi par la fabrication du récit lui-même. Le tournage s’est déroulé presque entièrement au Caire, en Égypte, où l’équipe a dû composer avec les difficultés logistiques et les aléas du plateau. Dans son entretien au New York Times, Joel Kinnaman décrit une production particulièrement éprouvante, dont les complications quotidiennes ont parfois nourri le sentiment d’évoluer dans un véritable brouillard de guerre.

Joel Kinnaman qui interprète John Nixon, a également pu échanger avec l’ancien analyste de la CIA, lequel a assisté à une partie du tournage. Ces conversations ont permis de confronter les exigences de la fiction à la mémoire d’un homme qui avait réellement rencontré Saddam Hussein. Nixon a d’ailleurs reconnu que certaines scènes avaient été dramatisées, tout en estimant que la série restait, dans l’ensemble, fidèle à son expérience.

Ce souci de reconstitution ne doit pourtant pas masquer la question centrale. Saddam Hussein a été renversé, capturé, jugé par un tribunal irakien puis exécuté par pendaison le 30 décembre 2006. Sa condamnation concernait notamment les crimes contre l’humanité commis après la tentative d’assassinat de Dujail, en 1982. Human Rights Watch a cependant dénoncé les graves irrégularités de son procès et les atteintes aux garanties judiciaires. Reconnaître les crimes d’un dictateur n’oblige pas à renoncer au droit.

La guerre, elle, avait déjà échappé à ses concepteurs. L’effondrement du régime n’a pas produit la stabilité promise. L’occupation a alimenté l’insurrection, les violences confessionnelles et une crise durable dont les conséquences ont dépassé les frontières irakiennes. L’organisation État islamique, qui a conquis de vastes territoires en Irak et en Syrie à partir de 2014, a prospéré dans cet environnement de désintégration politique et de guerre. Voilà donc ce qui rend cette histoire plus complexe qu’un simple récit de victoire militaire : retrouver un ennemi ne signifie ni résoudre le conflit qui l’a rendu possible, ni réparer les dégâts de la guerre menée pour le vaincre.

Les ennemis de Washington en 2026 : des fugitifs aux chefs d’État

Vingt-trois ans après l’invasion de l’Irak, la chasse aux adversaires des États-Unis a changé de visage. Elle ne se limite plus à la recherche d’un dirigeant renversé. Elle associe désormais les services de renseignement, les opérations militaires, les poursuites pénales, les sanctions financières et les programmes de récompenses.

Le FBI maintient une liste publique de personnes recherchées pour terrorisme. Parmi les noms qui y figurent toujours, selon sa liste officielle consultée en octobre 2026, se trouve Saif al-Adel, cadre historique d’Al-Qaïda. Le programme Rewards for Justice du département d’État propose également des récompenses pour des informations permettant de localiser certains suspects. Ces listes concernent des personnes recherchées dans le cadre d’accusations pénales précises : elles ne constituent pas, à elles seules, un classement des ennemis politiques de Washington.

Saif Al-Adel est recherché dans le cadre des attentats à la bombe perpétrés le 7 août 1998 contre les ambassades des États-Unis à Dar es Salaam, en Tanzanie, et à Nairobi, au Kenya. © FBI

Il faut toutefois faire la distinction. Un suspect poursuivi pour terrorisme, un chef d’organisation armée et un président étranger que la Maison-Blanche considère comme hostile ne relèvent pas automatiquement du même régime juridique. Pourtant, dans le langage politique américain, ces catégories peuvent parfois se rapprocher, jusqu’à brouiller la frontière entre justice, sécurité nationale et changement de régime.

C’est précisément ce que révèle le cas du Venezuela avec Maduro. Le 3 janvier 2026, Nicolás Maduro, alors président du Venezuela, et son épouse Cilia Flores ont été capturés à Caracas lors d’une opération militaire américaine ordonnée par Donald Trump, puis transférés à New York pour répondre à des accusations pénales. L’information a été rapportée par Reuters le 8 octobre 2026, alors que les poursuites américaines s’étaient élargies à des accusations de complot en vue de torturer des opposants et des citoyens américains. Le dossier est donc d’une tout autre nature que celui de Saddam Hussein, même si les images de la capture et la mise en scène de la puissance américaine peuvent susciter des comparaisons.

Le retour du récit américain du « méchant à capturer »

La tentation est ancienne, à Hollywood comme à Washington, identifier un homme, le désigner comme une menace, puis organiser sa chute et transformer l’opération en démonstration de force. Cependant, la réalité est moins ordonnée. Les renseignements sont parfois erronés, les guerres produisent des conséquences imprévues et les victoires militaires ne garantissent pas toujours la paix. High Value Target prend tout son intérêt lorsqu’elle laisse apparaître cet écart. À travers John Nixon, le spectateur rencontre un professionnel du renseignement confronté à la fragilité de ses propres certitudes. À travers Saddam Hussein, il voit un dirigeant qui a perdu son pouvoir, mais dont la capture ne résout pas les questions soulevées par l’invasion de son pays.

La série ne peut évidemment pas, à elle seule, raconter toute la guerre d’Irak ni rendre compte de la diversité des responsabilités américaines, irakiennes et internationales. Elle ouvre néanmoins une porte vers une histoire politique que les images de la cache de Tikrit avaient presque réduite à une scène de triomphe. Or la chute d’un dictateur ne se mesure pas seulement au moment où il est retrouvé, mais aussi à ce qui vient après : les procès, les victimes, les institutions détruites, les guerres qui se prolongent et les populations sommées de vivre avec les conséquences des décisions prises en leur nom.

Le parallèle avec le Venezuela invite enfin à la prudence. Une capture peut être présentée comme un succès spectaculaire ; elle ne tranche pas automatiquement les questions de droit, de légitimité ou de stabilité politique. Elle peut même ouvrir une nouvelle séquence de crises. Et c’est là que High Value Target dépasse le thriller militaire. En revenant sur une opération qui a marqué l’Amérique de George W. Bush, la série rappelle que la traque d’un ennemi est aussi une histoire de pouvoir, de récit et de responsabilité. Et que, lorsqu’un gouvernement transforme un adversaire en cible absolue, la question la plus importante n’est pas seulement de savoir s’il finira par le retrouver, mais ce qu’il aura fait au monde pour y parvenir.

Plus d’infos :

High Value Target: The Hunt for Saddam est diffusée sur TNT et HBO Max aux Etats-Unis

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